VIDEO. Bretagne: Pourquoi le personnage de Bécassine cristallise toujours les tensions

POLEMIQUE Un collectif appelle à boycotter le film de Bruno Podalydès qui sortira dans les salles le 20 juin...

Jérôme Gicquel

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Illustration du personnage de Bécassine.
Illustration du personnage de Bécassine. — Kenzo Tribouillard / AFP
  • Un collectif d’indépendantistes bretons appelle à boycotter le film de Bruno Podalydès, dont la sortie en salles est prévue le 20 juin.
  • Le film est selon eux « une insulte à toutes les femmes bretonnes ».
  • Bruno Podalydès a réagi aux critiques, en indiquant que Bécassine n’était pas « la représentante des Bretons ».
  • Entre la Bretagne et Bécassine, la relation a souvent été compliquée.

Le film Bécassine ! de Bruno Podalydès n’est pas encore sorti en salles. Il fait pourtant déjà beaucoup parler de lui en Bretagne. C’est le collectif Dispac’h qui a lancé la polémique il y a quelques jours en appelant au « boycott actif » du film, dont la sortie est prévue le 20 juin.

Selon le collectif, qui se déclare « indépendantiste, anticapitaliste, féministe, écologiste et internationaliste », le film « est une insulte à la mémoire de notre peuple, une insulte à toutes les femmes de Bretagne et à toutes les femmes qui connaissent ou ont connu l’immigration ». Pour se faire entendre, le collectif a d’ailleurs prévu de manifester mardi devant le cinéma Gaumont à Rennes à l’occasion de l’avant-première du film, qui se fera en présence du réalisateur.

Une petite bonne bretonne au service de bourgeois parisiens

Né en 1905, le personnage de Bécassine représente une petite bonne bretonne un peu sotte, illettrée et maladroite, partie travailler chez une famille bourgeoise parisienne. « Cela raconte l’exil massif qu’a connu la Bretagne entre 1890 et la Première Guerre mondiale avec plusieurs dizaines de milliers de jeunes femmes qui sont parties travailler comme domestiques à Paris », indiquait en octobre 2016 à 20 Minutes Didier Guyvarc’h, historien spécialiste de la Bretagne, à l’occasion de la sortie d’un nouvel album de Bécassine.

Mais pour le collectif Dispac’h, le film de Bruno Podalydès décrit cette immigration bretonne avec une « naïveté joyeuse ». « Opprimées parce que femmes, stigmatisées parce que Bretonnes, exploitées parce que prolétaires, voilà la seule réalité qui s’applique à Bécassine. Si vous voulez montrer Bécassine à l’écran laissez la parler, montrez ses souffrances et ses révoltes », s’insurge le collectif.

Pour Podalydès, « Bécassine n’est pas représentante des Bretons »

Interrogé par le Figaro, Bruno Podalydès a réagi aux critiques en indiquant que son film n’était pas « un documentaire historique sur la Bretagne ». Défendant sa liberté de faire « ce qu’il veut » du personnage, il estime par ailleurs que « Bécassine touche tout le monde et n’est pas représentante des Bretons ».

Un point de vue partagé par Didier Guyvarc’h. « C’est devenu un personnage universel et le contexte n’est plus du tout le même. Bécassine a perdu de sa bretonnité, c’est désormais un personnage hors-sol », estime l’historien.

« Le symbole d’une Bretagne revendicative » dans les années 70

Dans le passé, le personnage s’est pourtant attiré les foudres des Bretons, blessés par l’image arriérée que donne Bécassine. En 1939, trois militants avaient ainsi été arrêtés à Paris pour avoir détruit la statue en cire de Bécassine au musée Grévin.

La même année, le tournage du film, avec Paulette Dubost dans le rôle de Bécassine, avait été perturbé par des manifestations dans la région de Lannion. A sortie en salles en 1941, le film avait d’ailleurs interdit dans plusieurs villes bretonnes.

Il faudra finalement attendre le début des années 70 pour les Bretons se réconcilient un peu avec le personnage de Bécassine. « C’est la période du rattrapage économique de la Bretagne, le « miracle breton » comme l’ont appelé certains. Dans les milieux de gauche et d’extrême-gauche, Bécassine devient alors le symbole d’une Bretagne revendicative avec une affiche la montrant le poing levé », raconte Didier Guyvarc’h.