Violences conjugales: Pourquoi le «téléphone grave danger» n'a pu sauver Laetitia Schmitt, assassinée par son ex-mari en Alsace

VIOLENCE Expérimenté à Strasbourg et en Seine-Saint-Denis dès 2011 avant d’être étendu à toute la France un an plus tard, le dispositif « Téléphone grave danger » (TGD) attribués aux femmes victimes de violences conjugales n’a pu éviter une première victime…

Gilles Varela

— 

Illustration police la nuit. Strasbourg le 03 11 2009
Illustration police la nuit. Strasbourg le 03 11 2009 — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Mortellement poignardée par son ex-compagnon ce lundi à Schweighouse-sur-Moder (Bas-Rhin), Laetitia Schmitt, une mère de deux enfants, disposait pourtant d’un dispositif « téléphone grave danger » qui a permis aux gendarmes d’arriver en sept minutes.
  • A Strasbourg, le dispositif Téléphone Grave danger, était testé dès 2001, avant d’être étendu à tout le territoire.
  • La jeune mère de famille est la première victime pour qui le dispositif a montré ses limites.

Cela n’a pas suffi. Il y a tout juste une semaine, Laetitia Schmitt, une jeune femme de 36 ans, mère de deux jeunes enfants, n’a pu être sauvée à temps par le dispositif Téléphone grave danger (TGD) qu’elle venait pourtant de déclencher. Victime de coups de couteau de son ex-compagnon après un divorce difficile, à Schweighouse-sur-Moder (Bas-Rhin), la jeune femme est décédée malgré l’intervention très rapide des gendarmes rendus sur place. Pour autant, ce dispositif, testé à Strasbourg en en Seine-Saint-Denis en 2011 avant d’être généralisé en 2012 en France, a permis à plusieurs reprises de sauver des vies, de dissuader certains, mais montre cette fois ses limites.

Quel est le principe de ce dispositif ?

Il est simple, étudié pour être utilisé en cas de stress intense, de danger immédiat. En cas d’un « grave danger menaçant », une victime de violences dans le cadre conjugal ou de viol peut utiliser le portable d’urgence qui lui a été attribué par le procureur (pour une durée de six mois renouvelables). Ce téléphone est équipé d’un bouton d’alerte qui permet d’être mis en relation avec un service d’écoute, une plateforme dédiée, accessible à tout moment. Un « circuit court » qui permet d’envoyer en urgence les forces de police ou de gendarmerie, pour intervenir au plus vite.

Quelles sont les limites de ce système de protection ?

Dans le cas de la jeune femme tuée à Schweighouse-sur-Moder lundi dernier, l’appel a bel est bien été lancé, mais trop tard semble-t-il. Une équipe de secours a été envoyée immédiatement sur place, en vain… Et c’est bien là le point de rupture de ce dispositif. Car il ne s’agit évidemment pas d’une armure mais bien d’un outil pour lancer au plus vite l’alerte. Un dispositif rassurant et sécurisant pour les victimes, dissuasif également. Il permet d’éviter aux hommes d’entrer en contact avec leur victime, soit avant une condamnation, notamment dans le cadre d’une ordonnance de protection, soit après condamnation avec sursis et mise à l’épreuve, avait expliqué le procureur de Paris François Molins dès 2012, alors initiateur du dispositif, en poste en Seine-Saint-Denis. A Schweighouse-sur-Moder, la victime, après des pressions psychologiques, un chantage au suicide et des faits de violences, avait reçu une ordonnance de protection en décembre…

Combien de femmes sont ainsi protégées dans le Bas-Rhin et en France ?

Dès la première année d’expérimentation en 2011 à Strasbourg, huit alertes avaient été déclenchées. Cinq d’entre elles avaient conduit à l’interpellation d’hommes. Des agressions avaient été évitées, mais aussi un assassinat. Vingt téléphones sont aujourd’hui disponibles sur le ressort du tribunal de Strasbourg et deux sur Saverne, indique le parquet à 20 Minutes. Actuellement, 15 téléphones sur Strasbourg ont été confiés à des victimes de violences conjugales, et aucun sur Saverne.

En France en 2017, 543 femmes bénéficient d’un TGD a déclaré le porte-parole de la Chancellerie à l’AFP. Les forces de l’ordre ont été sollicitées à 222 reprises en 2016 à la suite d’alertes déclenchées par les bénéficiaires et 36 auteurs présumés de violences ont été interpellés.

>> A lire aussi : Les femmes de plus en plus victimes de violences et de menaces sur leur lieu de travail