Famille djihadiste partie en Syrie: Peine maximale de dix ans de prison pour le fils

JUSTICE Le père a écopé de trois ans de prison, et la compagne d'une peine aménageable...

20 Minutes avec AFP

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Illustration de la balance de Thémis, symbole de la Justice. (Illustration)
Illustration de la balance de Thémis, symbole de la Justice. (Illustration) — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

La justice a infligé mardi au procès d’une famille radicalisée du Loiret la peine maximale de dix ans de prison au fils parti en Syrie et qui avait appelé à d’autres attaques juste après celles de janvier 2015 à Paris.

La condamnation de Samy Rettoun, 22 ans, jugé en correctionnelle à Paris avec son père Farid, 58 ans, et son ancienne compagne Sana, 26 ans, pour association de malfaiteurs à visée terroriste, a été assortie d’une période de sûreté de moitié.

Le tribunal a suivi la réquisition de la procureure sur la peine « au regard de l’extrême gravité des faits reprochés », mais pas sur la période de sûreté des deux tiers, notant que « quelques éléments », notamment les évaluations récentes de l’accusé, « laissent entrevoir un espoir et des évolutions positives ».

« Heureuse » d’avoir « retrouvé une vie normale »

Il a été plus clément envers son ancienne compagne Sana, 26 ans, qui l’avait rejoint en Syrie pour l’épouser. Elle a écopé de cinq ans de prison dont trois de sursis mise à l’épreuve, une peine aménageable assortie de diverses obligations mais qui va lui permettre d’éviter la prison.

En larmes à l’audience, Sana avait demandé pardon et expliqué avoir « honte » de ce passé. Séparée de Samy depuis début 2016, elle élève seule leur fille, et dit avoir « tourné la page » et « être heureuse » d’avoir depuis « retrouvé une vie normale ». Le troisième prévenu, Farid Rettoun, 58 ans, le père de Samy, a lui été condamné à 3 ans de prison dont 18 mois de sursis mise à l’épreuve, également aménageables et assortis d’obligations de suivi.

Accusé notamment d’avoir approuvé dans des messages les activités djihadistes de ses deux fils en Syrie, et aidé à y envoyer plusieurs jeunes Françaises, dont Sana, pour se marier avec eux, il a ainsi été laissé libre, contrairement à ce qu’avait réclamé la procureure. « Je ne voulais pas que (mes fils) coupent les liens avec moi », s’était-il excusé, niant lui aussi toute radicalisation.

L’influence du frère aîné

Comment une famille du Loiret sans histoires - père électricien intérimaire depuis des décennies, trois enfants scolarisés - bascule-t-elle dans la tentation radicale ? Les débats ont fourni quelques explications.

Une ombre persistante a plané sur le procès : celle de Yacine, le fils aîné, battu par son père avec qui il avait des rapports très difficile. Décrit par beaucoup comme radical et ultra-violent, il est en avril 2014, à 21 ans, le premier de la famille à partir pour la Syrie. On ne sait ce qu’il est advenu depuis de celui qui a beaucoup combattu pour l’Etat islamique (EI) en Irak et Syrie. Mais son influence semble avoir largement pesé dans les mésaventures familiales.

En juin 2014, Samy part à son tour en Syrie, « d’abord pour rejoindre » ce frère qu’il admire. La justice ne découvrira ces départs que fortuitement, en interrogeant le troisième enfant de la famille Rettoun, Chaïma, 15 ans, signalée pour radicalisation. Des départs que Farid Rettoun tentera d’abord de dissimuler aux autorités.

Membre de la police religieuse de Daesh

En avril 2016, Samy Rettoun et Sana, enceinte, fuient la Syrie et gagnent la Turquie où ils se rendent au consulat de France. A leur arrivée à Paris, Samy est incarcéré, Sana laissée libre. « J’ai conscience que ce que j’ai fait est grave », a déclaré Samy Rettoun au tribunal en s’excusant, comme Sana et Farid.

Mais ses persistantes ambiguïtés n’ont pas plaidé en sa faveur. Comme quand il nie toute participation à des combats, tout en admettant avoir fait partie de la police religieuse de Daesh. Interrogé sur la vidéo de janvier 2015, il a dit avoir été obligé d’y apparaître « pour prouver (sa) bonne foi ». « Je ne partage pas ces idées », mais « on m’accusait d’être un espion ».

Une fois détenu, Samy a collaboré avec les services de renseignements français. Mais il a maintenu dans le même temps le contact avec son frère Yacine, qu’il semble toujours autant admirer, même après que ce dernier est apparu sur une photo un sabre ensanglanté à la main, la tête d’un prisonnier décapité à ses pieds. « On reste attaché à certaines personnes, même si elles ont fait des mauvaises choses », s’est-il justifié à l’audience.