Lyon: L'université Lumière suspend un professeur pour des soupçons de harcèlement sexuel sur une doctorante

SANCTION L'enseignant-chercheur a été suspendu un an de ses fonctions au sein de l'université...

Elisa Frisullo

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Dans un amphi à l'université Lyon-II. Illustration
Dans un amphi à l'université Lyon-II. Illustration — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Un professeur de Lyon-2 a été suspendu un an et est privé de salaire pendant cette période, après des plaintes d’une étudiante évoquant des gestes et propos déplacés.
  • L’homme a fait appel de la décision et du jugement disciplinaire.

La sanction, rarissime dans le milieu universitaire, témoigne de la gravité des faits qui lui sont reprochés. Un enseignant-chercheur de Lyon-2 a été suspendu un an par la section disciplinaire de l’université dans un jugement rendu le 22 mars dans le cadre d’une affaire portant sur des soupçons de harcèlement sexuel, a indiqué l’université Lumière, confirmant une information du Progrès.

L’université a été informée de ces faits l’an passé par la victime, une doctorante étrangère de la fac dont les travaux de thèse étaient supervisés par le professeur sanctionné. Pendant plusieurs mois, la section disciplinaire a planché sur ce dossier pour se forger une intime conviction, en se fondant notamment sur des enregistrements sonores de la victime, et en auditionnant plusieurs personnes.

« Considérant qu’il reviendra, le cas échéant, à la section pénale de se prononcer sur le caractère délictuel des faits reprochés, la section disciplinaire estime que les faits rapportés concordent entre eux et décide de les qualifier d’inappropriés et totalement déplacés dans le cadre d’une relation entre un directeur de thèse et une doctorante », peut-on lire dans le jugement dont 20 Minutes a obtenu copie.

Des propos déplacés, des caresses

La doctorante reprochait notamment au professeur des propos déplacés sur ses tenues vestimentaires et des « caresses, de l’épaule à la main », la cuisse de son professeur collée à la sienne, lors d’un entretien de suivi de thèse s’étant déroulé en mars 2017. Le professeur, dont le salaire est supprimé le temps de sa suspension, se voit également reprocher des manquements professionnels dans l’encadrement du travail de sa doctorante.

La thèse de cette dernière n’avançant pas depuis plusieurs années, l’homme l’aurait incitée à contourner le dispositif et les procédures habituelles. « De tels agissements revêtent un caractère fautif et révèlent, là encore, chez l’intéressé, une propension à s’affranchir des règles déontologiques », peut-on lire dans le jugement.

Pour sa défense, le professeur, qui a fait appel de ce jugement disciplinaire et de la sanction devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, a indiqué devant la commission que ces faits remontaient à 2017. L’étudiante n’avait alors pas avancé sur sa thèse depuis cinq ans, « tout en ayant besoin parallèlement de se réinscrire chaque année en doctorat pour conserver son titre de séjour », a-il expliqué lors de l’une de ses auditions.

L’étudiante a repris sa thèse

Un argument battu en brèche par la commission qui rappelle dans son jugement qu’il appartenait à ce professeur, qui encadrait la thèse, de suivre l’état d’avancement de sa doctorante. « Il laissait perdurer une situation derrière laquelle il escompte se retrancher désormais pour reléguer les déclarations de la doctorante », est-il ajouté dans la décision.

Aujourd’hui, l’étudiante a repris son travail de recherche dans un cadre apaisé, indique à 20 Minutes l’université Lyon-2. « Dès les débuts de l’affaire, tout a été mis en œuvre pour que l’étudiante puisse poursuivre ses travaux de doctorat dans de bonnes conditions : cela impliquait de l’aider à trouver un ou une nouvelle directrice de thèse, et un environnement de travail en laboratoire qui lui permette de se remettre à travailler de manière sereine », précise Lyon-2, assurant qu’une solution a été rapidement trouvée.

Suite à l’officialisation de la suspension de l’enseignant-chercheur, Clasches, le collectif de lutte antisexiste contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur s’est félicité de cette décision. « Il faut saluer la sévérité de la sanction prise, inédite pour des sections disciplinaires, très souvent enclines à se contenter de sanctions symboliques en matière de violence sexuelle », a notamment réagi le collectif.