Sept mois après ses débuts, que donne la mesure «devoirs faits» dans les collèges?

EDUCATION Ce jeudi, le ministre a assisté à une séance d’aide aux devoirs , où il a rappelé son attachement à ce dispositif...

Delphine Bancaud

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Edouard Philippe et Jean Michel Blanquer participent à une séquence de "Devoirs faits» au collège Jean Perrin à Nanterre.
Edouard Philippe et Jean Michel Blanquer participent à une séquence de "Devoirs faits» au collège Jean Perrin à Nanterre. — HAMILTON POOL/SIPA
  • Selon les remontées de terrain, le dispositif est inégalement mis en œuvre et apprécié, selon les collèges.
  • Selon certains témoignages d’enseignants, ce ne sont pas les élèves les plus en difficulté qui en bénéficient en premier lieu et tous les élèves inscrits ne sont pas assidus.
  • Mais ces séances sont l’occasion pour certains élèves d'acquérir une méthode de travail, de prendre confiance en eux et de nouer d’autres rapports avec les équipes pédagogiques.

C’était l’une des mesures phares de la première rentrée du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer. Lancé par le gouvernement en novembre, le dispositif « Devoirs faits » devait permettre à tous les élèves volontaires de faire leur travail au collège. « Ce dispositif a une dimension sociale, sociétale et pédagogique », avait alors déclaré le ministre de l’Education dans une interview à 20 Minutes, dans laquelle il en dévoilait le fonctionnement. Ce jeudi, le ministre a assisté à une séance d’aide aux devoirs au collège Marcel Pagnol de Caen, où il a rappelé son attachement au dispositif. L’occasion pour 20 Minutes de tirer un premier bilan de la mesure.

Au départ, Jean-Michel Blanquer estimait que 25 % des élèves des 7.100 collèges de France, bénéficieraient du dispositif. Difficile de savoir si cet objectif a été atteint car le ministère de l’Education, sollicité par 20 Minutes, n’a fourni aucun chiffre. Mais selon Patrick Rayou, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, « Il y a une application disparate du dispositif selon les collèges. Dans certains d’eux, une dynamique s’est enclenchée, dans d’autres moins », souligne-t-il. « Si cet accompagnement est utile, il reste malheureusement insuffisant en quantité d’heures, en nombres d’élèves concernés et souvent en qualité », juge quant à elle, la FCPE.

« On touche des élèves qui n’osent pas demander de l’aide en classe entière »

La mesure « Devoirs faits » fonctionnant sur la base du volontariat, le nombre d’élèves qui ont saisi cette opportunité est de fait, très variable d’un établissement à un autre. « Les jeunes qui en auraient le plus besoin ne sont pas ceux qui profitent le plus de la mesure », observe Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-Unsa. Ce que constate aussi Laureline, professeur d’arts plastiques dans le Maine-et-Loire : « Bien sûr on ne touche pas les élèves en échec scolaire et réfractaires, qui sont ceux qui en ont le plus besoin, mais l’on touche des élèves souvent assez discrets, qui n’osent pas demander de l’aide en classe entière… », positive-t-elle.

Dans beaucoup de collèges, les enseignants recommandent pourtant aux élèves en difficulté de s’inscrire à « Devoirs faits ». D’autres vont plus loin, à l’instar du Collège la Fontaine de Montlieu-la-Garde, en Charente-Maritime : « Pour inciter les élèves à s’inscrire, on a demandé à chacun d’eux d’assister à une séance », explique le principal, Stéphane Compagnon. Une stratégie payante puisqu’un tiers des collégiens se sont portés volontaires ensuite.

« On est loin des 4 heures par semaine d’aide aux devoirs promises par le ministre »

Le ministre tablait aussi sur « 1 heure par jour » d’accompagnement, soit 4 heures par semaine. Là encore impossible d’avoir des données précise de la rue de Grenelle. « Mais d’après les remontées de terrain que nous avons, on est loin des 4 heures par semaine d’aide aux devoirs promises par le ministre. Les collèges en proposent le plus souvent 2 par semaine », indique Claire Krepper. Elle l’explique par un lancement « rapide » de la mesure à la dernière rentrée, et le « flou » qui régnait alors sur les moyens qui seraient alloués aux établissements pour la mettre en place. « Cela a sans doute freiné certains principaux de collège dans le déploiement du dispositif », conclut-elle.

