Les femmes de plus en plus victimes de violences et de menaces sur leur lieu de travail

ETUDE Une étude dévoilée ce jeudi montre que les violences et menaces contre les femmes augementent depuis 2010...

Thibaut Chevillard

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Illustration souffrance au travail
Illustration souffrance au travail — Pixabay/Shivmirthyu
  • L’ONDRP publie une étude sur les violences physiques et les menaces contre les sur le lieu de travail.
  • Il en ressort que les femmes sont plus exposées que les hommes.

Elodie* n’avait jamais eu de soucis avec son directeur. Jusqu’au mois d’avril dernier. Cette mère célibataire de 59 ans, qui travaille depuis 35 ans dans un grand groupe français, a refusé de signer son compte rendu d’entretien d’évaluation annuel qu’elle estimait être à charge. Son supérieur hiérarchique est alors devenu furieux. « Il ne m’a pas touché, mais il m’a fait très peur. Il y avait de la haine dans son regard. Je m’attendais même à ce qu’il me malmène », confie-t-elle au téléphone. Sous le choc, elle en a parlé à un médecin qui l’a arrêté une semaine.

Depuis son retour au travail, elle évite soigneusement de le croiser dans les couloirs de l’entreprise, lui qui ne s’est jamais excusé pour son attitude déplacée, pour ses menaces. « Il n’aurait pas réagi comme ça avec un homme, ça s’est certain », assure-t-elle. Pourtant, elle a préféré ne pas en parler à la direction des ressources humaines ou aux représentants syndicaux, de peur que la situation ne se retourne contre elle. Elodie sait que la direction va tout va faire pour la pousser à partir le plus rapidement possible à la retraite. Lui, se doute-t-elle, ne sera jamais puni.

« Des tensions liées à la jalousie »

Des milliers d’autres femmes ont vécu la même situation. Selon une étude de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), le nombre de femmes victimes de violences physiques sur leur lieu de travail a pratiquement doublé entre 2010 et 2016, passant de 25.000 à 48.000. Quant à celles qui ont fait l’objet de menaces, leur nombre a augmenté de 42,5 % sur la même période, passant de 167.000 à 238.000. Mais comment expliquer cette importante augmentation ?

« Les femmes exercent de plus en plus souvent des professions qui sont davantage exposées au public que celles des hommes. Il y a des lieux où les tensions sont plus importantes, parce que les gens s’énervent quand ils attendent trop par exemple », souligne Christophe Soullez, le directeur de l’Observatoire. Il remarque aussi que les femmes occupent de plus en plus, dans les entreprises, des postes à responsabilité, « ce qui peut générer des tensions liées à la jalousie ».

« Détérioration des conditions de vie dans les entreprises »

Jean-Pierre Durant, sociologue du travail et auteur du livre « La fabrique de l’homme nouveau »*, observe pour sa part « depuis une bonne vingtaine d’années, une détérioration des conditions de vie dans les entreprises, liée à l’introduction du travail en flux continue et la recherche de la réduction permanente des coûts ». Conséquence : « Ce n’est pas forcément les chefs qui sont violents avec les exécutants, mais des collègues qui font pression sur les plus faibles qui handicapent les résultats globaux. C’est d’abord une violence verbale, puis une violence physique. »

Ce sociologue ajoute que la situation de l’emploi en France fait que « plus personne n’est certain de terminer sa carrière dans l’entreprise où il travaille. Cela crée des tensions qui peuvent se manifester sous forme de violence physique ».

* « La fabrique de l’homme nouveau », Editions Le Bord de l’eau, ISBN : 978-2356875419