Parcoursup: « Près de 80% des candidats ont reçu en moyenne trois propositions avant le bac», assure Frédérique Vidal

INTERVIEW Alors que les épreuves du bac démarrent ce lundi, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, détaille à « 20 Minutes » où en est le processus d’orientation des lycéens…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Frédérique Vidal à l'Elysée, le 12 juin 2018.
Frédérique Vidal à l'Elysée, le 12 juin 2018. — Jacques Witt/SIPA
  • Avant le bac, près de 80 % des candidats ont reçu au moins une proposition sur Parcoursup alors que Frédérique Vidal prévoyait qu’ils seraient 66 % dans ce cas.
  • Et 43 % des inscrits ont déjà accepté définitivement une proposition.
  • Répondant à une polémique qui monte ces derniers jours, la ministre indique qu’un tiers des lycéens de banlieue parisienne pourront étudier à Paris alors qu’ils étaient 20 % l’an dernier.

Le coup d’envoi du bac ce lundi correspond à la suspension pendant une semaine de la procédure d’admission dans le supérieur, via Parcoursup. Elle reprendra le 26 juin, avec la procédure complémentaire, qui permettra aux candidats (lycéens de terminale et étudiants en réorientation) de formuler des vœux sur des places restées vacantes sur la plateforme. L’occasion pour 20 Minutes de faire le point avec la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur le processus d’orientation des lycéens.

En ce premier jour des épreuves du bac, combien candidats n’ont pas encore reçu de proposition sur Parcoursup ?

Ils sont 130.000 sur les 812.000 candidats inscrits sur la plateforme. Parallèlement, 638.000 candidats (soit près de 80 %) ont reçu au moins une proposition et le chiffre monte à plus de 90 % pour les bacheliers généraux. Et 43 % des inscrits sur Parcoursup ont déjà accepté définitivement une proposition.

Est-ce un progrès par rapport à la procédure APB à la même époque l’an dernier ?

Oui, parce que 80 % candidats ont reçu en moyenne trois propositions, alors que l’an dernier à la même époque 80 % des candidats avaient reçu une proposition seulement. C’est d’ailleurs au-dessus de nos prévisions car nous avions prévu initialement que les deux tiers (66 %) auraient au moins une proposition avant le bac.

Cette année, les filières sélectives ont été particulièrement demandées (68 % des vœux exprimés), ce qui explique notamment que certains candidats ayant demandé exclusivement ce type de formations restent sur le carreau. N’est-ce pas le signe d’un manque de places notamment en BTS/DUT ?

Nous avons créé 4.000 places de BTS cette année (dont 2.000 classes passerelles) et dans les universités, nous avons créé 17.000 places, dont une partie l’ont été en DUT. Nous sommes en train de faire un bilan pour savoir s’il ne faut pas ajouter encore des places dans ces filières. Mais l’an dernier en septembre, il restait 4.000 places en BTS. D’où l’idée de proposer cette année une aide à la mobilité aux étudiants afin qu’ils puissent par exemple, postuler dans un BTS éloigné de chez eux. La demande de filières courtes est liée à la difficulté des étudiants à se projeter sur 5 ans d’études. Les jeunes préfèrent se projeter sur des filières qui leur donnent la possibilité de travailler une fois diplômés, même si 85 % des titulaires d’un DUT poursuivent leurs études ensuite.

250.000 candidats qui ont reçu une proposition ne l’ont pas acceptée de manière définitive car ils espèrent mieux. Est-ce à dire qu’ils s’orienteront par défaut s’ils n’obtiennent pas la formation de leur rêve ?

Non, car dans la procédure APB, 24 vœux étaient possibles avec l’obligation de mettre une licence de son académie, sans avoir la possibilité de choisir une licence en tension hors académie. Et on s’était rendu compte que c’était beaucoup trop et que tous les vœux émis ne correspondaient pas à des souhaits véritables. Or, dans Parcoursup, les jeunes n’en ont émis que 10 au maximum, qui correspondent à des vrais souhaits car il n’y a plus de contrainte. Et là, ils ont la possibilité d’accepter une proposition sans renoncer à leurs autres vœux.

