Comment rendre l'enseignement supérieur plus accessible aux étudiants handicapés?

EDUCATION La médiatrice de l'Education, Catherine Becchetti-Bizot, émet plusieurs suggestions dans son rapport annuel rendu public ce mercredi...

Delphine Bancaud

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Une personne handicapée déchiffre une feuille de braille.
Une personne handicapée déchiffre une feuille de braille. — Steven Senne/AP/SIPA
  • Seulement 23.257 étudiants handicapés sont inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur.
  • Dans son rapport révélé ce mercredi, la médiatrice de l’Education fait des recommandations pour améliorer leur accès à l’enseignement supérieur : une attention particulière doit être portée à leurs candidatures sur Parcoursup, les dispositifs pour faciliter leurs apprentissages doivent être développés…
  • Les modalités de passage des examens doivent être revues dans certains cas pour permettre aux étudiants de composer dans de meilleures conditions.

Ils sont encore trop peu nombreux à poursuivre leurs études après le bac. Actuellement, 23.257 étudiants handicapés sont inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur (dont 91 % à l’université). Et ils ne représentent que 1,22 % de la population étudiante. « Or, dans les années à venir, ils seront beaucoup plus nombreux », a déclaré ce mercredi Catherine Becchetti-Bizot, la médiatrice de l’Education en dévoilant son rapport annuel.

Mais pour que les portes des universités et des écoles post-bac s’ouvrent davantage aux lycéens handicapés, il va falloir agir. Car de trop gros obstacles se dressent sur leur route. Catherine Becchetti-Bizot a d’ailleurs reçu cette année une centaine de réclamations émanant de jeunes en situation de handicap, qui témoignent de leurs difficultés d’accès aux études supérieures ou des soucis qu’ils rencontrent une fois inscrits, pour mener à bien leur cursus.

La « fiche avenir » de Parcoursup a posé problème

Cette année, certains d’eux ont par exemple, buté sur la nouvelle plateforme d’admission post-bac, Parcoursup. La « fiche avenir » (où sont détaillés les projets d’orientation, les notes, les appréciations des enseignants et l’avis du chef d’établissement) a ainsi posé problème à certains lycéens handicapés. « La raison des absences en classe de certains élèves pour raisons de santé n’apparaissait pas. Ce qui a pu être préjudiciable pour eux, car certains lycéens ayant par ailleurs d’excellentes notes, n’ont été pris nulle part », explique la médiatrice.

« Pour les lycéens souffrant de troubles du comportement, de troubles autistiques, ou "dys", certaines appréciations portées par les enseignants risquent, dans la mesure où elles seront sorties de leur contexte, de les desservir pour l’entrée dans l’enseignement supérieur », poursuit-elle. Des problèmes dont a été témoin Fabien Gaulué, délégué général de la  Fédeeh (Fédération étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap) : « Nous avons été alertés de ce problème. Et cela a vraiment porté préjudice à certains lycéens, qui avaient pourtant de bons dossiers », explique-t-il. Pour éviter cet écueil l’an prochain, la médiatrice recommande de sensibiliser les professeurs principaux aux difficultés scolaires qui peuvent être liées au handicap, notamment aux handicaps « invisibles ». Elle préconise aussi d’alerter les chefs d’établissements sur le fait que certaines mentions figurant dans le dossier scolaire peuvent donner lieu à de mauvaises interprétations.

La médiatrice souligne aussi les difficultés particulières des élèves « dys » à accéder à certaines formations, car ils ont précédemment été dispensés des cours d’anglais dans le secondaire. Résultat : lorsqu’ils postulent dans certaines formations postbac, leurs dossiers sont rejetés pour cette raison. « La dispense de cours de langues vivantes n’est donc pas la solution. Il faut que les "dys" assistent à ces cours et que leurs compétences soient évaluées différemment des autres élèves, par exemple à l’écrit ou en utilisant des logiciels de synthèse vocale », explique-t-elle.

« Il faut aussi veiller à l’accessibilité pédagogique des formations »

Pour les bacheliers en situation de handicap qui décrochent une inscription dans un établissement d’enseignement supérieur, le chemin de croix n’est pas terminé pour autant. « Il faut aussi veiller à l’accessibilité pédagogique des formations », insiste Catherine Becchetti-Bizot. Selon elle, il faut encore que les établissements du supérieur développent des cours numériques, des cours retransmis par visioconférences et s’équipent davantage en matériel adapté aux différents handicaps ( salles de cours en boucles magnétiques pour les malentendants…). Un avis partagé par Fabien Gaulué : « Des progrès notables ont été effectués dans l’enseignement supérieur. Car la plupart des établissements sont dotés d’une mission handicap, qui met en place des dispositifs pour faciliter le quotidien des étudiants handicapés. Mais il y a toujours des cas individuels d’étudiants confrontés à des difficultés particulières et les équipements technologiques adaptés sont encore insuffisants dans beaucoup d’endroits », observe-t-il.

Un effort doit aussi être mené pour améliorer l’accompagnement des étudiants dans les établissements du supérieur. Selon la médiatrice, il faut par exemple, développer le recrutement d’étudiants chargés de prendre en notes les cours pour les étudiants handicapés. Fabien Gaulué abonde dans son sens : « On sait notamment que les établissements du supérieur manquent d’interprètes en langue des signes. Et même si un système de tutorat pour les élèves handicapés existe dans beaucoup d’établissements, il faut encore le développer », insiste-t-il.

Des examens qui devraient être facilités

Concernant les modalités de contrôle des connaissances des étudiants handicapés, il existe aussi des marges de progrès. La médiatrice recommande ainsi d’autoriser tous les candidats à composer au choix sur une copie ou sur ordinateur, de concevoir des sujets d’examens compatibles avec différentes formes de handicap, de mettre en place le matériel et logiciel adaptés pendant le déroulement des épreuves (par exemple la synthèse vocale) et d’autoriser un étudiant qui n’aurait pas pu se présenter à un examen pour raison de santé à composer quelques jours après.