Ile-Saint-Denis: Violences dans un collège de Seine-Saint-Denis sur fond de guerre de bandes

VIOLENCE Mardi, après une violente intrusion dans le collège Alfred-Sisley sur l’Ile-Saint-Denis, les professeurs ont exercé leur droit de retrait...

Caroline Politi

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Capture d'écran du collège Alfred Sisley
Capture d'écran du collège Alfred Sisley — Google Map
  • Mardi, cinq adolescents ont escaladé les grilles du collège Alfred Sisley à la recherche d'un élève. 
  • Trois plaintes ont été enregistrées. 
  • Des équipes mobiles de sécurité ont été dépêchées. 

« On avait déjà été confrontés à des scènes de violence, même à des intrusions, mais jamais comme celles qui se sont déroulées lundi », confie un professeur du collège Alfred-Sisley de l’Ile-Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis). Ce jour-là, vers 16h30, cinq adolescents d’un autre établissement, armés d’une batte de base-ball, ont escaladé les grilles et aspergé de gaz lacrymogène deux membres du personnel ainsi que les élèves à proximité. Ils étaient, selon les premiers témoignages, à la recherche d’un élève de 5e. Ils sont finalement repartis sans l’avoir trouvé, en entendant la police arriver. Une semaine auparavant, déjà, ce même élève avait été ciblé par des jeunes extérieurs au collège en marge d’une sortie scolaire. « Ils se sont jetés sur lui en sortant du tram, il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il le cherchait, lui », poursuit l’enseignant.

Mardi, l'équipe pédagogique a exercé son droit de retrait. Le collège et les deux surveillants visés ont porté plainte et une enquête a été confiée au commissariat local. Les cours ont finalement repris ce mercredi mais la violente intrusion reste dans tous les esprits. « On a estimé que les garanties minimales de sécurité étaient réunies pour reprendre les cours mais on aurait aimé que les multiples signalements que nous avons faits depuis le début de l’année aient été pris en compte », confie Charly, professeur de Lettres Moderne et délégué syndical Sud Education.

« C’est un phénomène de violence qui démarre à l’extérieur de l’établissement »

Si l’affaire a indéniablement un caractère personnel, elle illustre également, selon l’équipe pédagogique, une guerre des bandes entre deux quartiers rivaux d’Epinay-sur-Seine et de l’Ile-Saint-Denis. « C’est un phénomène de violence qui démarre à l’extérieur de l’établissement mais qui s’y prolonge et impacte fortement la vie scolaire », confie-t-on à la direction académique. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’élève ciblé était auparavant scolarisé à Epinay. En janvier déjà, une importante bagarre avait éclaté à l’arrêt de bus devant l’établissement scolaire entre des élèves de ces deux communes.

« Ce n’est pas un phénomène nouveau, cette tension entre les différents quartiers crée un climat d’insécurité dans l’établissement », poursuit Charly. Et de se remémorer un de ses élèves de 3e de l’an dernier, victime de harcèlement physique et moral, qui a dû changer d’établissement en cours d’année. Son tort ? Etre originaire d’Epinay et être scolarisé sur l’Ile-Saint-Denis, selon l’enseignant. « Ce sont des actes assez isolés, estime de son côté Stéphane Lacoste, délégué du syndicat policier Alliance dans le secteur. Dernièrement, il n’y a pas eu de bagarre ou d’incidents majeurs entre bandes rivales. »

Un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance

Pour parer au plus urgent, l’académie a dépêché des équipes mobiles de sécurité et mis en place une cellule psychologique. Une délégation d’enseignants sera également reçue la semaine prochaine par la direction académique, le quatrième rendez-vous de ce type depuis le début de l’année. Les enseignants demandent l’ouverture de postes de CPE et de surveillants supplémentaires ainsi que le classement en REP +. « Sur ce dernier point, cela ne dépend pas de nous, la carte de l’éducation prioritaire dépend du ministère », assure l’inspection académique. En revanche, un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) devrait être organisé entre les deux communes pour tenter d’aborder le problème de fond, les rivalités entre les jeunes de ces villes.