Lyon: Le profond malaise des directeurs d'école du Rhône

GROGNE Ils déplorent un manque de moyens alloués pour leur permettre d’effectuer de plus en plus de tâches administratives…

Caroline Girardon

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Une classe dans une école primaire.
Une classe dans une école primaire. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Les directeurs et directrices d’école du Rhône se sont regroupés au sein d’un collectif.
  • Ils ont lancé une pétition pour tirer la sonnette d’alarme sur leurs conditions de travail.
  • Sans contrats aidés, ils n’ont plus le temps de gérer toutes les tâches dont ils sont désormais chargés.

Leur métier est devenu « très difficile au quotidien ». Trop à leur goût. Plus le temps de se consacrer pleinement aux tâches qui leur sont pourtant allouées. Les directeurs et directrices des écoles du Rhône, excédés par leurs conditions de travail, ont lancé une pétition pour faire entendre leur détresse. Ils ont prévu de rassembler ce mercredi à 15h devant l’inspection académique du Rhône, où ils doivent être reçus pour présenter leurs revendications.

Le collectif qui regroupe près de 260 directeurs, a déjà récolté 469 signatures sur « 870 écoles que compte le département ». Le sentiment de surcharge n’est pas nouveau. Mais il s’est amplifié depuis la suppression des contrats aidés, faisant office d’aides administratives. « Le malaise est profond. Nous ne sommes pas des gens qui râlent pour le plaisir mais aujourd’hui, nous n’avons plus le temps ni les moyens de mener nos missions », lâche en préambule Rosario Elia, directeur de l’école élémentaire Louis-Pasteur, dans le VIIIe arrondissement de Lyon, un établissement classé en zone d'éducation prioritaire.

Multiplication des tâches

Plus le temps de répondre ou de filtrer les appels téléphoniques au standard. « Lorsque le directeur est en salle de classe, il ne peut pas s’en charger. Et aujourd’hui dans certains établissements, plus personne ne le fait. Les boîtes vocales sont saturées et nous ne pouvons pas rappeler les gens. » Sans parler des centaines de photocopies à effectuer chaque jour. Mais là n’est pas l’essentiel. « On est désormais chargé de contacter les familles lorsqu’un enfant ne vient pas en classe. C’est un moyen de lutter contre l’absentéisme. Mais nous n’avons plus le temps. Ce suivi disparaît », regrette Rosario Elia.

Plus le temps non plus de soigner efficacement les petits bobos, préparer les réunions pédagogiques, organiser les sorties scolaires, remplir les enquêtes. Désormais, il faut aussi gérer les entrées au collège. « Avant, les collèges prenaient les choses en main. Mais maintenant cette responsabilité en incombe aux directeurs d’école, qui doivent remplir eux-mêmes les formulaires. J’ai actuellement l’équivalent de 50 élèves de CM2 et j’y passe en moyenne 3 heures par dossier », explique Rosario Elia. La solution ? Prolonger les journées de travail et s’y coller le week-end. « On n’a pas vraiment le choix si on tient à son école. Les tâches sont infinies mais je n’ai pas envie de laisser tomber. »

L’homme n’est pourtant guère confiant en l’avenir. « Le gouvernement planifie de supprimer 120.000 postes dans la fonction publique en 5 ans. Nous sommes dans une situation de crise. Et si rien ne change, on prend le risque d’avoir de nombreuses désaffections dans l’affectation de directeur », prédit-il.