«Le Donjon de Naheulbeuk», un «simple test» devenu le premier podcast français

PODCAST Sans pub, ni réseaux sociaux, John Lang est devenu le premier podcasteur célèbre de France grâce à sa série sur l’univers du jeu de rôles Le Donjon de Naheulbeuk…

Marie De Fournas

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John Lang, dit Pen of Chaos.
John Lang, dit Pen of Chaos. — John Lang (avec retardateur)

A l'occasion du lancement de ses podcasts, «Sixième Sciences» et «Juste un droit», 20 Minutes revient sur les figures phares de la scène audio indépendante. Aujourd'hui, Pen of Chaos, le créateur de la saga audio «Le Donjon de Naheulbeuk». Celui-ci nous fait d'ailleurs l'honneur de mettre en scène ses célèbres personnages dans un épisode inédit pour le lancement de «Juste un droit»:

Aujourd’hui, tout le monde ou presque sait ce qu’est un podcast. Mais il y a 18 ans, à l’heure où Internet apparaissait tout juste dans les foyers, on ne pouvait pas en dire autant. C’est à cette époque, en l’an 2000, que John Lang, dit Pen of Chaos, poste « un peu par accident » les premiers épisodes d’une longue saga qui sera rapidement connue dans toute la France : Le Donjon de Naheulbeuk.

Sur son site qui existe depuis 1995 (oui, en 1995 le tamagotchi n’avait pas encore été inventé, mais il y avait des gens sur Internet), cet ancien photocompositeur écrivait jusqu’alors sur le jeu de rôles, l’une de ses passions. « J’ai rapidement constaté qu’il n’y avait pas grand monde qui lisait », explique celui qui a toujours voulu être écrivain… Mais sans « passer son temps à envoyer des courriers aux éditeurs ».

« La plupart de mes proches ne comprenaient pas trop ce que je faisais »

« Je viens du monde de la musique et avais des notions d’enregistrement. J’ai donc décidé de faire un test. » En s’inspirant de ses expériences de jeux de rôles et de la pastille humoristique « 2 minutes du peuple » de François Pérusse, John Lang enregistre trois épisodes sur une équipe d’aventuriers dans un donjon. « J’aimais bien le format audio pour parler de ce thème : rapide, pas prise de tête et rigolo. »

« J’ai d’abord fait écouter à des potes, qui ont bien aimé. Même si à cette époque, on était tellement peu sur Internet que la plupart de mes proches ne comprenaient pas trop ce que je faisais. » Pour rappel : en 2000, les lycéens consultaient encore leurs résultats du bac sur le Minitel.

« Certains ne devaient même pas comprendre la moitié des références »

Une fois en ligne pourtant, le succès est immédiat, à la grande surprise de son créateur. « Je ne pensais pas que ça allait intéresser les gens. Avant, il devait y avoir une centaine de visites sur le site par jour, mais principalement parce que je parlais de Quake (un jeu vidéo de tir à la première personne sur PC). Avec les épisodes du Donjon, on a très vite dépassé les milliers. »

Les auditeurs sont des gens qui connaissent l’univers du jeu de rôles ou du jeu vidéo et font des parallèles avec leurs expériences vécues, mais également des novices qui découvrent cet univers inconnu. « C’est marrant, parce que certains ne devaient même pas comprendre la moitié des références… » [Je confirme. J’avais beau suivre les épisodes, à l’époque, j’étais persuadée qu’un jeu de rôles consistait à boire de l’hydromel dans des cornes de zébus, au milieu d’un champ, déguisé en elfe].

Le Donjon de Naheulbeuk ne devait pas être une histoire

Mais le succès est là. Alors John Lang décide de poursuivre la série. Aujourd’hui 45 épisodes ont vu le jour, sans compter les bonus, les fausses publicités ou encore les chansons. « Les chansons du Naheulband sont reprises dans les camps scouts ! Je connais aussi des gens qui sont devenus ingénieur son parce qu’ils ont écouté Naheulbeuk et se sont intéressés à l’univers de l’audio. » Des retombées inattendues, surtout quand on sait qu’à l’origine, le Donjon de Naheulbeuk ne devait même pas raconter une histoire.

« Je voulais seulement aborder des concepts du jeu de rôle. Par exemple, « est-ce que l’on peut passer un épisode à descendre un escalier ? », comme dans un jeu où l’on peut rester des heures à juste emprunter des marches. » (La réponse est « oui », cf. épisode numéro 3). D’ailleurs, les personnages de la saga n’ont pas de prénoms, car ils ne sont que des stéréotypes : un nain, un ogre, un voleur, un elfe, une magicienne ou encore un ménestrel. Cependant Pen of Chaos a créé des liens entre eux, les a affinés, leur a donné un background… « Finalement, l’histoire est venue toute seule ».

Pas de profit avec les podcasts du Donjon

Malgré son succès et ses 18 ans d’existence, Le Donjon de Naheulbeuk a toujours gardé le même esprit. « Il y a juste la technique qui a évolué : j’ai une bonne qualité audio maintenant. Je pense aussi que mon jeu d’acteur est meilleur ! C’était un peu dur au début ». Car John Lang a toujours réalisé lui-même toutes les voix de ses personnages, excepté lorsqu’il faisait venir un invité surprise. « J’ai fait participer un ami Canadien une fois. Je trouvais ça drôle ».

L’objectif de John Lang n’a jamais été non plus de faire du profit avec Le Donjon de Naheulbeuk. Les épisodes sont restés gratuits et les droits des chansons du Naheulband sont gérées par le groupe lui-même. « Je n’ai jamais voulu me faire racketter par la Sacem. Toute la musique du Naheulband est sur des plateformes dématérialisées où les gens ont le choix de payer ou non pour les écouter. » C’est sur un autre terrain que le podcasteur a décidé de gagner sa vie, un terrain qui était aussi son rêve : l’écriture. Puisque John Lang ne voulait pas s’embêter à envoyer des manuscrits, c’est finalement un éditeur qui est venu le chercher. « J’avais déjà écrit un roman, je lui ai envoyé en lui disant que si ça le bottait on y allait ! Maintenant je fais ça à plein temps ! » Résultat : 22 tomes de BD, trois hors-séries et six romans plus tard, l’écrivain n’est toujours pas sorti du donjon.

Bientôt un jeu vidéo

Une activité qui lui prend du temps. D’ailleurs aucun épisode du Donjon n’est sorti depuis plus d'un an, au plus grand désespoir des fans. L’écriture n’est pas la seule en cause. « J’ai un jeu vidéo en cours de production, basé sur les jeux de rôles que j’ai écrits, le Donjon de Naheulbeuk et les BD pour le graphisme. Moi je fais les voix, le scénario et la musique. Cela sera mon plus gros produit dérivé ! »

Tellement de temps que le doyen des podcasts n’a « malheureusement » pas une minute à lui pour « écouter sérieusement » les autres podcasts. « Je me réserve ce petit plaisir pour plus tard, car j’ai pu voir qu’il y avait une très longue liste de productions de qualité. » Verdict quand John Lang sera sorti du donjon.