Quelles sont les pistes de Jean-Michel Blanquer pour réformer la formation des enseignants?

EDUCATION La Cour des comptes vient d’émettre des recommandations pour améliorer la formation des enseignants, alors que le ministre de l’Education est en pleine réflexion sur le sujet…

Delphine Bancaud

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Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer dans une école parisienne.
Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer dans une école parisienne. — Christophe Ena/AP/SIPA

Chaque année, c’est le même constat : il y a une pénurie de candidats aux concours d’enseignants dans certaines disciplines (mathématiques, anglais, lettres et allemand). Une problématique que vient de relever encore la Cour des comptes  dans un référé  consacré à la mise en place des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé) et qui émet plusieurs recommandations pour améliorer la formation des enseignants et leur accès à ce métier. Une initiative qui tombe à pic puisque le ministre de l’Education nationale est en pleine réflexion sur le sujet.

Et certaines idées de la Cour des Comptes semblent d’ores et déjà rejoindre des pistes qu’étudie sérieusement Jean-Michel Blanquer. Comme celle de changer la place du concours de recrutement des enseignants, aujourd’hui fixé en fin de première année de master. Les sages de la rue Cambon recommandent des épreuves d’admissibilité en fin de licence et des épreuves d’admission, fondées « sur des enseignements de professionnalisation », en cours de première année de master (M1). Or, le ministre de l’Education a évoqué la possibilité de changer la place du concours  dans son ouvrage  Construisons ensemble l’école de la confiance*, sorti le mois dernier. Il y a indiqué qu’il fallait « positionner le concours au bon moment », sous entendu qu’il ne l’est pas actuellement. Dans  sa réponse commune  avec la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, au référé de la Cour des comptes, le ministre enfonce le clou : « Un consensus se dégage progressivement en faveur d’une épreuve d’admissibilité en fin de licence et d’une épreuve d’admission située en M1 ou en M2 ». Interrogé par 20 Minutes, l’entourage du ministre de l’Education indique que « la réflexion sur l’évolution des concours sera enclenchée en 2019, conformément à l’agenda social ». Patience donc.

« Nous avons un besoin évident de pré-recrutement »

Pour susciter des vocations, le ministre de l’Education réfléchit aussi à développer les pré-recrutements d’enseignants. « Nous avons un besoin évident de pré-recrutement, c’est-à-dire des personnes qui se destinent à la fonction de professeur, à qui on donne les moyens de s’engager dans cette carrière », a déclaré Jean-Michel Blanquer ce mercredi sur France Info. Un moyen aussi d’attirer des étudiants issus des classes populaires, peu nombreux à atteindre le niveau master. Une initiative qui ne serait pas nouvelle puisqu’en 2012, le gouvernement précédent avait créé des contrats d’avenir professeurs pour prérecruter des enseignants. « Cela peut se passer de différentes manières, par exemple en ayant plus d’assistants d’éducation dont la vocation est de devenir professeur », a détaillé le ministre. « On peut penser en effet que le ministère renforcera le vivier des assistants d’éducation », estime Stéphane Crochet, secrétaire national du SE-Unsa. Interrogé par 20 Minutes, l’entourage du ministre de l’Education explique qu' « une concertation avec les syndicats sur l’extension des pré-recutement est prévue mi-juin ».

Pour attirer de nouveaux candidats aux concours, le ministre réfléchit également à une prime de 3.000 euros pour les enseignants en réseau d’éducation prioritaire (REP). Une promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui devrait être discutée prochainement avec les syndicats.

Le contenu des formations dans les Espé amenés à évoluer

Dans son livre, le ministre évoque aussi clairement son intention de faire le bilan des Espé. Il ne s’est pas caché de ses intentions dans son ouvrage : « Cela passe par une évolution des maquettes de formation », a-t-il écrit. Avec l’envie que la recherche internationale dans le domaine de l’éducation irrigue davantage la formation initiale des enseignants. « Pour construire les compétences des professeurs, nous devons nous inspirer de ce qui se fait de mieux », insiste-t-il. Sur ce sujet, le référé de la Cour des Comptes apporte aussi des réflexions intéressantes : « Les étudiants sont insuffisamment formés soit en français soit en mathématiques », peut-on lire. « Je pense que le ministre a l’intention de renforcer la formation des futurs professeurs des écoles dans ces deux domaines. D’autant que le  rapport Villani  soulignait déjà que ces derniers manquaient de formation didactique en maths, déclare Stéphane Crochet. J’imagine aussi que Jean-Michel Blanquer voudra renforcer la présence de formateurs issus du terrain dans les Espé ».

Autre recommandation de la Cour des comptes : « rationaliser l’offre de formation » dans les Espé. Car « il existe des sites où les effectifs de certains parcours sont inférieurs à dix étudiants », souligne le texte. La Cour suggère donc de regrouper certaines formations à petits effectifs qui ne seraient plus proposées dans chaque Espé, mais par exemple juste dans certaines. « Cette idée pourrait ne pas déplaire à Jean-Michel Blanquer », prédit Stéphane Crochet.

*Construisons ensemble l’école de la confiance, Jean-Michel Blanquer, éditions Odile Jacob, 17,90 euros.