Loi Elan: «Nous allons faciliter l’accès des jeunes au logement», promet Julien Denormandie

INTERVIEW Le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, explique à « 20 Minutes » quelles seront les mesures bénéfiques aux jeunes dans le projet de loi Elan qui sera voté mardi à l’Assemblée…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Julien Denormandie en janvier 2018 à l'Elysée.
Julien Denormandie en janvier 2018 à l'Elysée. — PDN/SIPA

Quitter le nid familial pour vivre dans son propre logement. Une étape essentielle sur la route vers l’autonomie, mais qui est de plus en plus difficile pour de nombreux jeunes. La faute aux loyers trop élevés dans les grandes villes, à la situation jugée trop précaire des jeunes par les propriétaires… A l’occasion du vote solennel du  projet de loi Elan (Evolution du logement, aménagement et numérique) mardi à l’Assemblée nationale, 20 Minutes a interrogé le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, pour savoir en quoi ce texte pourrait améliorer l’accès des jeunes au logement.

Aujourd’hui, 58 % des 18-24 ans habitent encore chez leurs parents selon l’Insee. Pas tous par choix, mais aussi parce que leur dossier fait peur aux bailleurs ou que les loyers proposés leur sont inaccessibles. En quoi la loi Elan va les aider à quitter le nid familial ?

C’est souvent une vraie galère de pouvoir se loger lorsqu’on est jeune. Pour ceux qui y parviennent, leur loyer représente en moyenne la moitié de leurs revenus. Avec la loi Elan et d’autres mesures du gouvernement, nous allons faciliter l’accès des jeunes au logement. Et pour cela, nous allons rétablir des relations de confiance entre les propriétaires et les locataires.

Pour y parvenir, vous comptez notamment sur l’extension de la garantie Visale. En quoi consiste-t-elle ?

Avec Visale, l’objectif est que les jeunes n’aient plus à solliciter de caution parentale. Pour cela, nous offrons une garantie à tous les jeunes de moins de 30 ans, avec des critères adaptés à leurs besoins. Avec cette garantie, les propriétaires ont l’assurance que le loyer sera payé, même en cas de pépin du jeune. Nous disposons pour cela d’une enveloppe de 120 millions d'euros qui permettra de répondre très largement aux besoins des jeunes qui voudront en bénéficier. J'invite donc tous les jeunes à aller sur visale.fr pour se renseigner. 

Les loyers pris en compte pour cette garantie en Ile-de-France ne doivent pas excéder 800 euros pour les étudiants. Mais au vu de ceux qui sont pratiqués à Paris, n’est-ce pas trop restrictif ?

Pour fixer ces plafonds, nous avons pris comme référence les loyers moyens payés par les jeunes en fonction des territoires et de leur situation. Ces plafonds seront donc de 800 euros charges comprises pour les étudiants en Ile-de-France et pour les autres jeunes de moins de 30 ans, de 1.300 euros en dehors de Paris et de 1.500 euros à Paris intra-muros. Par ailleurs, deux jeunes en colocation pourront chacun bénéficier de la caution Visale.

Qui dit que les propriétaires ou les bailleurs ne préféreront pas les jeunes bénéficiant d’un cautionnement parental à ceux qui justifieront de la garantie Visale ?

Il n’y a pas plus sûr que la garantie Visale pour un propriétaire, puisqu’elle est financée par des fonds publics et un opéateur national Action Logement. Nous ne cessons de le répéter aux propriétaires et aux agences immobilières et continuerons ce travail de communication auprès d’eux.

Comment pouvez-vous être sûr qu’avec la création du bail mobilité que vous allez créer, davantage de propriétaires mettront leur logement en location ?

Le projet de loi Elan a été construit à la suite de la consultation de 25.000 Français et de 2.600 professionnels de l’immobilier. Nous avons donc pu constater que certains propriétaires préféraient garder des logements vacants plutôt que de les louer, parce qu’ils pensaient en avoir besoin dans moins d'un an, par exemple. De l’autre côté, beaucoup de Français nous ont dit qu’ils avaient besoin d’un logement pour un petit laps de temps, afin d’effectuer un stage ou une formation dans une autre ville que la leur, une année de césure, un emploi saisonnier, un CDD… Or, jusqu’alors le bail de courte durée n’était pas possible. D’où le bail mobilité que nous créons d’un à dix mois. Il est aussi protecteur pour les propriétaires que pour les locataires. Nous sommes convaincus que les premiers s’en saisiront et que les deuxièmes en profiteront. D’autant que pour les locataires, le bail mobilité donne automatiquement accès à la garantie Visale (qui couvre les impayés de loyer et les dégradations locatives) et ne nécessite aucun de dépôt de garantie.

Mais rien ne garantit que ces propriétaires accepteront les dossiers de jeunes locataires…

Avec ce bail, les propriétaires seront sécurisés quel que soit le locataire, donc il n’y a pas de raison qu’ils refusent les dossiers des jeunes.

Certains élus craignent que des propriétaires deviennent spécialistes du bail mobilité au détriment du bail classique, ce qui empêcherait les jeunes de se stabiliser dans un logement. Que leur répondez-vous ?

Je ne crois pas du tout à cette hypothèse. Ces deux types de baux ne seront pas en concurrence, puisqu’ils répondent à des besoins différents tant chez les propriétaires que chez les locataires. D’autre part, le bail mobilité n’est pas reconductible alors que le bail classique l’est.

Le projet de loi Elan n’a rien prévu pour encadrer les loyers dans les grandes villes, qui sont de moins en moins accessibles aux jeunes. Pour quelle raison ?

Parce que l’on ne sait pas dire si l’encadrement des loyers est efficace ou pas. En effet, Paris et Lille l’ont mis en place, mais l’expérimentation a été à chaque fois arrêtée sur décision de justice. Le gouvernement a fait appel de ces décisions pour aller jusqu’au bout de l’expérimentation et pourvoir enfin déterminer si cela marche ou pas. Mais la loi Elan aura un effet positif sur le prix des loyers. En simplifiant les normes de construction, il y aura plus d’offres de logement et donc moins de tensions sur le marché, ce qui jouera sur les prix des loyers.

Seulement 12 % des locataires du parc social ont moins de 30 ans. Que prévoit la loi Elan pour que ce ratio augmente ?

Elle va favoriser la mobilité au sein du parc social, puisqu'elle demandera aux bailleurs sociaux de proposer tous les 3 ans aux locataires des zones tendues qui le souhaitent, des logements plus adaptés à leurs besoins. Par exemple, des logements plus vastes à des familles qui se sont agrandies, ou plus petits à celles dont les enfants sont partis. Ce qui va permettre de libérer certains logements pour les jeunes. Par ailleurs, la loi va permettre d’ouvrir davantage le logement social à la colocation. Enfin, 60.000 logements étudiants seront construits pendant la durée du quinquennat

Le gouvernement a baissé de 5 euros les APL. Par ailleurs dès 2019, les APL seront calculées sur la base des revenus en cours, et non plus ceux d’il y a deux ans, ce qui va pénaliser les jeunes qui ont commencé à travailler. Comment expliquez-vous ce choix ?

Nous allons adopter un système de calcul des APL plus juste et plus équitable, en se fondant sur la situation actuelle du bénéficiaire et en lui fournissant l’aide dont il a besoin à l’instant T. Avec l’ancien mode de calcul qui se fondait sur les revenus de deux ans auparavant, un jeune diplômé ne trouvant pas de boulot avait le même niveau d'APL qu' un jeune diplômé devenu trader. Or, les APL doivent être versées selon les besoins réels des locataires. 

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