Comment un Alsacien s'est fait «balader» en achetant un tableau d'Alfred Sisley volé par les nazis

ART L’ancien président du club de foot de Mulhouse et marchand d’art Alain Dreyfus, est en conflit avec la maison de vente Christie’s après leur avoir acheté un tableau d’Alfred Sisley spolié à une famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale…

Gilles Varela

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Premier jour de printemps à Moret, (1889) d'Alfred Sysley.
Premier jour de printemps à Moret, (1889) d'Alfred Sysley. — Galerie Dreyfus
  • Alain Dreyfus, ancien président du FC Mulhouse et marchand d’art, a acheté en 2008 aux enchères un tableau d’Alfred Sysley à la maison de vente Christie’s à New York.
  • L’œuvre du peintre impressionniste s’est avérée avoir été spoliée par les nazis à la famille Lindon-Citroën durant la Seconde Guerre mondiale.
  • La famille et le marchand d’art reprochent à la maison de vente de ne pas avoir fait les vérifications nécessaires.

Il n’en revient toujours pas. Le marchand d’art et ex-président du FC Mulhouse de 2008 à 2016 Alain Dreyfus se sent floué. Il y a neuf ans, il s’est rendu chez Christie’s à New York pour acquérir trois tableaux de maître : un Renoir, un Boudin et un Alfred Sisley. Ce tableau acheté près de 350.000 dollars, « avec une belle valeur marchande, confie Alain Dreyfus, est un beau tableau, une belle peinture. »

Problème, il y a un peu plus de deux ans et demi, une société canadienne spécialisée dans la recherche de tableaux spoliés aux juifs par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, l’a informé que cette œuvre avait été volée à la famille Lindon-Citroën. Le marchand d’art a alors proposé de rendre l’œuvre, à condition que Christie’s le rembourse et a contacté la maison de vente en ce sens. « Mais cela fait plus de deux ans que l’on me balade chez Christie’s, d’un département, d’un service à l’autre. Je n’ai pas de réponse ou alors complètement à côté de la plaque, ils nous prennent pour des cons », assure Alain Dreyfus. Pire encore, le tableau a été mis sous séquestre en octobre dernier, à Bâle (Suisse), où sa galerie d’art est installée. « Deux policiers sont venus, je n’ai même plus le droit de le vendre. »

Il a envoyé une facture de 700.000 euros à Christie's

Très remonté contre Christie’s, il reproche à la célèbre maison cette vente. « Il est impossible qu’ils n’aient pas été au courant », accuse le marchand d’art qui a décidé d’alerter la presse. De son côté, la famille Lindon a déposé une plainte au pénal contre Christie’s. « Rembourser cette somme, ce n’est rien pour une telle maison de vente, pourquoi jouer avec sa réputation ? », s’interroge le marchand d’art.

Mais ne pouvait-il pas avoir un doute lors de l’achat ? « Quand on va dans un grand restaurant, on ne se demande pas si on va manger du congelé ! », rétorque Alain Dreyfus, friand de métaphores. « On n’a pas le droit de vendre des objets volés. C’est leur travail de faire les vérifications nécessaires avant la mise en vente. Et si l’on achète une voiture qui s’avère avoir été volée chez un garagiste, on la lui ramène et il vous la rembourse, non ? », ironise Alain Dreyfus. Aussi, ne voyant rien venir, le marchand d’art a envoyé une facture il y a un peu plus d’un mois de 700 000 euros chez Christie’s à Zurich mais aussi à New York. Cette facture incluant 8 % d’intérêts.

Pour l’heure, Andrey Dreyfus reste sur le banc de touche prêt à rentrer en jeu, au moins dans ses frais (intérêts compris), même s’il préférait garder le tableau de l’impressionniste. Il s’apprête à déposer plainte à l’office des poursuites à Bâle. Et si cela n’est pas suffisant, il n’hésitera pas « à porter plainte au tribunal à New York, et là-bas, les dédommagements sont beaucoup plus importants », prévient le marchand d’art.