Lyon: A l’inauguration de son école, Marion Maréchal prône l’ouverture mais refuse certains journalistes

REPORTAGE L’ancienne députée Front national du Vaucluse a inauguré ce vendredi matin à Lyon son Institut des sciences sociales, économiques et politiques…

Elisa Frisullo

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Marion Maréchal ce vendredi 22 juin à Lyon./Credit:KONRAD K./SIPA/1806221301
Marion Maréchal ce vendredi 22 juin à Lyon./Credit:KONRAD K./SIPA/1806221301 — SIPA
  • Marion Maréchal, ancienne députée FN du Vaucluse et directrice générale de cette nouvelle école, s’est défendue de vouloir faire une formation militante et a prôné l’ouverture de l’établissement aux étudiants et professeurs, quelle que soit leur couleur politique.
  • Plusieurs journalistes se sont vus refuser l’entrée dans l’école.

Habituellement, lorsqu’un nouvel établissement d’enseignement supérieur est inauguré, les portes sont grandes ouvertes. A tous. Mais pas à l’Institut des sciences sociales, économiques et politiques (Issep), inauguré ce vendredi à Lyon à Confluence par sa directrice générale, Marion Maréchal, l’ancienne députée FN du Vaucluse qui se dit retirée de la vie politique.

Pour assister à la conférence de presse de l’Issep, qui doit accueillir fin septembre ses premiers étudiants en magistère (masters) ou en formation continue, il faut montrer patte blanche. Après avoir négocié un moment avec l’hôtesse d’accueil qui reçoit les médias, et avoir appris du vigile, posté à l’entrée, que nous ne faisons pas partie des « gens refusés », 20 Minutes est autorisé à passer. Et à suivre la présentation des valeurs de l’enseignement qui sera délivré à l’Institut. A savoir « l’excellence, l’éthique, l’engagement et l’enracinement ». Un projet éloigné, selon Marion Maréchal de tout engagement politique.

« Une alternative dans l’enseignement supérieur sclérosé »

L’Issep n’est « pas un projet politique, il ne s’agit pas d’une formation militante ou de parti. Nous voulons offrir une alternative dans l’enseignement supérieur que nous estimons sclérosé aujourd’hui », indique la nièce de Marine Le Pen. « Il ne s’agit pas d’un projet personnel en vue d’une projection politique. […] Je m’interdis de travailler dans cette école et de faire de la politique politicienne », assure encore la jeune femme de 28 ans, en réponse à ceux qui la soupçonnent, en raison de ses engagements passés, de vouloir faire de l’école une filiale du Rassemblement national (ex FN).

Parmi les membres du comité scientifique, chargés de la sélection des professeurs et du projet pédagogique, bon nombre sont toutefois connus pour leur engagement au sein de l’extrême droite ou de la droite extrême. Les deux co-présidents sont Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction du magazine identitaire L’Incorrect et Patrick Louis, professeur d’économie à Lyon III et secrétaire général du parti de droite souverainiste MPF de Philippe de Villiers, pour ne citer qu’eux.

Pas de sélection à la couleur politique ?

Mais passons. L’Issep sera, selon ses fondateurs, un « carrefour des intelligences » destiné à former « les élites économiques et politiques de demain ». Au programme de ses cours notamment : du management et du marketing, de l’histoire et de la philosophie, de la géopolitique, du droit… A ce jour, l’Issep, qui formera aux postes d’encadrement dans le privé ou le public, dit avoir reçu 160 pré-inscriptions de chefs d’entreprise et d’indépendants pour la formation initiale et 56 pour le magistère, qui offrira trente places à la rentrée.

Pour être reçus, les candidats devront passer cet été l’étape de sélection, basée sur une heure de test écrit et trente minutes d’entretien de motivation. Un choix qui ne sera pas fait, selon l’Issep en fonction de leurs tendances politiques. « Pour les étudiants, c’est le critère du mérite qui prévaut. On ne va pas regarder les couleurs politiques », indique Marion Maréchal. De même pour les enseignants, qui se sont portés volontaires pour intégrer l’école. « Le critère ne tient pas au bulletin qu’ils mettent dans l’urne », assure la directrice, dont la vision d'« ouverture » prônée ce vendredi matin, est décidément bien personnelle.

Des médias refusés à l’entrée

Plusieurs médias en effet se sont vus refuser l’accès à l’école, aux accès protégés par des agents de sécurité. Interrogée par 20 Minutes sur cette étrange sélection, Marion Maréchal assume parfaitement. « J’en suis très fière, lance-t-elle. Nous ne sommes pas un parti politique mais une école. Je suis libre de communiquer avec qui je veux », a ajouté la jeune femme, qui a refusé l’accès à Libération et à Rue 89 Lyon, orientés à gauche.

Au quotidien national, la directrice de l’Issep reproche la Une récente titrée « Maréchal, la revoilà ». « Ils se sont très mal tenus, avec des allusions insupportables, tout comme Rue 89 Lyon, qui a fait des allusions douteuses par rapport à l’extrême droite », se justifie-t-elle, reconnaissant, dans un sourire, « se venger ».

Selon elle, un journaliste de C8, qui avait demandé à assister à l’inauguration, s’est également vu opposer une fin de non-recevoir pour avoir réalisé un reportage en immersion et en caméra cachée à la fédération du FN de Nice. « Des méthodes insupportables », selon Marion Maréchal dont l’école, heureusement, ne prévoit pas de cours sur la liberté d’expression.

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