Suspecté de terrorisme depuis dix ans, Farouk Ben Abbes est jugé pour la première fois ce mercredi

JUSTICE Quatre hommes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme», dont le très médiatique Farouk Ben Abbes...

Helene Sergent

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Un palais de justice (illustration).
Un palais de justice (illustration). — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • A 32 ans, Farouk Ben Abbes est bien connu des services de renseignement belges et français, notamment pour ses liens avec plusieurs «figures» de la mouvance djihadiste.
  • Mis en examen à deux reprises, il n'a jamais été condamné pour terrorisme et a bénéficié d'un non-lieu en 2012.
  • Aujourd'hui assigné à résidence, il est renvoyé pour la première fois devant un tribunal pour un tout autre dossier: son activité sur le forum pro-djihadiste «Ansar Al-Haqq».

« Farouk Ben Abbes a profité de notre incompréhension du terrorisme (…) il est toujours passé entre les mailles du filet ». La résurgence, ces dix dernières années, du nom de ce belgo-tunisien dans plusieurs dossiers terroristes ne doit rien au hasard selon l’avocate de victimes des attentats du 13-Novembre, Samia Maktouf. C’est pourtant la première fois que Farouk Ben Abbes comparait devant un tribunal correctionnel pour une affaire de terrorisme. Suspecté d’avoir joué un rôle dans l’attentat du Caire qui a coûté la vie à une lycéenne en 2009 puis mis en examen en 2010 dans le cadre d'un projet d’attaque visant le Bataclan, il a bénéficié d’un non-lieu deux ans plus tard.

Aujourd’hui âgé de 32 ans, l’homme est renvoyé pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme » aux côtés de trois autres personnes dont l’une aurait depuis rejoint les rangs de Daesh. Médiatisé pour ses liens avec plusieurs « figures » de la mouvance djihadiste hexagonale comme les frères Clain, il est jugé jusqu’au 6 juillet pour son rôle d’administrateur du forum djihadiste, « Ansar al Haqq », entre 2007 et 2009.

« Le djihad médiatique est la moitié du combat »

Son nom a longtemps circulé dans les médias et dans les couloirs de la galerie antiterroriste du parquet de paris. Proche du toulousain Fabien Clain, identifié comme la voix de Daesh dans la revendication des attentats de Paris et Saint-Denis, Ben Abbes s’est installé en 2007 au Caire pour suivre des cours d’arabe et « parfaire ses connaissances religieuses » aux côtés d’autres francophones. Deux ans plus tard, il quitte l’Egypte pour rejoindre Jaïch al-Islam ou « l’armée de l’islam », un groupe djihadiste installé dans la bande de Gaza.

Tout au long de cette période, il alimente régulièrement le forum Ansar Al-Haqq. Vidéos de revendications, communiqués de groupe djihadistes, commentaires pro-Al Qaïda, le Belge poste 619 messages entre juin 2007 et mars 2009. Tous sont signés de la même façon : « Le djihad médiatique est la moitié du combat ». Pour les juges d’instruction, les publications et l’activité des prévenus sur ce forum ne relèvent pas seulement de l’apologie du terrorisme mais ont bel et bien pour objet « d’inciter au djihad et de recruter des volontaires » pour rejoindre les zones de combat comme l’Afghanistan ou l’Irak. Une version réfutée par Farouk Ben Abbes. 

Un écart entre l’image médiatique et le dossier

S’il a reconnu face aux enquêteurs qu’il n’était « pas contre » le fait de combattre contre des soldats, il s’est dit opposé aux « attentats (…) là où il n’y a pas de combats ». Quant à ses liens supposés avec les frères Clain ou d’autres membres de la sphère djihadiste franco-belge, ses avocats William Bourdon et Vincent Brengarth balaient l’argument: «Il n’a jamais nié qu’il avait pu rencontrer, au cours de sa vie, des personnes dont le futur a révélé la radicalité. Il en est désormais totalement éloigné et ne peut être tenu en quoique ce soit pour responsable d’agissements qui ne seraient pas les siens».

Comme lors des précédents procès terroristes médiatiques, l’évolution de la perception de la menace djihadiste préoccupe les avocats de la défense : « Il y aura certainement une tentation de transposer le contexte post-attentats de 2015, pour des faits reprochés, qui, pour les plus récents, datent de 2009 et sont sans lien direct ou indirect avec une quelconque préparation d’attaque ». Assigné à résidence immédiatement après les attaques de Paris et Saint-Denis, le prévenu comparaîtra libre ce mercredi et se dit disposé à collaborer avec la justice. Placé sous contrôle judiciaire, il encourt jusqu’à 10 ans de prison.

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