Toulouse: Depuis un an, des réfugiés entament «une seconde vie» sur les bancs de l'université

MIGRANTS Depuis un an, une centaine de réfugiés et demandeurs d'asile ont repris à Toulouse le chemin de l'université pour apprendre le français. Avec succès...

Beatrice Colin

— 

Une rentrée à l' Université de Toulouse Toulouse2-Jean-Jaurès
Une rentrée à l' Université de Toulouse Toulouse2-Jean-Jaurès — FrŽdŽric Scheiber/20MINUTES
  • Dans le cadre de l’accueil des migrants, l’Université fédérale de Toulouse et la région Occitanie ont mis en place un dispositif «Dilami» qui accompagne les demandeurs d’asile et les réfugiés dans l’apprentissage du français.
  • En un an, près de 120 personnes ont bénéficié du dispositif Dilami, dont plus de 60 % titulaires d’un niveau bac +2 ou supérieur.

Dans leurs pays, ils se destinaient à devenir avocat, ingénieur ou encore architecte, certains étaient même déjà en poste. Arrivés à Toulouse après avoir quitté leur patrie parfois du jour au lendemain, de nombreux Syriens, mais aussi des Turcs ou encore des Iraniens se sont retrouvés à devoir repartir à zéro, ne comprenant la plupart du temps pas un traître mot de français.

Pour les aider à s’intégrer, l'Université fédérale de Toulouse et la région Occitanie ont lancé il y a un an le Dispositif langues accueil migrants (Dilami) qui propose à la fois cours de français, une éducation à la citoyenneté et un accompagnement.

120 étudiants en un an

« Tout est parti de la demande d’une association d'étudiants qui accompagnent les éxilés. Nous avons donc mis en place un accompagnement linguistique. Pour nous, il était important qu’il y ait une reprise d’études à court terme, mais il ne s’agit pas que d’une réponse à une urgence, nous voulions proposer quelque chose qui dure », prévient Philippe Rimbault, le président de l’Université fédérale. Avec la région, ils déboursent chaque année 170.000 euros.

En un an, 120 réfugiés ou demandeurs d’asile ont ainsi suivi des cours, dont près de 60 % étaient déjà titulaires d’une licence, d’un master ou d’un doctorat. Le seul impératif pour y accéder : avoir un niveau bac.

La découverte de la culture française

« Au début des cours, la plupart venaient juste d’arriver et ne parlaient pas français. Ils avaient beaucoup de rendez-vous pour gérer leur situation, ils étaient inquiets sur leur avenir, se retrouvaient souvent sans leur famille. Malgré tous ces freins à l’apprentissage, ils n’ont pas lâché, ils ont persévéré », relève Marie Alverde, une des enseignantes lors de la présentation du premier bilan du dispositif, quelques jours avant la journée mondiale des réfugiés.

A ses côtés, les bénéficiaires n’ont eu de cesse de louer cette formation, qui leur a aussi permis de découvrir la culture de leur pays d’adoption. « Avant, je ne voulais pas sortir, car je ne comprenais rien. Grâce aux cours, j’ai des amis, cela me permet de continuer mes études », assure Mohamed, un Iranien ingénieur de formation.

Reconnaissance des étudiants

Selma était enseignante en Turquie. Elle a tout laissé derrière elle et assure avoir retrouvé « une famille » grâce au dispositif. « Je vais faire tous les efforts pour me rendre utile pour ce pays pour montrer que votre effort n’est pas pour rien », a-t-elle assuré.

Kemal, ingénieur, a déjà retrouvé du travail chez un sous-traitant aéronautique. Après la tentative de coup d’État en Turquie, il s’est exilé avec sa femme. Il a bien suivi quelques cours de français avec une association, mais il recherchait une formation intensive. « Pour nous Dilami, cela a été comme un lac dans le désert. J’ai gagné en confiance et cela m’a appris la culture », explique-t-il avec reconnaissance.

>> A lire aussi : Conflits: Le nombre de déplacés dans le monde a atteint un nouveau record en 2017, selon l'ONU