Pourquoi les travailleurs sociaux de la protection de l'enfance «craquent»

SOCIAL Une manifestation a eu lieu ce midi devant la Cité des congrès de Nantes, où se déroulent les Assises nationales de la protection de l'enfance, jeudi et vendredi...

Julie Urbach

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Manifestation des professionnels de la protection de l'enfance à Nantes, le 28 juin 2018
Manifestation des professionnels de la protection de l'enfance à Nantes, le 28 juin 2018 — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Les Assises de la protection de l'enfance se sont ouvertes ce jeudi à Nantes.
  • Plusieurs centaines de travailleurs sociaux ont manifesté, afin de dénoncer «un manque de moyens» qui engendre une «impossibilité de mener à bien» leurs missions.

La manifestation n’est pas vraiment dans leur ADN. Ce jeudi midi, pourtant, plusieurs centaines de travailleurs sociaux en grève se sont rassemblés devant la Cité des congrès de Nantes. Un lieu qui n’a pas été choisi au hasard puisque s’y tiennent, jusqu’à vendredi soir, les assises nationales de la protection de l'enfance. Plus de 2.000 professionnels y sont attendus. « C’est une vitrine, totalement en décalage avec ce que nous vivons », dénoncent les syndicats.

Depuis près de deux ans, la grogne monte chez ses assistants sociaux, éducateurs spécialisés ou autre agents de l’aide sociale à l’enfance de Loire-Atlantique, qui ont pris en charge plus de 5.500 enfants dans le département cette année (la moitié sont placés en foyers ou en familles). Tous dénoncent « un secteur sous haute tension ». « Ça craque un peu partout. Il y a un manque de moyens qui ne nous permet plus de mener à bien nos missions, témoigne Lucie, 28 ans, éducatrice. Nous sommes face à des enfants maltraités qui ont besoin d’être protégés et placés, comme en a décidé le juge, mais il n’y a plus de place, sauf pour les vraies urgences. Les autres sont obligés de rester chez leurs parents, dans un environnement parfois très dur. »

Plus de 100 millions d’euros de budget

« Les conditions de travail se tendent, on nous signale des burn-out et de plus en plus de collègues envisagent à se réorienter professionnellement, alors que l’on fait ce métier par conviction », déplore Pascal Cornet, délégué CGT, qui fait aussi état de retard de plusieurs mois dans le traitement des dossiers. « On est de plus en plus isolés. Avant, on intervenait à plusieurs. Nous devons affronter des situations très compliquées, avec des enfants de plus en plus carencés, mais aussi la colère des familles quand nous ne pouvons pas assurer le rythme de visites à domicile. »

Selon le département de Loire-Atlantique, dont c’est l'une des missions, le budget global de la protection de l’enfance est de plus de 109 millions d’euros, ce qui représente l’un des postes les plus importants. Fabienne Padovani, l’élue en charge du dossier, ne nie pas les difficultés mais assure qu’il n’y a eu aucune fermeture de places en foyer et que « dès qu’il y a une vraie mise en danger, il y a automatiquement une mise à l’abri. »

« La loi de 2016 a remis l’enfant au coeur du système de la protection de l’enfance, avec un vrai projet. Nous expérimentons des actions innovantes, comme ce dispositif dédié aux adolescents grands fugueurs », indique-t-elle. Un plan a été voté en 2017, qui prévoyait d’accentuer la prévention et de s’intéresser davantage aux familles et à l’entourage de l’enfant.

Confiance à retrouver

Il n’empêche que cette inquiétude semble partagée par une grande partie de la profession, au-delà du département. Selon une enquête nationale pilotée par l’observatoire de l’action sociale (Odas), qui servira de base de discussion ces jeudi et vendredi, seuls 32 % des acteurs se sentent confiants quant à la réussite « des objectifs visés par la protection de l’enfance ». Seuls 29 % d’entre eux disent avoir un espoir quant à « l’avenir de la jeunesse en France ».