Faut-il limiter la vente d’alcool dans les aéroports?

PERTURBATIONS C'est ce que souhaite la compagnie irlandaise Ryanair qui a dû détourner une nouvelle fois un de ses avions à cause de passagers alcoolisés et devenus incontrôlables…

Fabrice Pouliquen

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Des passagers qui embarquent dans un appareil Ryanair à l'aéroport de Beauvais.
Des passagers qui embarquent dans un appareil Ryanair à l'aéroport de Beauvais. — CHAMUSSY/SIPA
  • Ce n’est pas la première fois que Ryanair formule une telle demande. Un an plus tôt, elle demandait aux autorités aéroportuaires britanniques d’imposer une limitation de la consommation d’alcool à deux verres par client.
  • Christophe Tharot, président du Syndicat national des pilotes de ligne, invite aussi à se pencher sur la réduction des personnels au sol qui permettaient auparavant de repérer bien plus en amont les passagers trop alcoolisés.

Parti de Dublin pour Ibiza en Espagne, un avion de Ryanair a été contraint de se poser à l’aéroport de Beauvais (Oise) samedi en raison de la présence à bord de trois passagers ivres perturbant le vol. Résultat ? Un week-end gâché pour trois des perturbateurs, attrapés par la police à la descente de l’avion et contraints de laisser l’avion repartir sans eux.

Mais Ryanair est bien décidée à ne pas laisser l’affaire en rester là. Lundi, elle a appelé à « des changements importants pour interdire la vente d’alcool dans les aéroports ». Dans le détail, elle exige « une limite de deux verres par passager, et aucune vente d’alcool avant 10 heures », dans tous les terminaux où elle pose ses avions.

Ce n’est pas la première fois que la compagnie low-cost irlandaise formule une telle demande. Il y a un an tout juste elle demandait aux autorités aéroportuaires britanniques d’imposer une limitation de la consommation d’alcool à deux verres par client et de mettre fin à la consommation d’alcool à l’heure du petit-déjeuner en raison d’une hausse des incidents.

Un problème récurrent chez Ryanair ?

Un problème récurrent ? « Cela arrive oui, glisse à 20 Minutes Christophe Tharot, commandant de bord Air France détaché chez Transavia et président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Visiblement plus fréquemment chez Ryanair, si j’en crois les histoires que remontent les anciens pilotes de cette compagnie avec qui je vole régulièrement. Les passagers britanniques et irlandais ont peut-être plus tendance que les autres à s’alcooliser avant de prendre l’avion ou pendant le vol. »

Une rapide recherche sur Internet semble lui donner raison. En mars 2016, un groupe de 25 hommes -dont un mineur de 14 ans- avait du être débarqué d’un vol Londres-Costa-Rica en raison de leur ébriété et de leurs comportements susceptibles de perturber le vol. « Des Irlandais », rapportait alors le Daily Mirror. Le 30 août dernier, même histoire :  un vol Londres-Ibiza avait dû se poser à Bordeaux après que plusieurs passagers alcoolisés se sont montrés agressifs envers d’autres voyageurs. Christophe Tharot se souvient tout de même d'avoir été confronté à un problème similaire dans sa carrière sur un vol parti du Brésil. « Nous avions un marin à bord que nous avions dû attacher parce qu’ivre et devenu incontrôlable. »

Alcool et avion, cocktail explosif ?

Il faut dire qu’alcool et voyages en avion forment un cocktail potentiellement explosif : des gens un peu plus tendus qu’à l’accoutumée, un espace confiné, l’altitude. « Avec moins d’oxygène à sa disposition, notre cerveau est moins au « top » que sur le plancher des vaches, expliquait le professeur Henri Marotte, enseignant en médecine aéronautique à l’université Paris Descartes sur francetvinfo en mai 2016. En vol, ces effets de l’hypoxie et les effets neurologiques de l’alcool se potentialisent. « Résultat, nous ressentons une impression d’ivresse accentuée, à dose égale d’alcool consommée par rapport à la terre ferme. »

Pour Christophe Tharot, ces cas d’alcoolémie incontrôlables au point de devoir détourner un vol restent tout de même un épiphénomène « loin d’arriver toutes les semaines ». Faut-il alors aller jusqu’à limiter la vente d’alcool dans les aéroports comme le demande Ryanair ? L’aéroport de Dublin a d’ores et déjà qualifié cette demande de disproportionnée. 

La proposition n’emballe guère plus les commerçants de l’aéroport de Beauvais que Le Parisien  a rencontré. « Cela serait un coup dur pour nous, l’alcool représente une part notable de nos ventes », admet l’un deux, gérant d’un restaurant,

« Moins de filtres qu’avant pour détecter les passagers alcoolisés »

Christophe Tharot met toutefois en garde contre toute décision précipitée. « Nous aurions besoin d’une vraie réflexion, plus large, visant à se prémunir de ces situations à risques, estime-t-il. Une fois les contrôles de police passés, rien n’empêche les passagers d’acheter de l’alcool dans les zones « duty free » de l’aéroport. Sans être limité sur les quantités de boisson achetées, ni sur leur teneur en alcool. »

Le président du SNPL invite aussi à réfléchir sur la réduction du personnel au sol dans les aéroports. « Avant, vous ne vous enregistriez pas électroniquement à une machine mais à un comptoir, rappelle-t-il. Si bien qu’aujourd’hui, le premier contact que vous avez avec la compagnie avec laquelle vous embarquez, c’est à bord de l’avion quand celui-ci a même parfois décollé. Il n’y a plus les filtres qui existaient avant et qui permettaient de remarquer et d’alerter des personnes alcoolisées ou présentant un risque de perturbation. »