Nice: Dans les rues, la mendicité sera bientôt interdite

PAUVRETE Le maire LR de Nice Christian Estrosi prévoit de prendre un arrêté anti-mendicité. Il alerte le procureur de la République de Nice et le préfet des Alpes-Maritimes…

Mathilde Frénois

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Sabrina fait la manche dans les rues de Nice depuis sept ans.
Sabrina fait la manche dans les rues de Nice depuis sept ans. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • En mai les services de la ville ont recensé 609 personnes dans les rues, dont 403 se livrent à la mendicité. Parmi eux, 59 seraient des enfants de moins de 15 ans.
  • « Des phénomènes s’amplifient à l’ouest (avec des) laveurs de vitre, des personnes avec des panneaux, la présence accrue d’enfants dans des environnements dangereux », fait savoir Christian Estrosi. 

 

Des familles qui tendent la main dans la rue piétonne du centre-ville. Et d’autres qui passent entre les voitures bouchonnant dans la plaine du Var pour récolter quelques pièces. Ces scènes, Christian Estrosi ne veut plus les voir à Nice. Le maire LR compte prendre un arrêté anti-mendicité. Il a aussi écrit au procureur de la République et obtenu un entretien avec le préfet des Alpes-Maritimes.

« Des phénomènes s’amplifient à l’ouest (avec des) laveurs de vitre, des personnes avec des panneaux, la présence accrue d’enfants dans des environnements dangereux », fait savoir Christian Estrosi dans un courrier au procureur de la République et dont a pris connaissance 20 Minutes.

Caisses de parking et distributeurs d’argent

En mai les services de la ville ont recensé 609 personnes dans les rues, dont 403 se livrent à la mendicité. Parmi eux, 59 seraient des enfants de moins de 15 ans.

Evoquant la protection des enfants et la lutte contre les réseaux, le maire de Nice présente donc un nouvel arrêté municipal pour viser les « lieux spécifiques comme les caisses de parking, les distributeurs d’argent, les stations de tram, certains sites hautement touristiques, mais aussi des carrefours pour lesquels la présence sur la voie publique est particulièrement dangereuse ».

« Il vaut mieux mendier que voler »

Sabrina s’assoit sur le trottoir d’une rue du centre-ville depuis sept ans. Avec l’arrêté, elle ne pourra plus poser son sac de tissu à même le bitume pour y recueillir les pièces et les tickets-restaurant des passants. « Avec mon handicap, il est très compliqué de trouver un travail. Mendier, c’est la seule solution que j’ai trouvée pour m’en sortir », explique-t-elle. En une journée, Sabrina peut collecter entre 20 et 50 euros. « Il faut avoir du courage, affirme-t-elle. Le regard des gens en dit beaucoup. » Avec son argent, la jeune femme de 29 ans paiera sa nuit dans une chambre d’hôtel « pour ne pas dormir dehors » et son repas du soir.

« Non, cet arrêté n’est pas la bonne solution pour les personnes qui vivent dans la rue, tance Viorel Costache, président de l’association Prales qui vient en aide aux familles roms. Il vaut mieux mendier que voler. Ces personnes ne sont pas des voleurs, elles ne sont pas des délinquants. » Ce responsable associatif estime que les Roms sont stigmatisés par cette mesure.

« On va enlever le minimum de ressources pour les gens qui n’en ont pas pour survivre. Avec les 10 euros qu’ils gagnent en mendiants, ils préparent une casserole pour les enfants qui sont scolarisés. Comment vont-ils faire sans cela ? » Viorel Costache estime que la solution ne viendra pas par cet arrêté. Mais plutôt de la réinsertion par le travail et de la résolution des soucis en Roumanie.

« Combattre la pauvreté en s’attaquant à ses causes »

« Je dénonce la mendicité agressive ou l’exploitation des enfants et ses pratiques doivent être combattues. Mais cela ne doit pas remettre en cause le droit d’exister dans l’espace public sans être considéré comme une menace ou un trouble et le droit de survivre en état de nécessité, poursuit le conseiller municipal d’opposition Patrick Allemand en pointant « l’inefficacité » de la mesure. « Je rappelle au maire de Nice que ce ne sont pas les pauvres qu’il faut combattre mais bien la pauvreté en s’attaquant à ses causes. »

En 2012, Christian Estrosi avait déjà pris un arrêté contre la mendicité agressive.