Reforme de la voie professionnelle: A quoi ressembleront les campus professionnels?

EDUCATION Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a annoncé ce lundi des mesures pour revaloriser la voie professionnelle et veut voir émerger des « Havard professionnels »…

Delphine Bancaud

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Un campus des métiers à Quimper
Un campus des métiers à Quimper — FRED TANNEAU / AFP
  • Dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle, Jean-Michel Blanquer veut créer des campus professionnels, conçus avec les régions.
  • Le but est de concevoir un cadre de vie stimulant et agréable aux élèves de la voie professionnelle, tout en créant de nouvelles synergies entre les établissements et les entreprises.
  •  Jean-Michel Blanquer vise trois campus d’excellence par région d'ici à 2022. 

Des campus à l’américaine pour donner envie aux jeunes de s’orienter vers la voie professionnelle. Ce lundi, Jean-Michel Blanquer a présenté différentes mesures pour revaloriser la voie professionnelle. Parmi celles-ci, la création de campus professionnels, conçus avec les régions, « de véritables lieux de vie, de formation et d’innovation » pour les jeunes, a expliqué le ministre. « Les élèves iront en lycée professionnel, car ils en auront envie », a martelé le ministre de l’Education.

L’idée est de réunir idéalement dans un même lieu « un lycée professionnel, un centre de formation des apprentis (CFA), un internat, des équipements sportifs et culturels, des établissements d’enseignement supérieur (STS ou IUT), des incubateurs d’entreprises, des laboratoires de recherche… Et ce pour mettre en synergie les différents acteurs d’un même secteur ou utilisant une même technologie », explique à 20 Minutes la députée LREM Céline Calvez, coauteure d’un rapport sur la filière professionnelle. Quand cela ne sera pas possible, ces campus seront éclatés sur plusieurs sites.

« Le ministre veut faire de ces campus des vitrines de la voie professionnelle », commente Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-UNSA. Jean-Michel Blanquer les a d’ailleurs baptisés « Harvard professionnels », surfant sur l’image positive des campus à l’américaine dans l’imaginaire des Français.

« Ces campus vont jouer sur l’attractivité des formations »

Un projet qui séduit Mathis, en 1re année de BTS Prothésiste orthésiste : « Normand, j’ai dû m’installer à Paris pour suivre mon BTS. J’aurais trouvé cela plus rassurant d’être hébergé dans un internat sur un campus pour faire mes études. Je me serais senti moins livré à moi-même. De plus, je trouve intéressant que des élèves préparant un bac pro puissent travailler sur des projets communs avec des étudiants de BTS. Et avoir des contacts avec des créateurs d’entreprise travaillant dans mon domaine et accueillis sur le campus m’aurait beaucoup plu », explique-t-il à 20 Minutes.

« Ces campus vont clairement jouer sur l’attractivité des formations professionnelles. Car sur un même lieu, le jeune pourra suivre ses cours, faire du sport, rencontrer des élèves d’autres formations… Et cela pourra permettre de lever les freins à la mobilité de certains jeunes qui renonçaient à une formation professionnelle car elle était dispensée trop loin de chez eux », estime Celine Calvez.

« D’ici 2022, on veut faire émerger trois campus d’excellence par région »

« L’avantage des campus est aussi qu’ils permettront aux formations de mieux s’articuler avec l’environnement économique local », souligne aussi Stéphane Crochet. L'ambition du ministre est en effet que les relations entre les entreprises, les lycées et les CFA soient boostées au sein de ces lieux ressources.

Ces campus permettront aussi aux enseignants de la voie professionnelle de découvrir de nouveaux horizons : « ceux de BTS pourront intervenir en lycée professionnel et réciproquement », indique Stéphane Crochet. Un point important car selon un sondage SE-Unsa-IFOP à paraître mercredi, les enseignants de lycées professionnels ne sont que 60 % à se déclarer heureux dans leur métier, contre plus de 85 % des enseignants en lycée général et technologique.

Reste à se retrousser les manches, car le calendrier du ministre est serré : « D’ici 2022, on veut faire émerger trois campus d’excellence par région », a affirmé ce lundi Jean-Michel Blanquer. Un objectif atteignable car les régions et le ministère de l’Education nationale ne partiront pas de zéro : « Il existe aujourd’hui 78 campus des métiers et des qualifications sur le territoire », observe Céline Calvez. « D’où l’idée de les restructurer et de les remuscler pour aboutir à une trentaine de structures "nouvelle génération" », poursuit Stéphane Crochet.

Certains campus déjà bien structurés serviront d’exemple, comme le campus Energie et efficacité énergétique de Fécamp (Seine-Maritime) ou  le campus Tourisme et innovation du Touquet (Pas-de-Calais). Un appel à projet doté de 50 millions d’euros sera lancé à l’été 2018 dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir pour faire émerger des projets pédagogiques innovants. Certains syndicats pointent cependant un risque : « que l’on aboutisse à une voie professionnelle à deux vitesses, entre les établissements qui feront partie de ces campus et les autres », souligne Stéphane Crochet.