On a visité des classes de CP à 12 élèves en éducation prioritaire et ça marche!

REPORTAGE « 20 Minutes » s’est rendu à l’école Marcel Cachin d’Orly (Val-de-Marne), qui possède quatre classes de CP dédoublées…

Delphine Bancaud

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Un travail de CP. Lancer le diaporama
Un travail de CP. — D.Bancaud/20 minutes
  • A l’occasion de la sortie ce lundi, d’une étude sur les CP à 12 élèves par le principal syndicat des enseignants du primaire, le SNUipp-FSU, 20 Minutes a visité l’école Marcel Cachin d’Orly (Val-de-Marne), qui possède 4 quatre classes de CP dédoublées.
  • Les élèves participent beaucoup plus en classe. Et les enseignants peuvent s’adapter au rythme d’apprentissage de chacun.
  • En cette fin d’année, tous les élèves de CP sont lecteurs, avec cependant des différences de niveau.

Des petites classes pour mieux apprendre. C’est l’une des mesures phares du ministre de l’Education nationale : les CP à 12 élèves ont été mis en œuvre à la rentrée 2017 dans les réseaux d’éducation prioritaires renforcés ( REP +). A l’occasion de la sortie ce lundi, d’une étude sur le dispositif par le principal syndicat des enseignants du primaire, le SNUipp-FSU, 20 Minutes a visité l’école Marcel Cachin d’Orly (Val-de-Marne), qui possède quatre classes de CP dédoublées. Un dispositif qui a tout de suite été bien accueilli par l’équipe pédagogique, selon Sophie Ducam, la directrice de l’école : « Nous étions très demandeurs de cette mesure depuis longtemps, nous l’avons donc considérée comme une chance », explique-t-elle.

Une élève de CP de l'école Marcel Cachin d'Orly.
Une élève de CP de l'école Marcel Cachin d'Orly. - D.Bancaud/20 Minutes

Pour que la mayonnaise prenne, la directrice a confié les  CP dédoublés à des enseignants adhérant pleinement au projet : « Il fallait qu’ils aient envie de travailler ensemble et un peu différemment, qu’ils soient prêts à participer à des formations, des réunions pédagogiques et avec les parents d’élèves… », poursuit-elle. Et l’équipe pédagogique a aussi tenu à bien informer les parents en amont de ce qui allait se passer pour leurs enfants : « Nous leur avons expliqué qu’avec ces classes à effectifs réduits, la transition entre la maternelle et l’école serait plus douce pour leurs enfants et que l’on pourrait mieux s’adapter à leurs besoins spécifiques. Du coup, l’appréhension que je sentais habituellement chez les parents d’élèves entrant en CP était beaucoup moins forte lors de la dernière rentrée », analyse la directrice.

« Avec un petit effectif, on peut canaliser tout de suite les débordements »

Reste à savoir ce que cela a donné neuf mois plus tard. Rien de tel pour s’en rendre compte que de pousser la porte des classes. Et d’abord celle d’Isabelle Bretagne. Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est la topographie des lieux. Des petits îlots de tables sont formés dans la classe, qui possède aussi une sorte de salon de lecture et un espace dédié aux arts plastiques. « L’aménagement de l’espace fait partie de la pédagogie », commente Sophie Ducam. Les élèves s’affairent à des tâches différentes : Nathan remplit une grille de mots croisés et sa voisine compte la valeur des billets dessinés sur une feuille. « Les élèves ont une série d’exercices à réaliser, mais ils choisissent l’ordre dans lequel ils les feront », explique Isabelle Bretagne. Un travail en autonomie dont ils montrent le résultat à la maîtresse. Celle-ci n’a d’ailleurs pas une minute à elle et ne cesse d’être sollicitée. « Combien as-tu d’argent avec ces billets ? », demande-t-elle à Jade, avant de voler au secours d’un autre élève.

