Marseille: Quatre ans de retard pour le métro, les habitants des quartiers Nord plus enclavés que jamais

TRANSPORT La station de métro du Capitaine Gèze ne devrait ouvrir qu’en 2019, alors qu’il était prévu pour 2015…

Adrien Max

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La station de métro Bougainville à Marseille.
La station de métro Bougainville à Marseille. — BORIS HORVAT
  • Des habitants, associations et élus des quartiers Nord se sont réunis ce jeudi matin devant l’hôpital Nord de Marseille pour dénoncer le manque de transport, et réclamer le prolongement du métro.
  • Cette manifestation intervient au lendemain des révélations de Marsactu, l’ouverture de la station capitaine Gèze est encore retardée d’un an.
  • Les habitants se sentent de plus en plus isolés alors que les transports sont le premier frein à l’emploi, selon eux.

Ils ne voient pas le bout du tunnel. Ce jeudi matin, des habitants, des membres des comités d’intérêt de quartier (CIQ), des associations et des élus des quartiers Nord manifestaient leur colère devant l’hôpital Nord de Marseille. Leur revendication ? Que le métro vienne jusqu’à cette porte d’entrée, située à l’extrémité nord de la ville.

Une revendication qui intervient au lendemain de l’annonce par le site d’information Marsactu du retard pris pour l’ouverture de la station du Capitaine Gèze : prévue pour 2015, puis annoncée pour fin 2018, elle est finalement reportée à septembre 2019, au mieux. « Il s’agit de problème de sécurité au niveau de l’armoire des opérations de signalisation où près de 400.000 câblages sont nécessaires », explique la métropole.

« Un cruel manque de volonté politique »

L’ouverture de cette station ne devait être que le début du prolongement du métro jusqu’à l’hôpital Nord. Sauf qu’en voyant le retard pris pour l’inauguration de ces 900 mètres supplémentaires depuis l’actuel terminus de Bougainville, on ne voit pas comment leurs revendications pourraient aboutir à moyen terme.

La situation dans laquelle se retrouvent les habitants des quartiers Nord, de plus en plus nombreux, est pourtant urgente.

Personne ne fait rien pour ce coin de la ville. Le tram va être prolongé au sud et on nous explique que Capitaine Gèze a un an de retard pour une armoire électrique. Ce n’est pas possible pour une métropole en 2018, c’est un cruel manque de volonté politique », dénonce Gérard Marletti, président des CIQ du XVe arrondissement.

« Pour aller de Bougainville jusqu’à l’hôpital Nord, il faut changer trois fois de bus. Et encore, on nous avait promis que la ligne 28 monterait jusqu’à l’hôpital mais il n’en est rien », raconte Huguette. Seule solution pour ces habitants, utiliser la voiture. Pas étonnant alors que Marseille est la ville la plus embouteillée de France. Et pour ceux qui n’ont pas le permis deux solutions : des heures et des heures de bus, ou rester au quartier.

Les transports, premier frein à l’emploi

Pourtant, ce prolongement semble être dans les cartons depuis 2013 :

Nous avions obtenu un vote pour les études de faisabilité de ce prolongement jusqu’à l’hôpital Nord en décembre 2013. Sauf qu’il y a eu des élections municipales, les études n’ont jamais été faites, les engagements n’ont pas été respectés », se désole Joël Dutto, membre du PCF et ancien conseiller général du secteur.

Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF rappelle l’importance des transports dans ces territoires enclavés : « Selon les habitants consultés en 2016, les transports sont le premier frein à l’emploi dans cette zone où près de 100.000 habitants n’ont pas accès à la voiture, et n’ont pas le permis. »

Des problèmes de transport qui ont des conséquences directes, comme le rappelle Henri Jibrayel, ancien député PS du secteur. « Des services ferment à l’hôpital Nord, la maternité est menacée mais c’est le seul hôpital de la ville à ne pas être desservi par le tram ou le métro », dénonce-t-il à son tour.

Sentiment d’abandon

Selon lui, cette situation peut découler sur des scènes comme celle de la Busserine​ : « Si on additionne le problème de l’enclavement, de la paupérisation et du parc social qui se dégrade cela amène une pièce de plus au puzzle du désarroi et du sentiment d’abandon. »

En attendant un hypothétique prolongement du métro jusqu’à l’hôpital Nord, la métropole organise une conférence de presse vendredi pour faire la lumière sur les problèmes rencontrés par la station capitaine Gèze. Une chose est sûre, la métropole est loin d’être sur les rails.