Lyon: Un service de bagagerie voit le jour pour les personnes à la rue

SOCIAL Bagage’Rue permettra aux personnes sans toit de laisser leurs affaires dans un endroit sécurisé dès le 6 juin…

Elisa Frisullo

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Bagage'Rue permettra dès le 6 juin 2018 aux personnes sans domicile fixe de venir déposer leurs affaires dans un endroit sécurisé, grâce à la mobilisation d'un collectif de citoyens.
Bagage'Rue permettra dès le 6 juin 2018 aux personnes sans domicile fixe de venir déposer leurs affaires dans un endroit sécurisé, grâce à la mobilisation d'un collectif de citoyens. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • La première bagagerie sociale de Lyon va ouvrir le 6 juin dans le VIIe arrondissement de Lyon.
  • Elle permettra aux personnes vivant à la rue de déposer leurs affaires dans un lieu sécurisé.

Ils ne traîneront plus leurs sacs à dos d’un centre d’hébergement à un autre ou, nuit et jour, dans la rue, au risque de se faire voler la seule chose qu’il leur reste. A compter du 6 juin, les personnes sans domicile fixe pourront venir déposer leurs affaires dans l’un des casiers mis à leur disposition chez Bagage’Rue, première bagagerie sociale de Lyon, créée dans le VIIe arrondissement.

« Ce qu’il y a dans leurs valises est tout ce qu’il leur reste »

Une idée lancée il y a deux ans par un collectif citoyen lyonnais soucieux de pouvoir proposer aux plus démunis ce service indispensable, existant déjà à Paris, Marseille ou Nantes mais introuvable jusqu’alors à Lyon. « L’activité de bagagerie n’est pas le service principal dans les centres d’hébergement. C’est quelque chose qui n’est pas sécurisant aujourd’hui pour les personnes à la rue, pour lesquelles, ce qu’il y a dans leur valise est tout ce qu’il leur reste de leur vie passée », explique Pierre-Antoine Comparat, l’un des trois coprésidents de Bagage’Rue.

Cet assistant social, travaillant depuis des années auprès des plus démunis, fait partie de l’équipe à l’origine de ce projet, rejoint depuis par une quarantaine de citoyens qui assureront les permanences d’accueil du public. Dans les premiers temps, l’association participative ouvrira trois jours par semaine, le lundi, mercredi et samedi, le matin et le soir, au 47 rue Cluzan, dans un local voisin du Foyer Notre-Dame des Sans-abri.

Les « bagageurs » pourront laisser leurs objets de valeur, papiers importants ou leurs valises dans des casiers pour quelques heures, pour la journée, ou pour plus longtemps. « Il n’y a pas de délai. Nous demanderons juste aux "bagageurs" de passer une fois par mois afin de nous assurer qu’ils sont toujours par là », précise Lucille Marcelin, coordinatrice de Bagage’Rue.

« Pas un dispositif de plus dans l’urgence sociale »

A la bagagerie, les sans-abri seront également invités à s’impliquer dans le projet. « Dès lors que l’on passe la porte de l’association, on est adhérent. Que l’on soit derrière la banque d’accueil ou bénéficiaire. Nous souhaitons que les "bagageurs" deviennent des bagagistes, qu’ils s’approprient ce dispositif afin de développer le pouvoir d’agir de ceux qui vivent à la rue », ajoute Pierre-Antoine.

« Ce n’est pas un dispositif de plus dans le grand réseau de l’urgence sociale mais bien un lieu où les trajectoires se croisent, où chacun sera impliqué pour faire évoluer le projet », ajoute-t-il.

Pour lancer la bagagerie sociale, dont le budget annuel de fonctionnement avoisine les 100.000 euros, ces Lyonnais ont bénéficié en 2017 de subventions de la Ville de Lyon, de la direction départementale de la cohésion sociale, de la Fondation Abbé Pierre et du soutien d’entreprises mécènes. Le Foyer Notre Dame des Sans-Abri leur a également mis à disposition à petit prix le local de la bagagerie.

Un besoin de bénévoles

« Sans ces subventions et ces aides, ce projet ne pourrait pas être pérennisé. Mais je crois que tout le monde a bien conscience de l’intérêt d’un tel service », ajoute le coprésident de l’association, convaincu que la bagagerie drainera vite un public important.

Dans la métropole, selon la vieille sociale, 1.500 personnes font en effet appel chaque jour au 115, sans parvenir à trouver de lieu où se poser et donc déposer leurs affaires. « Après les premiers mois d’ouverture, l’idée est de pouvoir monter en puissance et d’assurer dès octobre, des permanences sept jours sur sept », précise la coordinatrice, toujours en quête de bénévoles.