Fête des mères: Cinq conseils pour soulager sa charge mentale (et éviter le burn-out maternel)

MATERNITE Oubliez les fleurs ou le collier! Pour cette Fête des mères, un an après la parution de la BD d'Emma sur la charge mentale, vous pourriez soulager votre mère/compagne avec un cadeau utile et durable... 

Oihana Gabriel et Benjamin Chapon

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Illustration de la charge mentale.
Illustration de la charge mentale. — Pixabay
  • Popularisé il y a un an avec la BD d'Emma, le concept de charge mentale fait référence à la pression qui pèse (surtout) sur les femmes qui tentent de penser à tout, tout le temps pour organiser au mieux vie familiale et professionnelle. Avec des conséquences parfois très négatives sur leur santé mentale et physique.
  • A l'occasion de la Fête des mères, 20 Minutes a recueilli les conseils de deux spécialistes pour aider votre compagne ou votre mère à alléger sa charge mentale.

Cette année, merci d’oublier le tablier de cuisine ironique ou le dessous-de-plat hideux pour la Fête des mères… Pour célébrer et remercier votre mère ou votre compagne, vous pourriez peut-être penser à un cadeau utile. Par exemple, la soulager d’une part de la charge mentale. Si vous n’êtes toujours pas coutumier du terme, c’est ce concept difficile à identifier et pourtant très courant qui pèse en général plutôt sur les femmes (dans les couples hétéros) qui tentent de penser à tout, tout le temps. Peaufiner un dossier au boulot quand on doit appeler le pédiatre, anticiper le dîner et des cadeaux, c’est épuisant. C’est pourquoi beaucoup de mères rêvent d’une meilleure répartition des responsabilités. Mais cela demande un peu plus d’investissement, de discussion et de décisions qu’un parfum…

Pour vous aider à repenser votre organisation familiale, 20 Minutes a demandé un coup de main à deux spécialistes : Marie-Laure Monneret, coach et auteure de Exit la charge mentaleet Aurelia Schneider, psychiatre et auteure de La Charge mentale des femmes... et celle des hommes**.

Santé et harmonie

Pourquoi c’est urgent de s’en préoccuper ? Aurélia Schneider n’y va pas par quatre chemins : « la charge mentale peut être la porte d’entrée vers la dépression. Mais on n’a pas tous la même résistance par rapport à cette pression. »

C’est donc une question de santé. Mais aussi d’harmonie dans le foyer. Parler et mesurer la charge mentale qui pèse sur l’autre, c’est une première étape essentielle. La BD d’Emma parue il y a un an a fait comprendre à beaucoup de couples, femmes comme hommes, ce que recouvre cette expression. « Le conjoint ne se rend certainement pas compte de l’effet de la charge mentale sur sa partenaire, constate Marie-Laure Manneret. Dès qu’il y a un membre du couple sous forte tension, ça va resurgir sur le partenaire et les enfants, mais à partir du moment où on ouvre les yeux, il y a plein de clefs. » C’est-à-dire concrètement ?

Dans sa BD Fallait demander, Emma, ingénieure et féministe, explique au grand public ce qu'est la charge mentale.
Dans sa BD Fallait demander, Emma, ingénieure et féministe, explique au grand public ce qu'est la charge mentale. - Emma

Se concentrer sur ce qu’on fait

D’abord s’imposer de compartimenter sa vie. « La charge mentale devient dangereuse quand elle est un état quasi-permanent, reprend la psychiatre. Il faut alors retrouver des occasions d’être à 100 % à ce que l’on fait, travail ou loisir. »

Pour se focaliser sur une seule tâche, Marie-Laure Manneret suggère de se fixer un objectif dans un temps imparti. On peut donc fermer ses mails et Facebook, ranger son portable dans un tiroir. Et se ménager quelques pauses pendant lesquelles on s’autorise un tour sur la Toile.

Illustration de la charge mentale.
Illustration de la charge mentale. - Pixabay

Répartir la charge en couple

Côté foyer maintenant, la négociation peut s’avérer ardue. Première étape : coucher sur le papier les multiples tâches, pas toujours visibles, qui polluent votre cerveau. « Parce qu’on a parfois tendance à voir surtout ce qu’on fait soi-même, s’amuse Marie Laure Manneret. A partir du moment où on écrit, on prend du recul. » Pour avoir une vision réaliste, elle propose donc de passer par des tableaux et autres listes pour vérifier qui fait quoi. A l’image d’une répartition des dossiers dans la vie professionnelle.

