Bouches-du-Rhône: A Gardanne, des camps de Roms à la vie tranquille en appartement

ROMS Un terrain avait été alloué aux Roms qui, désormais, vivent en appartement, comme n’importe quel habitant du secteur. Un système unique en France…

Mathilde Ceilles

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Une famille Roms au puits Z
Une famille Roms au puits Z — Didier Bonnel
  • La ville de Gardanne et des associations ont accompagné des Roms du squat jusqu’à un appartement pérenne
  • Ce système est unique en France
  • Les familles s’intègrent petit à petit à la société

Fernando est un petit garçon comme les autres. Du haut de ses 10 ans, il confie, l’air malicieux, qu’il préfère les mardis et les mercredis, car ce sont les jours où il finit plus tôt l’école. « Le reste du temps, on fait du vocabulaire… » Il aime aussi le vendredi, car il a sport, et des dames viennent dans la classe lire des histoires. Ce jeudi, il doit se dépêcher de manger : c’est jour de répétition de l’orchestre de l’école pour ce clarinettiste en herbe.

Fernando habite Gardanne, petite commune des Bouches-du-Rhône à 20 km au nord de Marseille, depuis qu’il est tout petit. Mais sa famille et lui ne vivent dans ce petit appartement que depuis deux ans. Et pour cause : Fernando est issu d’une famille Roms. Ses parents sont arrivés en France il y a quinze ans. D’abord à Lyon, puis à Marseille, de squats en squats, au fil des différentes expulsions.

Etabli sur un terrain communal

Jusqu’à leur arrivée à Gardanne. Ils font alors partie des 12 familles Roms qui ont bénéficié d’un accompagnement unique en France. Le maire de la commune, aidée de diverses associations et du collectif Roms de Gardane, a en effet décidé de mettre à la disposition de ces familles un terrain communal, connu sous le nom de Puits Z.

D’abord solution provisoire, cet accueil s’est mué au fil des années en un accompagnement vers une intégration de ces Roms dans la société française. De petites baraques de fortune, les familles se sont ensuite installées dans des caravanes. Pendant cinq ans, le collectif a accompagné chaque famille, avec l’appui de la municipalité. Une assistante sociale du CCAS a été spécialement allouée à cette population, afin notamment de les aider dans la constitution de dossiers administratifs, le versement d’allocations familiales.

Toutes les familles logées

Le maire a également fait signer une charte, dans laquelle les familles, pour la majorité s’engageaient notamment à scolariser leurs enfants. Après avoir vécu dans des baraques de fortune, puis des caravanes, les familles ont désormais quitté le camp du Puits Z il y a deux ans.

Toutes celles qui l’ont souhaité ont pu trouver un logement, avec l’ensemble des enfants scolarisés. Fernando vit dans un appartement loué par le Secours Catholique pour 40 euros par mois, avec ses parents et ses deux frères. « Qu’est-ce qui a changé depuis que vous vivez ici ? », demande-t-on à Marcel, le père de famille, assis dans son salon. « Les enfants sont propres », répond-il du tac au tac. « La dignité, ça passe aussi par là », rappelle Marie-Véronique Raynaud, coprésidente du collectif

Un livre pour consigner l’expérience

Comme beaucoup d’autres Roms du Puits Z pris en charge par le collectif, Marcel et les siens espèrent s’établir durablement en France. « Qu’est-ce qu’on irait faire en Roumanie ? Il n’y a pas de travail, pas à manger, pas de maison, on a rien », explique Crenguta, la mère.

Un livre, intitulé Familles roms, le choix de l'accueil, est venu consigner cette expérience. « Ce livre contient des outils, des pistes de travail, précise Marie-Véronique Raynaud. Il y a, dedans, nos échecs et nos réussites. Mais c’est un livre pour dire que c’est possible, dès lors qu’il y a la volonté politique et des gens de la société civile prêts à s’engager. C’est possible n’importe où ailleurs. »

Des difficultés

Une autre page s’ouvre désormais : celle de l’installation durable et de l’autonomie, pas à pas. Christine, bénévole du collectif Roms de Gardanne, va régulièrement voir la famille de Fernando, dont elle est la référente, pour les soutenir. En effet, comme d’autres familles du Puits Z, Marcel n’a pas d’emploi.

« C’est très dur, je sais pas lire, pas écrire », soupire-t-il. Dans cette famille, seuls les deux plus jeunes maîtrisent l’écriture et la lecture du français. Fernando est régulièrement mis à contribution pour lire les documents administratifs. Pour subsister, à défaut de trouver un emploi pérenne, Marcel continue à revendre de la ferraille. Ce mois-ci, malgré les aides sociales, il faudra sûrement aller au Restos du cœur pour pouvoir nourrir toute la famille.

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