Strasbourg: Pour la Maison des adolescents, «le plus compliqué, c’est d'approcher» les jeunes radicalisés

RADICALISATION Depuis 2013, la Maison des adolescents de Strasbourg est sollicitée pour tenter de prendre en charge «pas à pas» avec une stratégie adaptée, des jeunes radicalisés ou en voie de radicalisation...

Bruno Poussard

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Maison des adolescents à Strasbourg.
Maison des adolescents à Strasbourg. — G. Varela / 20 Minutes
  • A l’image des trois Alsaciens jugés en ce début de semaine, le Bas-Rhin est un des départements les plus fortement impactés par la radicalisation.
  • Sollicitée depuis 2013 à ce sujet, la Maison des adolescents de Strasbourg fait partie des acteurs locaux engagés dans cette lutte.
  • Au fil des années, les spécialistes de santé de la structure ont tenté de développer une stratégie pour approcher ces jeunes.

Depuis son ouverture en 2011, la Maison des adolescents de Strasbourg accueille en moyenne 1.118 jeunes par an. Pour un mal-être indéfini, des addictions, des tentatives de suicide… La première fois qu’un jeune en situation de radicalisation s’est présenté à elle, c’était en 2013. Mais sa directrice, Delphine Rideau complète :

« Cependant, un des premiers cas dont des familles ou des structures professionnelles nous ont fait part était celui d’une radicalisation néonazie, pas islamiste. »

Assez rapidement, les psychiatres de la structure ont essayé d’avoir une lecture ouverte de ces situations, afin d’en comprendre les facteurs et d’en visualiser les faiblesses sous-jacentes. Face à une vague de départs en Syrie et les  menaces sur le symbolique sol strasbourgeois, les autorités ont finalement sollicité l’association dès juillet 2014.

En 2016-2017, 30 jeunes radicalisés pris en charge

Depuis, la Maison des ados (MDA) fait partie des acteurs des cellules de détection et d’accompagnement du protocole dédié de la préfecture du Bas-Rhin. « On a accepté en veillant qu’un équilibre soit maintenu entre l’enjeu de santé publique et le respect d’une certaine éthique et une bienveillance auprès des ados », précise Delphine Rideau.

« A notre avis, il faut des réponses adaptées à un enfant de 14 ans. On ne peut pas le regarder de la même manière qu’un adulte de 35 ans. »

Sollicitée par la justice pour des jeunes suivis par la protection judiciaire jeunesse (voire condamnés), la MDA peut aussi l’être plus tôt par des proches, des entreprises, d’autres associations… En 2016-2017, elle a pris en charge près de 30 jeunes considérés comme radicalisés. « Sans qu’il y ait forcément une traduction violente », nuance la responsable.

Une stratégie à petits pas adaptée à chacun

Localisée à deux pas de l’hôpital civil, l’association a tenté de développer des stratégies d’accompagnement. Sans obligation. Mais avec finesse pour réussir à établir une communication ciblée. « On commence à être rodés, mais le plus compliqué, c’est de les approcher, précise Delphine Rideau. Car ces jeunes ne sont pas en demande d’aide. »

Pour y arriver, la MDA commence par travailler avec les lanceurs d’alerte puis les personnes qui ont encore un lien avec le jeune en voie de radicalisation. Pas à pas, les psychiatres cherchent un sujet et un lieu pour l’aborder. Le plan est adapté à chacun. Avec, à terme, l’idée de trouver un terrain afin qu’il puisse réussir à exprimer ses maux.

« Il nous a fallu sortir de nos murs, créer un dialogue pour accéder aux failles et vulnérabilités plus anciennes. »

Des ateliers pour permettre aux jeunes d’exprimer leurs maux

A l’aide d’acteurs et d’associations de terrain dans cette idée, la vingtaine de spécialistes (essentiellement de santé) de la Maison des ados de Strasbourg utilise ensuite des ateliers de médiation, culturelle ou sportive - comme avec des situations d’addictologie ou d’autres cas. La réalisation d’une vidéo et un atelier de danse sont autant d’exemples.

Pour aller plus loin dans la prévention, encore plus en amont, la MDA pilote désormais le Réseau Virage de l’Agence régionale de santé dans le Grand Est. « On veut expérimenter des outils et des modes de réponses innovants à des problématiques nouvelles, vis-à-vis des discriminations, par exemple », termine Delphine Rideau. De là à éradiquer complètement la radicalisation, un jour ?

« L’addictologie et les suicides sont des problèmes que l’on n’a jamais réussi à supprimer totalement… »