La politique migratoire, un sujet «empoisonné» au cœur du Conseil européen ce jeudi

UNION EUROPEENNE Ce jeudi et vendredi, les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l'Union Européenne se réunissent à Bruxelles à l’occasion d’un Conseil européen sous haute tension après les récentes dissensions politiques sur la politique migratoire…

Helene Sergent

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Emmanuel Macron à Bruxelles le 24 juin dernier lors du mini-sommet sur l'immigration.
Emmanuel Macron à Bruxelles le 24 juin dernier lors du mini-sommet sur l'immigration. — STR / POOL / AFP
  • La crise de L'Aquarius a violemment relancé le débat sur l'accueil des réfugiés et la gestion des flux migratoires au sein de l'UE. 
  • Le week-end dernier, 16 pays se sont retrouvés pour un mini-sommet visant à «préparer» le Conseil européen de ce jeudi qui s'annonce particulièrement tendu. 
  • La France et l'Allemagne appellent à des accords bilatéraux ou trilatéraux entre les «Etats qui décident d'avancer ensemble». 

Dans les couloirs de la Commission, on le reconnaît aisément : la politique migratoire « empoisonne » les discussions européennes. Ce jeudi à l’occasion du Conseil européen, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’UE, parviendront-ils à trouver l'« antidote » à cette crise politique ravivée après l’accostage chaotique de L’Aquarius en Espagne ?

A défaut d’accoucher de solutions globales et communes, l’Allemagne et la France devraient proposer aux pays qui souhaitent « avancer ensemble » des accords bilatéraux ou trilatéraux. Une position qui traduit, selon les ONG, un aveu d’échec.

Des institutions « dépassées »

Angela Merkel l’a répété dimanche dernier à Bruxelles, faute de consensus, il faut désormais « réunir ceux qui sont volontaires pour trouver un cadre commun d’action ». Autrement dit, tant pis pour ceux qui ne souhaitent pas jouer le jeu de l’Europe. Un discours nouveau pour Marine De Haas, responsable des questions européennes pour l’association La Cimade : « Jusqu’à maintenant, les politiques migratoires européennes étaient communautarisées, c’est-à-dire qu’elles étaient discutées et adoptées au niveau européen puis transposées dans les pays membres. Chaque pays possède une politique migratoire nationale spécifique mais tous doivent respecter les règles européennes ».

L’augmentation du nombre d’arrivées de migrants venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan à l’été 2015 a poussé certains gouvernements - en Pologne ou en Hongrie notamment - à fermer leurs frontières et à refuser purement et simplement l’application des règles européennes en matière de relocalisation. « Aujourd’hui, les Etats européens n’arrivent plus du tout à avoir des perspectives communes et les institutions européennes, le Parlement ou la Commission, sont dépassées par les orientations populistes nationales », ajoute Marine De Haas.

Et la solidarité ?

Dans ce contexte, la mise en œuvre et le développement d’accords entre deux ou trois Etats de l’Union permettraient « de faciliter les transferts de réfugiés et de migrants » dans le cadre des accords de Dublin, justifie une source à l’Elysée. Une mesure pragmatique appuie Isabelle Jegouzo, cheffe de Représentation de la Commission européenne à Paris : « On a beaucoup travaillé depuis 2014 et nous avons fait des progrès puisqu’on a enregistré en 2017 une baisse de 97 % des arrivées sur l’Est de la Méditerranée et de 77 % sur la Méditerranée centrale. La situation est donc bien meilleure qu’en 2015 mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes. Les solutions bilatérales peuvent permettre au cadre européen de progresser ».

Si l’entourage d’Emmanuel Macron martèle que le principe de solidarité entre Etats reste « intangible », l’opposition systématique de la Hongrie, l’Autriche, la Pologne ou de la République Tchèque remet inévitablement en cause la capacité de l’Europe à gérer collectivement l’arrivée de migrants sur son sol. « Evacuer une solution à 28 et mettre en place des accords entre pays volontaires s’inscrit dans la continuité d’une politique mise en place depuis vingt ans, dénonce Shoshana Fine, docteure en sciences politiques et relations internationales et spécialiste des questions migratoires. Il n’y a pas vraiment de politique harmonisée mais un manque criant de solidarité entre les Etats membres et vis-à-vis des migrants ».

Un « constat d’échec » trop fataliste

Après l’épisode de L’Aquarius et le bras de fer diplomatique engagé entre l’Italie et la France, les positions paraissent inconciliables. « Nous sommes dans une crise politique » reconnaissait à la veille du Conseil européen une source proche de l’Elysée. Quant à l'issue de ces deux journées de travail: « L'heure n'est pas à l'optimisme, c'est évident. Il y a encore de nombreux points d’achoppement », souffle-t-on à la Commission européenne.

Marine de Haas à la Cimade fustige, elle, ce « constat d’échec » trop fataliste : « C’est une fuite en avant. Depuis quelques semaines, on lit que l’échec de ce Conseil Européen est acté. Or la seule position viable, et même si c’est difficile avec des personnalités comme Viktor Orban ou Matteo Salvini, c’est d’arriver à trouver un consensus au niveau européen ».

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