Parcoursup: «Il y a de grandes disparités entre les établissements», regrettent des profs de Lyon

EDUCATION Environ 80 personnes ont manifesté ce mercredi devant le rectorat pour demander l'abandon de la plateforme...

Caroline Girardon

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Illustration de la plateforme d'orientation des lycéens Parcoursup.
Illustration de la plateforme d'orientation des lycéens Parcoursup. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Environ 80 personnes ont manifesté ce mercredi devant le rectorat de Lyon pour demander l’abandon de la plateforme Parcoursup.
  • Ils estiment que le « droit d’étudier dans l’université de son choix est bafoué ».
  • Ils déplorent également « un tri arbitraire et social ».
  • Si le ministère précise que deux tiers des élèves ont trouvé une affectation pour la rentrée prochaine, le rectorat de Lyon n’a donné aucun chiffre.

Toujours « aucune réponse ». Et pas de chiffres précis. Environ 80 personnes ont manifesté ce mercredi midi devant le rectorat de Lyon pour dénoncer la loi ORE sur l’orientation et la réussite des étudiants. Et demander l’abandon du système Parcoursup. Principalement des étudiants de facs et des délégués syndicaux. Les lycéens, eux, potassent pour le bac.

« Nous sommes dans un déni de réalité », lâche Muriel Cairon, enseignante au lycée Colbert, qui faisait partie de la délégation reçue par le recteur. « Nous n’avons pas été entendus. Cette plateforme entérine le tri arbitraire et social », déplore-t-elle, ajoutant qu’aucun chiffre n’avait été délivré concernant l’académie de Lyon. Actuellement plus de deux tiers des lycéens en France auraient obtenu au moins une réponse positive selon le Ministère de l’Education nationale. Et même les trois-quarts d'après France Info. Des statistiques à prendre avec des pincettes, selon Henry Hassan, représentant syndical FNEC-FO.

De « grandes disparités entre les établissements »

« Il y a de grandes disparités entre les établissements. La situation n’est pas la même au lycée du Parc et celui de Jacques Brel à Vénissieux. Si dans le premier [l’un des plus réputés sur Lyon], quasiment tous les élèves ont obtenu une réponse, dans le second, 35 élèves sur 36 n’ont rien », assure-t-il. Ce que confirme Michael Jouteux, professeur de physique-chimie au lycée de la Martinière-Duchère. « Mardi soir, 33 des 34 élèves de la classe ES n’avaient aucune proposition. Dans ma classe de STL, cela concerne 22 élèves sur 28. Même ceux qui les années précédentes, n’avaient pas de difficultés à intégrer les prépas, ne sont pas pris ».

« On a l’impression que les lycées qui ont les moins bons résultats au bac, sont moins pris en compte que ceux du centre-ville. Avant, 85 % de nos élèves obtenaient une affectation rapide et dans la filière de leur choix. Cette année, c’est différent. 30 % sont aujourd’hui sans affection », témoigne Muriel Cairon. Une analyse que partage Rindala Younès, enseignante de français au lycée de la Martinière.

Partir loin ou dans le privé

« Huit de mes élèves sont refusés de partout, même pour un BTS. Et même avec une moyenne honorable. Cela n’avait jamais été le cas auparavant. Malheureusement, les plus touchés sont ceux des filières technologiques. Le problème est qu’ils se démoralisent. Près de la moitié sont venus nous voir avant la fin des cours pour nous demander s’il n’était pas préférable pour eux de ne pas se présenter aux épreuves du baccalauréat afin de refaire une année et avoir un meilleur dossier l’an prochain », raconte-t-elle.

D’autres « dans le stress » se retrouvent à accepter d’aller étudier dans des universités loin de chez eux ou de s’inscrire dans des établissements privés. « Ils se voient proposer des places dans des filières moins demandées. Le droit à étudier dans la filière de son choix est perdu », regrette Michael Jouteux. Mais pour l’enseignant, le véritable problème est le manque de places dans les facultés. « 50.000 enfants en plus sont nés dans les années 90 mais le nombre de places n’a pas augmenté. Un exemple ? Cette année dans le Rhône, 2.400 bacheliers supplémentaires sont attendus. Entre 600 et 700 places ont été créés dans l’enseignement supérieur. Il n’y a pas assez pour tout le monde ».

« Le rectorat a promis qu’il trouverait une solution pour tous. On attend de voir », conclut Muriel Cairon.

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