Disparition de l'appli SAIP: Comment le gouvernement compte prévenir la population en cas d'attentat?

SÉCURITÉ Le ministère de l’Intérieur a annoncé mardi la suppression de l’application mobile SAIP lancée quelques mois après les attentats de Paris et Saint-Denis en novembre 2015…

Hélène Sergent

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Capture d'écran du nouveau compte Twitter lancé jeudi 1er juin 2018 par le ministère de l'Intérieur.
Capture d'écran du nouveau compte Twitter lancé jeudi 1er juin 2018 par le ministère de l'Intérieur. — @Beauvau_Alerte
  • Le nouveau gouvernement a décidé de s’appuyer essentiellement sur les réseaux sociaux existants, Facebook et Twitter.
  • Le sénateur Les Républicains Jean-Pierre Vogel, auteur d’un rapport d’information à ce sujet, salue cette décision qu’il préconisait dès août 2017.
  • L’application SAIP a connu entre 2016 et 2018 une série de bugs, des retards ou des absences de déclenchement d’alertes.

« Voilà, c’est finiiii ». Après deux années ponctuées de dysfonctionnements en tous genres, l’application d’alerte des populations SAIP lancée en grande pompe juste avant l’Euro de football est définitivement enterrée. Dans un communiqué diffusé mardi, le ministère de l’Intérieur a justifié ainsi sa décision : « En l’absence d’activité et en raison de la consommation de batterie qu’elle engendrait, nombre d’utilisateurs initiaux ont fini par la désinstaller. Ainsi, seules 900.000 personnes étaient dotées de l’application à l’été 2017, limitant son impact en cas de crise ». Quelle stratégie compte désormais mettre en place l’Etat en cas de catastrophe ou d’attaque terroristes ?

  • Le paquet sur les réseaux sociaux

Pour remédier à l’abandon de son propre système d’alerte, le gouvernement a décidé de tout miser sur les réseaux sociaux déjà existants. Un compte Twitter, @Beauvau_Alerte, centralisera les messages d’alertes et les consignes à suivre. Une fois abonnés au compte, les internautes recevront des informations officielles sous forme d’un bandeau qui s’affichera en haut de leur écran.

Facebook s’est également engagé à relayer les messages de l’Intérieur via sa page dédiée «safety check» qui permet à ses utilisateurs de rassurer ses proches. Enfin « si la situation l’exige, Google permettra au ministère de mettre ses messages en avant sur les pages de résultats dès lors que les internautes tapent un mot-clé relatif à l’attaque pendant l’attentat », précise le porte-parole de la place Beauvau, Frédéric de Lanouvelle.

  • Quelles sont les craintes éventuelles ?

Pour le sénateur Jean-Pierre Vogel (LR), auteur d'un rapport très critique sur le sujet en août 2017, le recours aux réseaux sociaux n’est pas sans risque et la conservation d’un moyen d’alerte dont l’État aurait eu la pleine maîtrise, préférable.

« L’abandon de l’application est une bonne chose, cela faisait d’ailleurs partie de mes préconisations. La seule interrogation que j’ai en revanche à propos des réseaux sociaux est la suivante : Peut-on être certains que les informations de l’Intérieur seront sécurisées ? L’un des pires scénarios serait la diffusion massive avec le compte officiel du ministère de fausses informations sur une fausse attaque suite à un piratage », s’inquiète l’élu de la Sarthe.

Une « éventualité plausible », reconnaît « en off » une source à l’Intérieur citant un précédent américain. En janvier 2015, des pirates informatiques se réclamant de Daesh avaient brièvement pris le contrôle des comptes Twitter et YouTube du commandement militaire américain au Moyen-Orient (Centcom) basé en Floride.

  • Quelles autres pistes existent ?

Saluée dans le rapport d’information du sénateur, la technologie du Cell-Broadcast a-t-elle été définitivement enterrée ? Non, à en croire l’Intérieur, qui assure que des discussions avec les opérateurs sur le sujet seraient toujours en cours. Cette méthode d’alerte, utilisée aux Etats-Unis, au Japon ou aux Pays-Bas consiste pour les autorités à envoyer un SMS à chaque habitant équipé d’un téléphone portable. Le message d’alerte s’affiche automatiquement, même lorsque l’écran est inactif, comme c’est le cas des notifications push.

Cet outil permet de toucher une très large population : en 2011, près de 93 % de la population possédait un portable (contre 63 % pour les smartphones). Il permet également d’alerter les utilisateurs plus « passifs » puisqu’il ne nécessite aucun téléchargement en amont. Mais le sujet est devenu un véritable serpent de mer.

Des négociations avec les opérateurs téléphoniques ont été lancées à ce sujet dès 2011. « Un obstacle majeur a été soulevé à l’époque par l’Intérieur : la nécessité d’indemniser les opérateurs qui accepteraient de diffuser le message d’alerte à leurs clients », précise le sénateur de la Sarthe.

La direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises a estimé que celles-ci n’avaient pu aboutir « pour des raisons de volonté des opérateurs ou de coûts non soutenables et non compatibles avec les enveloppes budgétaires existantes », concluait le rapport.

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