Violences à Nantes: Quand une intox accuse à tort l’AFP de soutenir «les voyous»

FAKE OFF Selon différents sites d'opinion proches de l'extrême droite, l'AFP soutiendrait, dans une dépêche, les « voyous » de Nantes après de la mort d'un jeune homme lors d'un contrôle de police, mardi soir... 

Alexis Orsini

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L'article à charge contre l'AFP s'appuie sur des reprises parcellaires ou orientées de la dépêche.
L'article à charge contre l'AFP s'appuie sur des reprises parcellaires ou orientées de la dépêche. — Capture d'écran
  • Dans un article repris d'un autre blog d'opinion proche de l'extrême droite, le site « La Gauche m’a tuer » reproche à l'AFP de soutenir les « voyous » de Nantes dans une dépêche.
  • L'accusation repose en réalité sur des arguments fallacieux et omet certains faits importants dans son propre traitement de l'actualité.
  • Contrairement à ce qu'affirme l'article, les quartiers en question sont bien « sensibles », et la victime « jeune ».

Depuis la mort d’un jeune homme de 22 ans lors d’un contrôle de police mardi soir, plusieurs quartiers populaires de Nantes ont connu des nuits d'émeutes. Si l’enquête en cours doit encore déterminer les circonstances exactes du décès - et notamment si le policier qui a tiré était bien en situation de légitime défense, ce que contestent certains habitants du quartier -, cette actualité est particulièrement reprise et commentée sur différents sites d’extrême droite.

Le blog d’opinion « La Gauche m’a tuer » ne fait pas exception, avec deux articles sur le sujet. L’un, intitulé « Emeutes à Nantes : l’Agence France Presse soutient les voyous contre la police », partagé près de 1.000 fois sur Facebook, reprend mot pour mot un texte publié sur le blog « satirique et indépendant d’opinion » PaSiDupes, de la même orientation politique.  

L’article reprend ainsi une dépêche publiée par l’AFP au lendemain des faits et entend démontrer le prétendu parti-pris de l’agence de presse en faveur de la victime. Pour ce faire, il s’appuie sur un mélange de faits établis, directement tirés de la dépêche, et d’affirmations mensongères ou parcellaires.

FAKE OFF

L'auteur commence par contester le statut de « quartiers sensibles » des trois zones de la ville touchées par les émeutes : « Un, le quartier n’est ni un "ghetto", ni même "sensible", puisqu’il possède des commerces et des annexes administratives ».

Si le quartier en question, celui du Breil-Malville, au nord-est de Nantes, n’est effectivement pas classifié en zone urbaine sensible (ZUS) - dont  l’INSEE donne une définition précise -, des échanges de tirs y ont eu lieu de manière répétée ces derniers mois.

Au point d’amener des habitants du quartier à manifester, en octobre 2017, afin de dénoncer le risque, pour leurs enfants ou eux-mêmes, d’être pris dans un échange de tirs entre bandes rivales, en journée ou en soirée, comme le rapportait France Bleu. Cette mobilisation survenait un mois après l’attaque d’un groupe dans le quartier de Breil par un tireur venu en scooter.

« Climat de tension particulier » 

En outre, le procureur de la République de Nantes  a lui-même confirmé les tensions récentes dans le quartier lors de son point presse, mercredi 4 juillet au soir - postérieur à la publication de l’article sur « La Gauche m’a tuer » : « Il y a depuis plusieurs jours une présence policière accrue dans ce quartier du Breil. Il faut savoir que, la semaine dernière, plusieurs individus armés ont mitraillé la façade d’un immeuble. Une jeune fille a été blessée par un éclat de balle perdue. C’est vous dire qu’il y avait déjà un climat de tension particulier. » 

Enfin, la présence de « commerces et d’annexes administratives » n’est en elle-même nullement indicative de la nature sensible ou non du quartier.

Edouard Philippe et Johanna Rolland, jeudi 5 juillet à Nantes.
Edouard Philippe et Johanna Rolland, jeudi 5 juillet à Nantes. - D.Meyer/AFP

La « jeunesse » de la victime remise en question

L’article conteste en outre l’utilisation par l’AFP du terme « jeune » pour désigner la victime, qu’il juge orienté : « Deux, à 22 ans, le "jeune" n’en est pas un, sauf à considérer que tous les délinquants des banlieues de grandes villes sont des "jeunes" et que la jeunesse est une excuse à tout. » 

Si la France reste dépourvue de définition statistique sur la « jeunesse », en 2009, une mission sénatoriale commune d’information sur la politique en faveur choisissait de « retenir la tranche d'âge 16-25 ans [de la fin de la scolarité obligatoire à l’âge moyen d’accès à l’autonomie] qui demeure la plus utilisée », tout en « convenant que la jeunesse ne peut se limiter à une tranche d'âge bien circonscrite ». Une vision proche de celle de l’ONU, qui a opté pour une tranche d’âge comprise entre 15 et 24 ans.

Le silence de Johanna Rolland fustigé à tort 

L’article reprend enfin un passage de l’AFP sur la réaction de la maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland (« "Mes premières pensées vont à ce jeune homme mort, à sa famille, à tous les habitants de ce quartier, de nos quartiers", a-t-elle déclaré », indique le site) en y ajoutant une critique sur le silence supposé de la mairie : « Sans aucune mention des forces de l’ordre et des pompiers ».

Si l’AFP a choisi de ne pas citer l’intégralité de la déclaration de Johanna Rolland, celle-ci a en réalité bien « salu[é] le travail des pompiers, qui sont mobilisés » ainsi que « les hommes et les femmes qui sont présents pour assurer notre sécurité », comme l'indique France Info - une déclaration que l’on peut par ailleurs entendre dans une vidéo de Ouest-France tournée sur les lieux.

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