Marseille: «La ville commémore l’accueil des Arméniens mais oublie l’Aquarius et ce qui s’y joue»

SAUVETAGE Plusieurs voix s’élèvent face à l’inaction française dans l’accueil des migrants à bord de l'« Aquarius », dans un port Méditerranéen…

Adrien Max

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Le navire Aquarius, le 1er juin 2018 au large des côtes maltaises et italiennes.
Le navire Aquarius, le 1er juin 2018 au large des côtes maltaises et italiennes. — Salvatore Cavalli/AP/SIPA
  • L’association SOS Méditerranée a annoncé ce mercredi matin lors d’une conférence de presse à Marseille que l’Aquarius avait pris la mer mardi soir en direction de Valence.
  • L’Italie et Malte ont refusé d’accueillir le navire, la France n’a réagi qu’après l’annonce par l’Espagne de l’accueil du bateau à Valence.
  • Si l’exécutif corse a proposé l’accueil de l’Aquarius, la mairie de Marseille s’est refusée à tout commentaire sur la situation du bateau.

L’association européenne SOS Méditerranée a annoncé ce mercredi matin lors d’une conférence de presse à Marseille que l’Aquarius avait pris la mer mardi soir en direction de Valence. Après avoir secouru 630  migrants de la noyade samedi soir au large de la Libye, les autorités italiennes et maltaises ont refusé que le bateau accoste sur leurs côtes. Ce n’est que mardi après-midi que l’Espagne a accepté l’accostage du bateau à Valence.

Par la voix du Premier ministre Edouard Philippe, la France s’est dite prête, mardi, « à aider les autorités espagnoles pour accueillir et analyser la situation des personnes ». Mais beaucoup ont critiqué la lenteur des réactions du gouvernement français, à l’image de François-Michel Lambert, député LREM des Bouches-du-Rhône.

Il s’agit là d’accueillir le millième de ce que l’Italie accueille depuis 2013. La France continue de fermer les yeux pendant que l’Italie et l’Espagne assurent notre bonne conscience », avance-t-il.

C’est le cas de Jean-Claude Gaudin et de la mairie de Marseille qui indique à 20 Minutes « ne faire aucun commentaire sur la situation de l’Aquarius ».

Je suis abasourdi de voir que Marseille commémore l’accueil des Arméniens alors que la ville oublie l’Aquarius et ce qui s’y joue. C’est comme Eric Ciotti [député des Alpes-Maritimes qui s’est prononcé contre l’accueil de l’Aquarius dans un port français], il oublie que si la France n’avait pas accueilli sa famille il ne serait même pas un être vivant aujourd’hui », se désole François-Michel Lambert.

Seul l’exécutif corse, par la voix de ses dirigeants nationalistes Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, s’est prononcé pour l’accueil de l’Aquarius sur leur île. Mais rapidement des critiques sur un « coup de communication politique » ont fusé. François-Michel Lambert n’y croit pas. « Il y a une volonté d’affirmer la dimension humaniste dans ce que porte cette pensée politique. Il faut arrêter de mélanger tous les Corses, je ne suis pas du tout étonné de leur proposition. »

Ordre du commandement maritime italien

Sauf que pour cet accueil soit rendu possible, il fallait l’autorisation des « autorités maritimes ». Or dans ce cas, la situation est gérée directement par le cabinet du Premier ministre, à qui revient cette « mission interministérielle ». « Les élus corses laissaient accoster les bateaux, mais ne traitaient pas les demandes d’asile, donc on reportait le problème », a jugé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux dans Libération.

Sophie Beau, cofondatrice de SOS Méditerranée, considère comme « tout à fait réalisable la possibilité d’accoster en Corse, mais nous n’avons pas reçu cet ordre du commandement maritime italien dont nous sommes sous le commandement exclusif », explique-t-elle.

« Ne pas prendre en otage ces personnes »

Quant à la possibilité de débarquer à Marseille, même sans autorisation ? « Nous ne procéderons jamais de la sorte, nous respectons le droit maritime international. Nous ne voulons pas prendre en otage ces personnes, notre seule mission est de les sauver », a-t-elle fait savoir.

L’Aquarius, ainsi que les deux autres navires italiens sur lesquels ont été transbordés les migrants, devrait arriver samedi soir au mieux à Valence, « en fonction des conditions météos qui se dégradent ». Une fois débarqué, le bateau ne devrait pas reprendre la mer avant une dizaine de jours, le temps de se réorganiser. « C’est autant de temps pendant lequel nous ne sommes pas sur zone, alors qu’il y a encore eu un chavirage avec au moins une quinzaine de morts mardi soir », regrette Sophie Beau.

[Il est] urgent que les états européens mettent en place une flotte adéquate pour le sauvetage dans cette zone. Cette inaction est criminelle alors que les autorités sont alertées de la situation. »

Si aucune solution n’est trouvée entre les états européens, la situation se répétera inlassablement alors que près de 15.000 personnes sont déjà mortes noyées dans la mer Méditerranée depuis le début de cette crise migratoire.

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