VIDEO. Mais pourquoi le scoutisme cartonne autant en 2018?

FAMILLE Le scoutisme a su se renouveler et s’ouvrir, tout en continuant à transmettre un savoir-être et des valeurs à ses jeunes adhérents…

Delphine Bancaud

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Un scout lors d'un camp.
Un scout lors d'un camp. — Fédération du Scoutisme Français/VCM Marseille
  • Le scoutisme français, tous mouvements confondus, se porte comme un charme et voit même son nombre d’adhérents grimper ces dernières années.
  • Les parents estiment que le scoutisme fait reconnecter l’enfant avec la nature, lui apprend le vivre ensemble, l’autonomie, le sens pratique…
  • Les enfants sont aussi friands de ces aventures qui les sortent de leur quotidien et leur permettent de se confronter aux autres.

Ringards les scouts ? C’est plutôt le contraire ! La preuve avec les chiffres fournis par plusieurs mouvements. Selon ceux de la Fédération du Scoutisme Français*, le nombre de scouts est passé de 75.000 en 2012 à 125.000 en 2018*. Et cet été, 2.500 camps sont prévus à travers la France et 5.000 jeunes partiront en mission de solidarité internationale à l’étranger. Le comble c’est que dans certains mouvements, des listes d’attente existent.

Idem dans les deux autres mouvements scouts catholiques, tels que les Guides et scouts d’Europe, plus conservateurs, qui sont passés de 29.000 adhérents en 2012 à 32.000 en 2017 et les Scouts unitaires de France, qui étaient 25.000 en 2013 et sont 29.000 désormais. « Le bouche-à-oreille marche bien et les appels à ouvrir des nouveaux groupes de scouts est bien suivi », observe Heloïse Duché, doctorante en science de l’éducation et spécialiste du scoutisme. Et certains évènements ces dernières années ont joué le rôle de booster : « Le Rowerway en 2016, qui a rassemblé des scouts européens, a par exemple, offert aux différents mouvements une forte visibilité », observe ainsi Heloïse Duché. « On a d’ailleurs enregistré une croissance des adhésions après », confirme Philippe Pereira, coordonateur à la Fédération du Scoutisme Français.

« Le scoutisme, c’est aussi un moyen de s’éloigner des écrans »

Cette propension à attirer de nouveaux jeunes s’explique par plusieurs raisons. Tout d’abord par le fait que le scoutisme répond à une attente éducative des familles, comme le souligne Philippe Pereira : « Les parents souhaitent que leurs enfants apprennent à vivre en collectivité, se rapprochent de la nature et acquièrent de l’autonomie. En cela, le scoutisme est complémentaire de ce que l’enfant apprend à l’école et à la maison ». Selon Heloïse Duché, « le scoutisme offre aussi un cadre rassurant, une simplicité et des valeurs qui séduisent les parents. Et ils, savent que leurs enfants vont gagner en sens pratique, en sens de l’autre, en créativité, en respect de la nature et en spiritualité », note la chercheuse.

Un avis partagé par François Mandil, délégué national des Scouts et Guides de France : « On vit une époque où tout est informatisé et les parents savent que l’hyperconnexion pousse au repli sur soi et à l’enfermement. Le scoutisme, c’est aussi un moyen de s’éloigner des écrans ». Nicolas Palluau, chercheur au Centre Norbert Elias et spécialiste des mouvements de jeunesse, souligne aussi « le socle pédagogique solide qu’apporte le scoutisme. Cette pédagogie de l’aventure et du vivre ensemble est très appréciée par les parents qui ont l’impression que le scoutisme propose une éducation civique incarnée ». Sans oublier la dimension spirituelle du scoutisme à laquelle sont attachées de nombreuses familles.

Des activités qui ne coûtent pas cher

Mais la crise explique aussi le succès croissant du scoutisme ces dernières années : « L’adhésion à l’année coûte entre 20 et 140 euros et une semaine de camp entre 100 et 200 eurs. Nos tarifs sont ultra-compétitifs », estime ainsi François Mandil. Quitte à faire concurrence aux colonies de vacances.

Par ailleurs, les quelques accidents qui se sont produits dans les camps ces dernières années, ne semblent pas avoir entamé le crédit dont jouissent les associations de scouts auprès des familles : « Il y a un label de confiance. Les familles ne sont pas inquiètes pour la sécurité de leurs enfants lors des camps », confirme Heloïse Duché. Ce qu’explique aisément François Mandil : « Les parents connaissent les cheftaines et les chefs qu’ils ont vus pendant l’année, donc ils ont pleinement confiance en eux et savent qu’ils ont les compétences pour encadrer un camp ».

« Nous, on a des hôtels à 5 milliards d’étoiles »

Si les motivations des parents à inscrire leurs enfants dans un mouvement scout sont multiples, encore faut-il que la magie opère chez les principaux intéressés. Et c’est le cas selon Nicolas Palluau : « Dormir sous une tente reste un rêve pour de nombreux enfants. Le scoutisme leur offre une ambiance de premiers matins du monde » explique-t-il. François Mandil est encore plus lyrique : « On croit que le luxe, ce sont les hôtels à 5 étoiles, mais nous, on a des hôtels à 5 milliards d’étoiles », s’enflamme-t-il. Les enfants et adolescents apprécient de s’adonner à des activités qui sortent de l’ordinaire et qu’ils ne feraient pas avec leurs parents : « Ils bâtissent leur lieu de vie de A à Z : ils montent leur tente, construisent leurs tables et bancs, font du feu, cuisinent. Ça les rend très fiers », constate François Mandil.

Et le fait que les activités évoluent avec l’âge des participants est un gage de succès : « Les jeunes qui partent en mission de solidarité internationale travaillent sur des projets qui ont du sens. Cet été, 200 jeunes partent ainsi à Saint Martin pour aider à la reconstruction de l’île », informe Philippe Pereira. Quant aux cheftaines et chefs, outre le plaisir d’être ensemble et de se rendre utile, leur engagement leur est aussi utile : « Le scoutisme est considéré comme une grande école du leadership, où l’on apprend à monter un projet, gérer, manager. Des compétences valorisées sur un CV », explique Heloïse Duché.

La dernière clé du succès de certaines branches du scoutisme est aussi d’avoir su s’ouvrir à tous les jeunes. « Actuellement, certains mouvements veulent recruter des jeunes ruraux et des quartiers. C’est assez conforme à l’idée de Baden-Powell qui voulait par le scoutisme, offrir des activités à tous les jeunes, quelle que soit leur condition », souligne Philippe Pereira. Les initiatives des Scouts et Guides de France dans ce domaine sont assez éloquentes : « Notre objectif est d’être représentatif de la société française. Cet été à Jambville, dans les Yvelines, trois camps scouts sont organisés pour des enfants issus des bidonvilles en partenariat avec l’association les Enfants du Canal », explique François Mandil. Les Scouts et Guides de France ont aussi lancé le Défi BBrownsea qui consiste à accueillir quatre personnes nouvelles en plus sur chaque camp. De quoi faire encore des émules…

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* Chiffres de la Fédération du Scoutisme Français, qui rassemble les Scouts et Guides de France (catholiques), les Eclaireuses et Eclaireurs de France (laïques), les Éclaireuses et Eclaireurs unionistes (protestants), les Éclaireuses et Eclaireurs israélites (juifs), les Scouts musulmans et les Eclaireurs de la Nature (bouddhistes).