Avec Parcoursup, on constate que certaines universités sont très demandées et d’autres pas, comment rétablir l’équilibre ?

Cette année, les lycéens peuvent faire des demandes en dehors de leur académie, même dans des filières en tension. Mais le nombre d’étudiants hors académies accueillis par les universités est limité, car nous devons veiller par exemple, à ce qu’un lycéen parisien puisse s’inscrire dans une université proche de chez lui. Et je tiens à dire que les formations de premier cycle sont bonnes dans tous les établissements, qu’ils se situent au-delà du périphérique ou pas. Et l’endroit où l’on a suivi sa licence n’augure en rien de l’endroit où l’on sera inscrit en master. Par ailleurs, le taux d’insertion de tous les masters professionnels, quelle que soit l’université qui les propose, dépasse les 90 %.

Parcoursup favorise-t-il les lycéens de centre-ville ayant un dossier moyen au détriment de ceux de banlieue qui ont un meilleur dossier ?

C’est faux. Parcoursup ne peut pas être le bouc émissaire de tous les combats politiques. Un exemple : l’an dernier, en fin de processus APB seulement 20 % des jeunes de Créteil ou Versailles pouvaient étudier à Paris, tandis que cette année, on en est déjà à plus de 30 %. C’est donc un ressenti démenti par les chiffres. Par ailleurs, je le répète les universités de banlieue ne sont pas moins bonnes que celles de Paris intra muros.

Combien d’étudiants ont saisi les Commissions d’accès à l’enseignement supérieur ?

Pour l’instant, environ 7.000, ce qui montre que ce système répond à un besoin et fonctionne. Ces jeunes n’avaient demandé que des filières sélectives. Avant, les lycéens sans affectation devaient attendre la rentrée pour que l’on s’occupe d’eux. Et avec ces Commissions, on peut tenter de leur trouver une solution avant le bac. Dans la Commission que j’ai visitée à Aix-en-Provence, les deux tiers des candidats ont d’ailleurs accepté la proposition d’orientation qui leur a été faite.

Quelle est la proportion de candidats qui ont reçu un « oui si », c’est-à-dire une inscription conditionnée par une remise à niveau ?

Il y a 134.000 propositions de « oui si », qui ont été faites. Des candidats ont accepté des « oui si », alors même qu’ils avaient reçu des « oui ». Cette nouvelle possibilité leur a permis de choisir la formation qu’ils préféraient. Et ils ont compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’un accompagnement.

Mais toutes les universités ont-elles réellement mis en place des remises à niveau ?

Toutes les universités se sont engagées à mettre en place des procédures d’accompagnement à la rentrée. Certaines sont encore en train de les préparer., d’autres sont déjà prêtes. Elles sont toutes conscientes que c’est la solution pour réduire le taux d’échec de 60 % en première année de licence. Et tous les dispositifs d’aide à la réussite vont monter en puissance les prochaines années.

Au 17 juin, on dénombre au total 49.000 candidats ayant quitté la procédure. Comment interprétez-vous ce chiffre ?

Ce chiffre est du même ordre de grandeur que l’an dernier avec APB. Car 15 % des formations du supérieur ne figurent pas sur Parcoursup. Par ailleurs, les résultats des concours d’écoles de commerce, d’ingénieur, d’infirmier, d’écoles d’art tombent au fur et à mesure, ce qui fera augmenter mécaniquement le taux de désinscription à la plateforme.

A partir de ce lundi, la procédure d’admission dans le supérieur Parcoursup est suspendue. Elle reprendra le 26 juin, avec une nouvelle phase dite complémentaire, qui permettra aux candidats de formuler des vœux sur des places restées vacantes. Mais n’y a-t-il pas un risque que ces places concernent des filières peu demandées par les lycéens ?

Le sujet est d’avoir des places dans les filières que veulent les lycéens. C’est bien pour cela que nous avons créé plus de 20.000 places dans les filières les plus demandées cette année. Et si nous en avons encore besoin, nous en financerons d’autres, comme nous nous y sommes engagés avec le Premier ministre.

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