Haute-Saône: Au camping le moins cher de France, «on veut juste donner du plaisir aux gens»

BIENTOT LES VACANCES En Haute-Saône, La Bergereine est « le camping le moins cher de France ». Pourtant, il a failli fermer cet hiver. Toujours à 5 euros la nuit, son patron, Gérard Sourdin, répond à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Bruno Poussard

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Une tente dans un camping. Illustration
Une tente dans un camping. Illustration — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Repris en 2006 par Isabelle Schweizer et Gérard Sourdin, le camping de La Bergereine est surnommé « camping le moins cher de France » en Haute-Saône.
  • La structure propose 40 emplacements à 5 euros la nuit par adulte (gratuit pour les enfants) et même 10 caravanes sans frais supplémentaires.
  • Avant le début des vacances d’été, son patron, «Gégé», a répondu aux questions de 20 Minutes en racontant l’histoire de La Bergereine.

Ne l’appelez pas Monsieur Sourdin ni même Gérard, vous risquez de le froisser. A La Bergereine, sur la commune de Mélisey au pied de la région des 1.000 étangs (Haute-Saône), Gégé propose 40 emplacements à 5 euros la nuit par adulte (plus 2 euros pour l’électricité, mais rien pour les voitures ni pour les enfants de moins de 12 ans). Et il fournit même dix caravanes sans frais supplémentaire !

Récemment, France 2 et France 3 y sont encore venus en reportage. Depuis plusieurs années, La Bergereine est surnommée « le camping le moins cher de France ». Pourtant, après un contrôle des agents de l’Etat fin août 2017, la structure était menacée de fermeture. Mais la solidarité l’a remis sur pied. Son patron, Gérard Sourdin, répond à 20 Minutes à quelques jours du début des vacances d’été.

La solidarité a-t-elle toujours été au cœur de votre projet, à La Bergereine ?

Le camping existe depuis plus de 60 ans. Lorsqu’on l’a repris en 2006, j’étais cariste à Sochaux chez PSA. A l’époque, quand on parlait des vacances avec les collègues, on se disait qu’avec notre salaire à 1.200 euros, on ne pouvait pas partir en vacances d'été ici ou là… Ça m’a donné envie de faire un truc 100 % solidaire, pas une pompe à fric. Alors j’en ai discuté avec Isabelle [Schweizer, sa compagne], et on s’est lancés. C’est un peu une revanche sur la vie pour moi.

Pour quelle raison ?

Gamin, je vivais un traumatisme à chaque rentrée scolaire. Mes parents n’avaient pas les moyens de partir en vacances. Quand les copains racontaient leurs séjours à la plage, je répondais que j’étais resté à jouer dans le bac à sable d’à côté, c’était dur… Mais jamais je n’aurais pensé tenir un camping un jour. On veut juste donner du plaisir aux gens. On ne dégage pas de salaire avec Isa, mais quand on voit leur bonheur, c’est notre récompense. Un jour, on m’a dit « vous êtes le premier camping du cœur ». En tout cas, c’est le but ! Mais pourquoi les politiques ne s’intéressent-ils pas aux ouvriers qui ne peuvent pas partir ou à ceux qui font des crédits pour partir en vacances ?

Depuis combien de temps êtes-vous surnommé « le camping le moins cher de France » ?

Tout a commencé il y a six ou sept ans, quand le Tour de France est passé devant le camping. Une équipe de France 3 voulait faire un reportage au bord de la route et elle a fini par le réaliser ici. Depuis, de nombreux médias ont suivi. Même la BBC est venue d’Angleterre ! Et en fait, c’est M6 et ses avocats qui, pour l’émission 66 minutes, nous ont dit que nous étions le camping le moins cher de France. Depuis, on a toujours gardé les mêmes prix.

Proposer des caravanes sans frais supplémentaire pour vos clients est assez inédit. C’était dans votre idée dès le début ?

On avait une ou deux caravanes au départ. Comme les gens n’ont déjà pas beaucoup de sous, on s’est dit qu’on n’allait pas les faire payer plus. Aujourd’hui, sur les dix, trois-quarts nous ont été données par des personnes qui ne peuvent plus venir et qu’on a retapées. Avec ce que les gens économisent là-dessus, ils peuvent aller à la piscine à côté ou ils feront d’autres sorties dans le coin. Il faut qu’ils puissent décompresser quand ils viennent ici.

Comment s’annonce la saison ?

Après le contrôle des agents de l’état et la fermeture anticipée fin août, on a bien galéré cet hiver. Mais on a fait ce qu’il fallait pour être aux normes, en enlevant l’aire de jeux pour les enfants remplacée par un terrain de pétanque et en faisant quelques travaux sur les sanitaires et la paillote. Le mois de juin a été calme mais l’été s’annonce bien ! Les caravanes sont toutes prises pour juillet et août. De plus en plus de camping-cars viennent aussi. On commence même à ne plus avoir assez de place. Les gens qui viennent restent fidèles.

Mais vous, avec Isabelle, comment réussissez-vous à vivre ?

Maintenant, c’est mon activité à plein temps. Mais on n’en vit pas vraiment. Quand j’ai arrêté chez Peugeot à cause d’un accident, j’ai eu une petite indemnité chômage. Isabelle, qui a un handicap, a une petite aide. Mais c’est très dur. On habite sur place toute l’année. Il faut calculer pour réussir à payer les factures toute l’année. De temps en temps, on se dit qu’on va arrêter. Mais il y a toujours un gamin qui nous envoie un SMS de bonne année avec un « hâte de revenir » !