11-Novembre: Frédéric B., le poilu qui a refait vivre la Première Guerre mondiale sur Twitter durant 4 ans

CENTENAIRE Durant quatre ans, un enseignant et ses élèves ont fait revivre sur les réseaux sociaux l’histoire du poilu Frédéric B. grâce aux écrits du jeune soldat. Après avoir tweeté sa mort samedi, ils dévoileront son identité ce mercredi…

Beatrice Colin

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Frédéric B., poilu de la Première guerre mondiale, dont les carnets ont été publiés entre 2014 et 2018 sur Twitter et Facebook par Yann Bouvier et ses élèves.
Frédéric B., poilu de la Première guerre mondiale, dont les carnets ont été publiés entre 2014 et 2018 sur Twitter et Facebook par Yann Bouvier et ses élèves. — Coll. B. Channac/Histoire de couleurs
  • En 2014, Yann Bouvier, un professeur d’histoire et ses élèves ont décidé de faire revivre sur les réseaux sociaux Frédéric B., un vrai poilu lyonnais en puisant dans ses carnets de récits.
  • Ce projet pédagogique, mené à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, a permis de mettre en lumière le quotidien des soldats, leurs désillusions aussi.
  • Frédéric B. est mort le 9 juin 1918 près de Reims, après quatre années passées au front. Ce mercredi, l’identité de ce soldat qui n’est plus inconnu, sera dévoilée sur les réseaux sociaux.

EDIT: A l'occasion du centenaire de l'armistice de la Première guerre mondiale, nous vous proposons de relire cet article paru en juin 2018. 

Samedi, cent ans après jour pour jour, Frédéric B. est à nouveau tombé à Vrigny, dans la Marne, lors de l'offensive allemande sur Reims. D’une balle en plein cœur. Quelques heures plus tôt, le soldat du 99e Régiment d’infanterie notait dans son carnet sa « peur », promettant « d’être courageux au combat ». Les derniers mots de ce jeune Lyonnais, couchés sur du papier entre deux largages d’obus, sont aujourd’hui passés à la postérité grâce à Twitter.

Depuis quatre ans, de nombreuses personnes ont suivi sur le réseau social le quotidien de ce poilu de la Première Guerre mondiale, mais aussi sur Facebook et un blog dédié.

Des élèves, soldats de la mémoire

Des nouvelles extraites de ses carnets par une vingtaine de lycéens de Fonsorbes, à l’ouest de Toulouse, qui ont fait revivre à travers plus de 1.700 tweets et 95 articles, la mémoire du soldat, engagé en 1914, à 20 ans à peine.

Des textes qu’ils découvraient au fur et à mesure, leur enseignant, Yann Bouvier, préférant garder le suspense. Jusqu’à récemment, lorsqu’il s’est présenté lors de l’atelier préparatoire sans document à la main. Là, les élèves ont compris qu’ils s’approchaient de la fin tragique de leur héros, des dernières salves de tweets agrémentés de photos d’époques et d’illustrations.

« Ils s’y attendaient mais en même temps espéraient. L’histoire s’impose à nous, c’est ce qui est réellement arrivé. Si on l’avait inventé, cela aurait peut-être été différent », remarque leur professeur d’histoire, à l’origine de ce projet lancé il y a quatre ans dans le cadre d’un atelier pédagogique autour du centenaire de la Grande Guerre.

Yann Bouvier et une partie des lycéens qui ont contribué à faire revivre Frédéric B. sur les réseaux sociaux à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre.
Yann Bouvier et une partie des lycéens qui ont contribué à faire revivre Frédéric B. sur les réseaux sociaux à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre. - Meremptah - YB

Cette aventure virtuelle a débuté alors qu’il enseignait dans un collège voisin. Muté au lycée Clémence-Royer, il y a retrouvé ses élèves. Et comme eux, il s’est attaché à son sujet d’études, à force de partager ses états d’âme, ses doutes parfois ou encore ses espoirs de quitter un jour le front.

« Ce qui m’a beaucoup touché, c’est que dès le début du conflit, il fait preuve de clairvoyance comme lors de sa toute première expérience au front et des fraternisations de Noël 1914. Il sent que cette guerre n’a pas de sens, de raison d’être. Il fustige d’ailleurs pas mal les dirigeants, notamment les derniers mois », relate Yann Bouvier.

Pour tenir, cet enfant de famille nombreuse s’est tourné vers la religion, quand d’autres soldats préféraient s’abîmer dans la boisson. « Ce qui le rend attachant, c’est qu’il est excessivement altruiste, il ne s’apitoie pas sur son sort. Il subit, il accepte, pour lui c’est la volonté divine », insiste le professeur d’histoire.

Mémorial numérique

A travers ce projet, ​Yann Bouvier a pu expérimenter avec ses élèves le temps long, ne pas résumer quatre années de guerre en trois ou quatre heures de cours.

« Çela m’a permis d’avoir une conscience plus aiguë de la temporalité, du temps passé au front, des batailles effroyables mais assez épisodiques, de l’attente, de la vie à l’arrière », insiste-t-il. Et devenir ainsi un passeur de mémoire.

Ce mercredi, le nom de Frédéric B. sera dévoilé, pour que ce simple soldat ne reste pas un héros anonyme. Les plus férus d’histoire l’ont déjà découvert et savent que sa dernière demeure se trouve à Lyon, au sein du caveau familial du cimetière de la Croix-Rousse. Mais désormais, grâce à ces élèves et à leur professeur, son mémorial est éternel sur la Toile.