Oreillette, montre connectée, antisèche… Comment les universités luttent-elles contre la fraude pendant les examens ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Un étudiant est suspecté d'avoir fraudé lors d'un oral de droit à l'aide d'une oreillette...

Delphine Bancaud

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Une copie sur une table.
Une copie sur une table. — Pixabay
  • Même si les cas de fraudes lors des examens universitaires sont rares, les universités sont inquiètes quant à l’utilisation de nouveaux moyens technologiques pour frauder.
  • Les correcteurs veillent particulièrement à éloigner les téléphones portables des candidats pendant les épreuves, mais vérifient aussi scrupuleusement leur identité.
  • Une réflexion sur la nature des épreuves est menée par certains enseignants pour faire évoluer les sujets proposés lors des examens, afin que la fraude ne soit tout bonnement pas possible.

C’est un tweet en forme d’alerte. Samedi, Aurelle Levasseur, enseignant-chercheur en histoire du droit à l’université Paris XIII, a révélé sur Twitter qu’un de ses étudiants avait triché à un oral avec une oreillette. Il s’en était rendu compte car lors de sa prestation, l’étudiant avait prononcé « des mots complexes » sans avoir l’air de les comprendre.

À la sortie de l’examen, l’enseignant a voulu en avoir le cœur net et a fait un petit tour sur le web. Et là surprise : « L’étudiant m’avait récité, mot pour mot, toute l’introduction Wikipédia du concept qu’il devait exposer » D’où sa supposition : « Je sais simplement qu’il n’a pas lu la page Wikipédia, mais qu’une voix (celle d’un copain ou une voix artificielle) l’a lue à son oreille, car il a eu des défauts de prononciation de mots complexes qui sont typiques de quelqu’un qui n’a pas bien entendu », raconte l’enseignant sur Twitter.

Reste à savoir si cette triche avec de nouveaux outils technologiques se répand. « Nous n’avons pas de fortes remontées sur le sujet. La fraude aux examens continue à exister surtout sous ses versions classiques (antisèche ou tentative de copie sur le voisin), mais elle est de toute façon assez rare », déclare Emmanuel Roux, président de la commission juridique de la Conférence des présidents d’université.

Un avis partagé par François Guénard, professeur de mathématiques à l’université d’Orsay et auteur de La Fabrique des tricheurs* : « La triche pendant les examens est assez faible et il y a peu d’élèves pris la main dans le sac chaque année. Cependant, les nouveaux modes de triche, comme ce cas avec une oreillette inquiète la communauté universitaire. Car non seulement le candidat a pu transmettre son sujet à une personne, mais en plus il a utilisé son oreillette sans être soupçonné, en tout cas au début de l’épreuve », indique-t-il. Quant au ministère de l’Enseignement supérieur interrogé par 20 Minutes, il ne délivre pas de statistiques que le sujet.

La répression comme moyen de dissuasion

Pour prévenir les fraudes, les universités se montrent vigilantes. « Tous les appareils non autorisés (dont notamment téléphones portables et montres connectées) doivent être éteints et rangés dans les sacs, ces derniers devant rester à l’entrée de la salle d’examen. Par ailleurs, il y a un siège vide entre chaque candidat et environ deux examinateurs pour 100 étudiants », explique Emmanuel Roux. Certaines universités utilisent aussi des brouilleurs de portables. « Comme les universités ont peur de la substitution de candidats, les examinateurs vérifient bien la photo des candidats sur leur carte d’étudiant afin de contrôler qu’elle correspond bien au faciès de chacun d'eux», indique aussi François Guénard. Les correcteurs sont aussi aux aguets lorsqu’ils lisent les copies : « S’ils ont un doute sur l’une d’elle, ils la soumettent à un logiciel anti plagiat », précise Emmanuel Roux.

Les universités misent aussi sur la répression pour dissuader les étudiants tricheurs de recommencer et aux autres de les imiter. Si un examinateur prend un fraudeur sur le fait, il constate immédiatement l’infraction dans un procès-verbal (PV), qui doit être contresigné par l’autre surveillant. C’est ensuite au président de l’université de décider s’il saisit le conseil de discipline. Si c’est le cas, les deux parties sont invitées à défendre leurs positions. Les sanctions prononcées sont de différents degrés : elles vont de l’avertissement, au blâme, en passant par l’exclusion de l’établissement pour une durée maximum de cinq ans ou de façon définitive, jusqu’à l’exclusion de tout établissement public d’enseignement supérieur pour une durée maximum de cinq ans ou de façon définitive. « La sévérité des sanctions dépend du dossier de l’étudiant et de la politique répressive de chaque université. Je me souviens que dans mon université, nous avions sanctionné d’un an d’exclusion un étudiant qui avait un pantalon bourré d’antisèches », raconte Emmanuel Roux.

Faire évoluer la nature des épreuves, une solution

Une autre arme contre la triche à l’université est aussi de concevoir des examens qui ne permettent pas de frauder. A savoir, de renforcer l’existence d’épreuves qui nécessitent plus un travail d’analyse que de transcription de notions apprises par cœur. Aurelle Levasseur, l’enseignant qui a révélé la fraude à oreillette s’interroge d’ailleurs sur Twitter sur l’éventualité de changer la nature des épreuves qu’il propose : « Cela va me forcer à revoir toutes mes procédures d’examen. Soit je maintiens, pour certains examens, la forme des questions de cours, et en ce cas il ne doit plus y avoir de temps de préparation. Soit je maintiens un temps de préparation, mais ce sera un sujet de réflexion. Dans un sens ou dans l’autre, le niveau de difficulté de l’examen en sera augmenté… », estime-t-il.

« Mais ce n’est pas possible à tous les niveaux, car pour les étudiants de première année, il y a forcément des questions de cours dans certaines épreuves », estime de son côté François Guénard.

*La fabrique des tricheurs, François Guénard, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2012.