Uniforme à l'école: «C’est une manière de mettre les enfants encore plus dans un moule»

VOUS TEMOIGNEZ Alors que Provins (Seine-et-Marne) a décidé d'adopter l'uniforme dans ses écoles primaires dès la fin de l'année, « 20 Minutes » a sondé ses lecteurs sur le sujet…

Delphine Bancaud

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Des enfants qui portent un uniforme à l'école.
Des enfants qui portent un uniforme à l'école. — Garry Moore / Mood Boar/REX/SIPA
  • Beaucoup de nos lecteurs, y compris ceux qui ont porté une tenue obligatoire quand ils étaient petits, estiment que l’uniforme permet de lutter contre la dictature des marques dans les établissements et de limiter les moqueries sur les tenues vestimentaires.
  • Mais pour d’autres, l’uniforme ne fait que déplacer le problème et n’apprend pas aux élèves à se respecter mutuellement.
  • Ils y voient aussi une manière de brider la personnalité de l’enfant et de réduire son espace de liberté.

Le port de l’uniforme à l’école ? Voilà un sujet qui fait débat chez les lecteurs de 20 Minutes. Vous avez été nombreux à répondre à notre appel à témoins sur ce thème, revenu dans l’actualité après que la ville de Provins (Seine-et-Marne) s’est prononcée samedi pour une expérimentation de l’uniforme dans ses écoles primaires dès la fin de l’année.

 

Pour ceux qui ont porté une tenue réglementée à l’école, le retour d’expérience est plutôt positif. A l’instar de Vincent, 57 ans : « Je pense que cela aurait dû rester une norme car il n’y avait pas de jalousie entre les élèves, pas de différence, pas de critique vestimentaire », estime-t-il. Même son de cloche chez Cindy : « Je me souviens avoir porté un uniforme dans mon école privée à Saint-Etienne et franchement, ce n’est pas plus mal. Au moins il n’y avait pas de jugement sur la tenue d’un tel ou de discrimination », se souvient-elle. Gaëlle, qui a pratiqué l’uniforme lors d’une immersion scolaire au Mexique, en garde aussi une bonne impression : « Je pense qu’il serait intéressant de l’appliquer en France, afin de recentrer les jeunes sur le contenu éducatif et l’interaction sociale. Plutôt que sur le paraître et la dictature de l’image véhiculée en partie sur les réseaux sociaux ».

« Il n’y a plus de racket de fringues, pas de clans liés aux fringues »

Les parents dont les enfants sont soumis à un « dress code » y voient aussi d’autres avantages, comme Pascale : « Le matin, pas de temps de perdu à choisir sa tenue », se réjouit-elle. « L’uniforme donne aussi une fierté d’appartenance à tel ou tel établissement », déclare un autre lecteur. Civetty, le perçoit aussi comme un moyen de faire des économies : « Les vêtements peuvent durer longtemps en cas de bon entretien, se transmettre à un petit frère ou sœur, voire à un autre enfant ». « L’uniforme remplace des vêtements quotidiens, donc c’est même probablement une économie sérieuse : la mode change en général deux fois par année scolaire », renchérit une internaute.

La tenue obligatoire est perçue aussi par certains comme un élément pacificateur dans les établissements : « Il n’y a plus de racket de fringues, pas de clans liés aux fringues, pas d’exclusion de gamins dès le premier jour pour cause de « gamin de bourge » ou de « gosse de pauvre » », explique-t-il. En effet, l’existence d’un code vestimentaire est pour beaucoup d’entre vous un moyen de lutter contre les inégalités, à l’instar de Rebecca : « À l’école on est là pour étudier, quel que soit le niveau social. Je suis donc pour le port de l’uniforme. Tous les enfants doivent être sur le même pied d’égalité ». Un avis partagé par Amanda : « Mes enfants sont allés dans une école privée dans les Dom-Tom où cela se pratiquait et je trouve que cela supprime les moqueries vis-à-vis de la tenue vestimentaire. Cela évite de savoir si le t-shirt de l’un était un vrai ou pas, par exemple ».

« Cela ne fait que déplacer le problème »

Mais ce discours ne convainc pas tout le monde : « Dans un souci d’égalité, on recrée une inégalité injuste entre les garçons et les filles, avec la jupe imposée à la jeune fille dans certains établissements. Les filles doivent ainsi montrer leurs jambes et ne peuvent plus bouger comme elles veulent dans des jupes qui restreignent les mouvements du corps », estime une lectrice. Et pour Tabéa, l’uniforme ne résout rien : « On veut protéger les enfants des discriminations liées à la différence ? Faisons le mais commençons par leur apprendre à se respecter mutuellement. Avec l’uniforme, on ne fait qu’éviter le problème alors qu’il faudrait l’éradiquer », affirme-t-elle.

Lucie est aussi dans la même logique : « Si l’enfant/ado est trop mince ou sujet au surpoids et que les tailles proposées sont limitées au S/M/L/XL comme dans la plupart des magasins français, comment font-ils ? Si le pantalon va parfaitement à sa voisine, mais ne va pas du tout à la jeune fille, ne subira-t-elle pas de moqueries ? Finalement cela ne fait que déplacer le problème. Les moqueries resteront », indique-t-elle.

« C’est une manière d’étrangler un peu plus leur individualité »

Pour certains détracteurs de l’uniforme, il est vécu comme une privation de liberté. « L’enfant se construit avec sa différence, aussi bien par ses vêtements que par sa coupe de cheveux, ce n’est pas à l’école de l’enfermer dans un uniforme », s’énerve un lecteur. « C’est une manière de mettre les enfants encore plus dans un moule et d’étrangler encore plus leur individualité. Déjà que l’école est assez étouffante pour nombre d’élèves, que la créativité à l’école est déjà bien mise à mal, l’uniforme aggravera un peu plus la situation », renchérit une lectrice. Quant à Nemox, il préfère citer Antoine Houadar de La Motte, un auteur du XVIIe siècle « L’ennui naquit un jour de l’uniformité ».

La tenue obligatoire crée aussi une inquiétude financière chez certains parents : « Cela impose un surcoût aux familles, dont certaines qui ne peuvent pas se le permettre (on parle d’une tenue qui doit être portée quasiment tous les jours de l’année… Donc a acheté en plusieurs exemplaires) », souligne un lecteur. Cindy le rejoint : « Rien que pour un enfant, il y aurait 145 euros d’uniforme. A ça vous rajoutez les fournitures scolaires et ensuite les activités extrascolaires. J’ai peur que la prime de rentrée ne suffise pas », déclare-t-elle. Une inquiétude qui a en fait peu de raison d’être car Jean-Michel Blanquer a déclaré qu’il n’était pas favorable à une généralisation de l’uniforme.

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