Autre effet de surprise lorsque l’on visite cette classe : le faible niveau sonore qui y règne. « J’aime bien qu’il n’y ait pas beaucoup d’élèves, car il y a moins de bruit », confirme Tessa, concentrée sur ses calculs. Et le climat dans la classe paraît serein : « avec un petit effectif, on peut canaliser tout de suite les débordements. Et il y a une bonne dynamique de groupe », précise Isabelle Bretagne. L’entraide entre les élèves semble habituelle. D’ailleurs Zakaria répond avec gentillesse à Nathan qui lui demande conseil pour réaliser un exercice.

« Ça permet aussi aux élèves très timides de prendre la parole »

Dans la classe d’à côté, celle de Léo Millet, l’ambiance est tout aussi studieuse. Les élèves doivent résoudre un problème et chacun vient montrer le résultat qu’il a trouvé au maître. Avant que celui-ci ne les réunisse pour la correction. « Fatima veux-tu bien lire l’intitulé du problème ? », demande-t-il, avant de solliciter d’autres élèves. Preuve qu’ils sont davantage invités à participer grâce à ce petit comité. « Ça permet aussi aux élèves très timides de prendre la parole et de gagner confiance en eux », commente Léo Millet.

 l’école Marcel Cachin d’Orly, qui possède 4 classes de CP dédoublés
l’école Marcel Cachin d’Orly, qui possède 4 classes de CP dédoublés - D. Bancaud/20Minutes

Le fait de n’avoir que 12 élèves permet aussi à l’enseignant de travailler sur une multitude de projets : « Chacun a écrit un épisode d’une histoire, ils ont aussi travaillé à la création d’un bus en carton, à un spectacle… », énumère-t-il. Le maître, comme tous ceux qui ont eu un CP dédoublé, a d’ailleurs eu droit à une formation spécifique. « Ils ont tous eu 18h de formation en plus au cours de l’année », explique Luc Gaignard, inspecteur de l’Education nationale d’Orly.

« Ils peuvent évoluer à leur rythme »

Un petit tour dans la classe d’Emmanuelle Ranson permet aussi de comprendre que ces CP dédoublés ne se ressemblent pas. Car chaque enseignant possède sa propre façon d’y enseigner. Et d’ailleurs aucune classe n’est aménagée de la même manière. Dans celle d’Emmanuelle Ranson, les élèves travaillent en ateliers : certains planchent uniquement sur une feuille pour faire des calculs, alors que d’autres manipulent des perles pour compter les dizaines et les unités. « Grâce à cet effectif réduit, je suis au plus près de leur niveau d’apprentissage et ils peuvent évoluer à leur rythme », explique-t-elle. « La difficulté scolaire est traitée plus rapidement dans ces classes », complète Sophie Ducam.

Une enseignante de l'école Marcel Cachin dans un CP à 12 élèves.
Une enseignante de l'école Marcel Cachin dans un CP à 12 élèves. - D.Bancaud/20Minutes

Force est aussi de constater que ces classes à 12 élèves nécessitent un dynamisme à toute épreuve des enseignants. Emmanuelle Ranson enchaîne d’ailleurs par une récitation de comptine et une interrogation orale des élèves à propos d’une histoire. Mais tous les enseignants rencontrés ce jeudi matin, semblent tous épanouis professionnellement. « Je travaille encore plus que l’an dernier, car je suis tout le temps en recherche de ce qui pourrait faire avancer la classe. Mais, je me sens vraiment utile », confie Isabelle Bretagne.

Et le bilan de l’année est largement positif pour tous : « Les progrès des élèves sont remarquables. Leur niveau à l’oral a augmenté », estime ainsi Sophie Ducam. « J’ai 100 % de lecteurs dans ma classe, alors que l’an dernier j’avais trois non-lecteurs en CE2 », témoigne aussi Isabelle Bretagne. « On a toujours des disparités de niveaux. Certains décodent, mais ont du mal à comprendre ce qu’ils lisent, d’autres sont beaucoup plus à l’aise. Mais ce qui compte c’est que tous les élèves ont beaucoup progressé », ajoute Léo Millet. L’an prochain, les élèves seront à 14 en classe de CE1, puis en CE2, ils seront 20. « Le point de vigilance c’est de les faire gagner en autonomie, histoire qu’ils soient à l’aise lorsqu’ils seront dans des classes avec davantage d’élèves », conclut Luc Gaignard.