Un avis que vient appuyer Marie-Laure, professeure de physique-chimie en Seine-Maritime : « Dans mon collège, nous avons reçu une enveloppe de 205 heures pour l’année alors que nous en avions demandé 800. Il a donc fallu restreindre le nombre de créneaux proposés », explique-t-elle. Mais ces contraintes seront levées à la rentrée prochaine, assure la rue de Grenelle : « Les chefs d’établissement savent déjà de quels moyens budgétaires ils disposeront ».

« Une inégalité des intervenants »

Si le nombre d’heures de « Devoirs faits » est limité dans certains collèges, c’est aussi lié à certaines contraintes locales, comme l’explique Marie-Laure : « En zone rurale, il y a un problème de transports : beaucoup d’élèves ne peuvent pas rester le soir après 17 heures car il n’y a plus de bus », explique-t-elle. Pour ouvrir le champ des possibles, le collège propose aussi des séances d’aide aux devoirs lors des pauses méridiennes. Stéphane Compagnon a été encore plus ambitieux : « On a mis en place 32 créneaux par semaine, aux heures de permanence », explique-t-il.

L’autre difficulté pour les chefs d’établissements a été de trouver suffisamment d’encadrants : des enseignants, des assistants d’éducation ou des jeunes en service civique. « Dans certains collèges, il n’y a qu’un seul enseignant impliqué dans le dispositif », note Claire Krepper. « Ce qui conduit à une inégalité des intervenants. Car certains jeunes en service civique ont des difficultés à percevoir quelles sont les attentes des enseignants à l’égard de ces devoirs », complète Patrick Rayou. Pour éviter cet écueil, au Collège la Fontaine de Montlieu-la-Garde chaque jeune en service civique est en binôme avec un enseignant. « Et une réunion entre eux a lieu tous les 15 jours pour faire le point », ajoute Stéphane Compagnon.

« On travaille la motivation et le goût de l’effort »

Quant à savoir si cette aide aux devoirs est vraiment utile aux élèves, là aussi les  avis sont assez divers. « Il est encore trop tôt pour en juger mais pour l’instant, nous n’avons pas vu de différence notable dans la motivation et la réussite des élèves », indique Marie-Laure. Ce qu’elle explique aussi par le manque de constance dans le travail des élèves inscrits à « Devoirs faits » : « Ils ne viennent pas tous de façon assidue. Et ceux qui sont les plus réguliers viennent deux fois par semaine, ce qui ne peut pas remplacer le travail quotidien à la maison. Avec ce dispositif, les élèves peuvent faire leurs exercices, mais il reste l’apprentissage des leçons qui doit se faire quotidiennement », souligne-t-elle.

Pour Patrick Rayou, « Devoirs faits » peut être très positif pour certains élèves : « Cela peut-être une opportunité d’apprendre à travailler. Car les accompagnants peuvent les aider à organiser leurs révisions, à acquérir une méthode de travail, à comprendre ce que les enseignants attendent d’eux… », explique-t-il. Laureline est sur la même ligne : « On travaille la méthode de mémorisation des mots, je leur demande de me réexpliquer ce qu’ils ont appris (les élèves retiennent mieux ce qu’ils essaient d’expliquer, ils deviennent acteurs). On travaille aussi la motivation et le goût de l’effort, les élèves s’investissent et on valorise d’ailleurs leur participation au dispositif lors des conseils de classe », souligne-t-elle.

Un des objectifs de la mesure était aussi d’offrir un cadre propice de travail aux élèves qui n’en bénéficient pas chez eux. De ce point de vue, le contrat semble respecté, selon Patrick Rayou : « Les élèves sont mis en position de travailler. Ils n’ont pas la tentation des écrans qu’ils auraient chez eux ». Quant à Stéphane Compagnon, il observe un gain sur le  climat scolaire : « On a constaté un vrai sursaut de comportement chez certains élèves. Ils sont plus attentifs, se sentent plus en confiance. Et leur rapport avec leurs enseignants s’est amélioré », observe-t-il. « Mais pour les élèves les plus en difficulté " Devoirs faits " ne sera jamais une solution miracle », conclut Patrick Rayou.

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