« Je préfère parler de responsabilité que de tâche, ce qui veut dire qu’on le prend en charge de A à Z », insiste la coach. En gros, s’occuper du dîner ce n’est pas seulement mettre la pizza au four, mais imaginer le menu, faire les courses… et la vaisselle après.

« On ne cherche pas l’égalité par principe, précise-t-elle, mais plutôt l’équité, pour se répartir les rôles en fonction des capacités de chacun, du rythme de travail, mais aussi des envies. Il n’y a pas de recette, car chaque couple est unique ». Si vous êtes un fanatique du lavage de carreau, rien ne sert de vous frustrer. Mais il reste souvent des tâches qui ne font exulter aucun membre de l’équipe managériale familiale. Titiou Lecoq conseillait dans son livre Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale d’être en charge de ces boulets un mois chacun. Marie-Laure Monneret complète en proposant de trouver le planning adéquat : le père va prendre en charge plus de choses le week-end, ou c’est une semaine sur deux comme pour une garde alternée…

Rien d’insurmontable, donc. « A condition que chacun s’implique, qu’on écrive ou qu’on se dise clairement quel est l’objectif et qu’on reste souple, reprend la coach. C’est bien de faire des petits bilans régulièrement et de revoir les choses. »

… Et avec les enfants

Pas de raison que les enfants ne vous soulagent pas (dans la mesure du possible). « Mais il faut vraiment les impliquer sur ce qui les concerne eux, ajoute la coach. Ils peuvent par exemple inscrire sur l’agenda familial qu’il faut acheter un livre à telle date plutôt que de le dire la veille. Ou déposer leurs affaires de piscine trempées au pied ou dans la machine. D’autant que ça les responsabilise et ils se sentent grands. »

Apprendre à mieux communiquer

Pour éviter d’exploser en vol, « il faut savoir déléguer, lâcher prise sur certaines choses, demander de l’aide, reprend Aurélia Schneider. Dans un couple, c’est souvent compliqué parce qu’on ne sait pas forcément se dire ces choses-là avant que ça n’aille très mal. Alors, il y a de la colère, du ressentiment… » Pour remettre à plat l’organisation de la maisonnée, communication et bienveillance restent donc des conditions sine qua non.

Et le timing compte… « Quand les tensions explosent, c’est l’émotion qui parle, analyse Marie-Laure Manneret. Le bon moment, c’est quand les deux reposés et détendus reviennent sur un événement pour aider l’autre à comprendre où était le problème. »

Il faut aussi savoir mettre les formes. « On n’a pas forcément le même avis, mais les deux avis comptent de la même manière. Il faut parler de ce qui est indiscutable : on s’appuie donc sur les faits. Et on essaie d’éviter les quiproquos, les procès d’intention et de se faire des films. » Un exemple pratique ? Eviter le « tu ne descends jamais la poubelle » pour un « Tel jour la poubelle débordait, quand je suis rentrée du boulot ça m’a mis hors de moi, est-ce que la prochaine fois quand tu vois la poubelle remplie tu veux bien la sortir ? », illustre la coach.

Faire le tri

Pour alléger son agenda et son stress, « plutôt que d’apprendre à jongler en permanence avec tous ces sujets, une solution peut être de choisir d’en laisser tomber certains, avance Aurélia Schneider. Je conseille aux patients de se demander si nos habitudes, nos petits rituels, nos obsessions ont tant de valeur que cela. Si je ne fais pas mon lit ce matin, que va-t-il se passer ? Et si j’arrête de faire telle tâche tous les jours, ma vie sera-t-elle foutue dans cinq ans ? On peut se projeter comme ça dans un avenir proche et jauger ce qui est important et accessoire. »

Marie-Laure Manneret conseille d’imaginer un planning sur la semaine, le mois ou l’année… un peu plus raisonnable. « Cela permet de relativiser les choses, car la charge mentale vient surtout de la pression qu’on se met. Si les enfants mangent une pizza par semaine, ce n’est pas la fin du monde ». Se concentrer sur l’essentiel, ce n’est pas s’oublier pour autant. Qui sait, peut-être qu’en faisant le ménage dans votre organisation, vous pourriez dégager une heure par semaine pour faire du sport ?

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* Exit la charge mentale !, First Editions, février 2018, 14,95 euros

** La charge mentale des femmes… et celle des hommes, Larousse, février 2018, 14,95 euros.