Nantes: La situation se complique au foyer de migrants, complètement surchargé

MIGRANTS L'Etat a décidé de réglementer les accès de la maison de retraite désaffectée, transformée en squat puis en centre d'hébergement d'urgence depuis début mars...

Julie Urbach

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A l'intérieur de la maison de retraite désaffectée de la rue Sibille à Nantes, fin mars.
A l'intérieur de la maison de retraite désaffectée de la rue Sibille à Nantes, fin mars. — F.Brenon/20Minutes
  • L'ancienne maison de retraite Brea, dans le centre-ville de Nantes, a été transformé en centre d'accueil et d'hébergement d'urgence.
  • En trois mois, le nombre d'occupants est passé de 100 à 500 personnes.
  • L'Etat, via l'association France Horizon, vient de démarrer un travail de recensement pour en «réorienter» certains et désengorger les lieux, en proie à des tensions.

L’incendie qui s’est déclaré dimanche après-midi n’a heureusement pas fait de blessé. Mais cet incident, qui ne serait pas d’origine accidentelle, a mis un coup de projecteur sur une situation qui se dégrade dans le nouveau centre de migrants de la rue Maurice-Sibille à Nantes. Il y a trois mois, une centaine de jeunes gens investissaient cette maison de retraite désaffectée du centre-ville avant que l’Etat n’accepte d’en faire un centre d’accueil et d’hébergement d’urgence. Aujourd’hui, alors que des arrivées sont constatées chaque jour, elle héberge plus de 500 personnes, la plupart des hommes isolés d’ethnies très diverses mais aussi des familles ou femmes enceintes.

Depuis ce lundi, six agents de sécurité et des barrières encadrent les entrées de ce bâtiment, qui deviendra à terme un foyer de jeunes travailleurs. « Ce centre était fait pour 120 personnes, nous faisons face à une situation de suroccupation, assure Serge Boulanger, secrétaire général de la préfecture de Loire-Atlantique. Nous n’accueillerons donc plus personne, et nous travaillons à réduire le nombre d’occupants, via l’association France Horizon. Nous serons repassés à 120 d’ici à fin août. Les autres seront progressivement réorientés selon leur situation et les places d’accueil qui vont se libérer ailleurs. »

L'entrée du centre Brea, ce lundi
L'entrée du centre Brea, ce lundi - J. Urbach/ 20 Minutes

Accès réglementé

Depuis quelques jours, un délicat travail de recensement « par ordre de vulnérabilité » a donc été entrepris. Un listing de 501 personnes a été élaboré, des badges distribués. Dimanche soir, après l’incendie, l’accès a ainsi été refusé à plusieurs dizaines d’occupants (entre 40 et 100), ce qui a suscité l’incompréhension de certains. Plusieurs garçons traînent, depuis, sur le trottoir. « Je suis là depuis le début, j’ai donné deux fois mon nom aux gens de l’association, et pourtant je ne peux pas rentrer, se désole Louké, demandeur d’asile de 36 ans. Mes affaires sont à l’intérieur. Je ne sais pas ce qui va se passer. »

La préfecture, de son côté, parle d’« entrées clandestines » et assure que le 115 a été prévenu pour prendre en charge les concernés. Pour les autres, arrivants, demandeurs d’asiles ou même réfugiés, des places en CADA, en CAO voire en chambres d’hôtel sont en train d’être identifiées, dans les cinq départements de la région. D’ailleurs, et même si le manque de places était décrit comme criant, une soixantaine d’occupants devraient déjà y être orientés, dès cette semaine, annonce la préfecture.

Vives tensions

Un désengorgement des lieux qui semble nécessaire alors que les tensions sont vives depuis quelques jours dans ce centre. Lundi, plusieurs bagarres ont éclaté entre migrants pour des histoires de badge justement, de téléphone portable ou de nourriture. Les CRS et les pompiers ont été appelés notamment pour un jeune blessé à la tête. « La ville et l’Etat laissent pourrir la situation, c’est complètement anormal, dénonce Lucie [prénom d’emprunt], une jeune militante venue en soutien. Nous avons conscience que le lieu commence à être insalubre mais ils doivent assumer, reloger les gens, et mieux communiquer. »

Après les vacances, le centre Brea doit être remplacé par un autre lieu de même capacité que Nantes métropole a promis d’ouvrir en septembre, pour prendre le relais de l’Etat. « D’ici là, le nombre de personne aura baissé, répète Serge Boulanger. Les 120 personnes qui y seront prises en charge seront des jeunes primo-arrivants, qui ont besoin d’être orientés pour entamer les procédures. »