Huile de palme, pénurie... Tout savoir sur le blocage des raffineries par les agriculteurs

AGRICULTURE Les agriculteurs manifestent ce lundi devant 14 raffineries et dépôts de carburant, protestant contre les «incohérences du gouvernement» sur l'importation de l'huile de palme...

T.L.G. avec AFP

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Le site Total de la Mède bloqué.
Le site Total de la Mède bloqué. — BERTRAND LANGLOIS / AFP
  • Pour alimenter la bioraffinerie Total de La Mède, le gouvernement a autorisé l'importation de 300.000 tonnes d'huile de palme.
  • Pour les syndcats agricoles, cette décision met en péril la filière française d'huile de Colza.
  • Les agriculteurs demandent au gouvernement de s'engager à ne pas rajouter des normes aux agriculteurs français.

Vers une pénurie de carburant ? Les agriculteurs manifestent ce lundi devant 14 raffineries et dépôts de carburant, protestant contre les «incohérences du gouvernement» et les importations de produits agricoles qui ne respectent pas les critères français et européens. Dans leur viseur, l'huile de palme, utilisée dans les biocarburants. Pour une fois, la critique des agriculteurs rejoint celle des associations écologistes. On vous explique pourquoi.

Pourquoi les agriculteurs manifestent-ils ?

La FNSEA, principal syndicat agricole, et les Jeunes Agriculteurs (JA), à l’origine du mouvement de protestation, dénoncent l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes françaises et européennes. « La France importe un certain nombre de produits qui ne respectent pas les règles qu’on impose aux agriculteurs français. Ça concerne aussi bien la viande du Mercosur, le vin espagnol que l’huile de palme », explique Damien Greffon, président de la FRSEA d’Ile-de-France, à l’AFP.

Les agriculteurs demandent au gouvernement de s’engager à ne pas rajouter des normes aux agriculteurs français. Le FNSEA veut également que soit réintroduit dans la loi Alimentation, examinée à partir du 26 juin par le Sénat, un amendement sur l’interdiction d’importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l’Union européenne, même à doses résiduelles.

Pourquoi l’huile de palme suscite autant de critiques ?

La colère se cristallise autour du site Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), bloqué depuis dimanche soir. Pour alimenter cette bioraffinerie, qui démarrera cet été, le gouvernement a autorisé l’importation de 300.000 tonnes d’huile de palme, accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est. Pour les syndicats agricoles, cette décision met en péril la filière française d’huile de colza. « C’est la goutte d’huile de palme qui fait déborder la coupe des problèmes des paysans », résume Pierre Lebaillif, président des JA de Normandie, interrogé par l’AFP. « Pour l’exploitation qui produit du colza, ça peut être à l’avenir des quantités à produire en moins ou des prix qui baissent ».

Que dit le gouvernement ?

Le gouvernement « ne reviendra pas » sur l’autorisation donnée à Total d’importer de l’huile de palme, a déclaré lundi Stéphane Travert à l’antenne de la radio RTL. « Je souhaite que demain, Total et les entreprises agricoles qui produisent des biocarburants, puissent se mettre d’accord sur une base de prix, sur un contrat, qui permettra d’offrir des débouchés à la filière colza française », a ajouté le ministre de l’Agriculture, rappelant les engagements de Total à acheter 50.000 tonnes de colza français

Faut-il craindre une pénurie d’essence ?

Non. Une pénurie de carburant n’est pas à craindre dans l’immédiat, car la France compte au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant. De plus, l’Etat dispose de stocks stratégiques pour trois mois. Par ailleurs, le ministre de l’Agriculture recevra mardi les représentants de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) pour tenter de trouver une sortie de conflit.