Nîmes: Pourquoi l'inscription de la ville au Patrimoine mondial de l'Unesco a été recalée

PATRIMOINE Un musée de la Romanité beaucoup trop moderne, un patrimoine qui ne se démarque pas assez des autres villes romaines... La ville pourra représenter sa candidature en 2020...

Nicolas Bonzom

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Les arènes de Nîmes.
Les arènes de Nîmes. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • L'inscription de Nîmes au Patrimoine mondial de l'Unesco a été recalée, samedi.
  • Pour les experts, la façade du musée de la Romanité est trop moderne...
  • Et Nîmes ne se démarque pas assez des autres villes romaines.

Les arènes, la Maison carrée ou le musée de la Romanité n’auront pas suffi : l’inscription de la ville de Nîmes au Patrimoine mondial de l’Unesco a été recalée, samedi.

Malgré les efforts de la capitale du Gard, une grosse campagne communication, et le soutien d’une poignée de célébrités amoureuses de la cité romaine, dont Albert Uderzo, le papa d’Astérix, ou Jean d’Ormesson, l’Unesco a suivi les recommandations du Conseil international des monuments et des sites (Icomos) de différer l’examen du dossier.

La façade du musée de la Romanité est bien trop moderne

Mais qu’est-ce qui a manqué à « l’ensemble urbain historique de Nîmes » pour être recalé, quand Arles, le Pont-du-Gard ou Orange ont le label depuis les années 1980 ?

D’abord, le musée de la Romanité. Les experts y ont vu une… architecture bien trop moderne. La construction de cette façade presque futuriste « à proximité de l’amphithéâtre » constituerait même, pour les experts de l’Icomos, « une menace grave pour l’intégrité du patrimoine de Nîmes », ont-il indiqué dans leur rapport, cité par l’AFP. « Je ne suis pas du tout d’accord, confie Mary Bourgade, adjointe au maire, déléguée à la promotion touristique du patrimoine, en charge du dossier Unesco. Ils n’ont pas évoqué le Carré d’art [à la façade, elle aussi, très moderne], face à la Maison carrée ! »

« Le musée confère une légitimité en matière de patrimoine saluée par la presse internationale, les retombées sont très positives », note le maire LR Jean-Paul Fournier.

L’explosion du tourisme serait-elle néfaste ?

Autre reproche soulevé par les enquêteurs de l’Icomos, « les effets potentiellement néfastes » que pourrait avoir une explosion du tourisme sur le patrimoine de Nîmes, alors que la fréquentation de ses monuments romains a bondi de 50 % en dix ans. « Ces choses-là, nous savons très bien les gérer, reprend l’élue nîmoise. Deux fois par an, la ville de Nîmes accueille la feria, avec de très nombreuses personnes, sans que cela ne pose aucun problème, nous maîtrisons parfaitement, nous savons faire. »

Dernier problème évoqué par les experts qui ont toute la confiance de l’Unesco, Nîmes ne se distinguerait pas « suffisamment d’autres villes aux origines romaines similaires ». Sur ce point, l’élue en charge du dossier, semble perplexe. « Ce sont des décisions du comité de l’Unesco et d’Icomos, c’est compliqué de répondre à leur place, confie Mary Bourgade. Nous avons prévu de nous réunir, en septembre, avec eux, pour clarifier ce qu’il faut reformuler, changer, modifier. Nous y verrons plus clair à ce moment-là. »

Une procédure « qui ne remet pas en cause l’issue du dossier »

Mais l’équipe de Nîmes qui porte le dossier Unesco ne va pas pour autant baisser les bras. Car pour la ville, l’inscription de la capitale du Gard au Patrimoine mondial n’est que différée, « le temps de compléter le dossier présenté et soutenu par l’Etat français ».

« Une procédure fréquente pour une première présentation qui ne remet pas en cause l’issue du dossier, souligne la mairie de Nîmes. De son côté, l’Unesco, qui favorise le rééquilibrage territorial international des biens inscrits, a considérablement renforcé les critères d’évaluations, confortant ainsi le sérieux du classement. »

Un nouveau dossier en 2020

« Si nous sommes évidemment déçus de ne pas l’emporter du premier coup, ce qui est souvent le cas lors d’une première présentation, nous avons le sentiment du devoir accompli car Nîmes, embellie et transformée, a su mettre l’accent sur la rénovation de son patrimoine, à travers les campagnes de restauration des édifices romains ou par l’extension de son secteur sauvegardé », note Jean-Paul Fournier, le maire de Nîmes.

Le dossier nîmois devrait être représenté en 2020. « Ce n’est pas terminé, il y aura une suite ! », s’exclame Mary Bourgade. En 2020, cela fera alors presque vingt ans que la ville de Nîmes se battra avec sa candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco.