Lyon: Malgré des résultats financiers en hausse, la grogne sociale aux HCL ne s’apaise pas

SANTE Alors que les Hospices civils de Lyon ont annoncé jeudi que des excédents financiers seraient réinjectés pour améliorer les conditions de travail, la grève des urgences s’est durcie à la Croix-Rousse…

Elisa Frisullo
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Le malaise dans les services d'urgences des hôpitaux de Lyon est sans précédent. Illustration.
Le malaise dans les services d'urgences des hôpitaux de Lyon est sans précédent. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Les HCL ont annoncé ce jeudi qu’ils allaient réinjecter 7,6 millions d’euros d’excédents réalisés en 2017 pour améliorer la qualité des soins et les conditions de travail des agents.
  • Une annonce qui intervient le jour même où à la Croix-Rousse, les personnels des urgences ont décidé de donner plus de retentissement à leur grève, en cours depuis 98 jours.

Hasard du calendrier ou non, les Hospices civils de Lyon ont visiblement choisi un bien mauvais jour pour communiquer ce jeudi sur leur bonne santé financière. Les HCL ont en effet annoncé que 7,6 millions d’euros d’excédents financiers enregistrés en 2017 allaient être réinvestis « immédiatement » pour améliorer les conditions de travail des agents et la prise en charge des patients.

Sur ces crédits à répartir, la direction générale a notamment décidé d’injecter 1 million d’euros supplémentaire pour renforcer le remplacement des personnels absents, en augmentant les rémunérations en heures supplémentaires.

Les urgences de la Croix-Rousse au ralenti, les personnels excédés

Une bonne nouvelle sur le papier, qui sur le terrain pourtant, fait déjà grincer des dents. Aux urgences de l’hôpital de la Croix-Rousse notamment, où après 98 jours de grève, les personnels ont décidé de durcir le ton ce 24 mai. Les grévistes ont refusé de venir prendre leur service sans avoir reçu, en mains propres, de leur direction leur assignation, comme le stipule la loi. Jusqu’à présent, les grévistes réquisitionnés allaient travailler, sans même avoir récupéré leur assignation, envoyée par courrier dans leur boîte aux lettres.

« Ils n’en peuvent plus mais ils ne sont pas entendus. Ils avaient prévenu qu’ils allaient durcir le ton, alors ils le font. Mais c’est difficile, ce n’est pas dans notre culture de faire cela », indique à 20 Minutes Geoffroy Bertholle, responsable CGT aux HCL. Sur les 16 personnels soignants devant être en poste, seuls cinq étaient présents ce jeudi matin, rendant impossible l’accueil normal des usagers des urgences.

« Les patients venant d’eux-mêmes sont pris en charge. Mais les urgences des pompiers et du SAMU sont renvoyées vers d’autres hôpitaux de la métropole », ajoute le délégué syndical, jugeant comme une « provocation » la communication faite ce jeudi par les HCL.

Pas d’embauches en vue malgré les excédents financiers

« Les agents pleurent dans les services, ils ont réellement peur de commettre l’irréparable dans les soins, d’oublier, avec la fatigue, de faire quelque chose ou de commettre une erreur. Et la direction des HCL leur répond que les heures supplémentaires vont augmenter au lieu d’embaucher du personnel », s’agace l’infirmer en soins intensifs.

Depuis 2010, dans ce service de la Croix-Rousse, l’activité a augmenté de 30 %, selon la CGT. Mais le nombre de personnels, lui, n’a pas évolué. « Dans le cadre du contrat de retour à l’équilibre, les HCL se sont engagés à augmenter l’activité mais à réduire les effectifs. C’est pourquoi ils réinvestissent les excédents financiers dans des heures supplémentaires ou le remplacement de matériel mais qu’ils ne recrutent pas », ajoute le syndicat.

Un malaise important

« Pourtant, il y a un malaise énorme aujourd’hui. La situation est intenable dans les services. On se demande ce qu’il va falloir pour que la direction générale réagisse », ajoute Geoffroy Bertholle. Depuis plusieurs mois en effet, le CHU de Lyon – le deuxième de France – doit faire face à une grogne sans précédent. Les personnels des urgences de Lyon sud et de l’hôpital Edouard-Herriot sont restés en grève pendant plusieurs mois avant de mettre fin à leur mouvement, épuisés.

« Nous avons dénoncé les problèmes existants et nous considérons avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir pour vous alerter sur les besoins nécessaires permettant de travailler en toute sécurité. De ce fait, nous estimons que vous ne pourrez nier votre responsabilité lors des prochains évènements indésirables », ont indiqué mi-avril à la direction des HCL les infirmiers et aides-soignants grévistes des urgences d’HEH. Un mouvement interhospitalier, réunissant Lyon Sud, HEH, la Croix-Rousse et Saint-Joseph Saint-Luc, a également été créé « pour continuer à dénoncer l’inacceptable ».

Aux urgences de la Croix-Rousse, la grève est partie pour durer. Pour améliorer leurs conditions de travail et l’accueil des patients, les grévistes réclament l’embauche d’un infirmier et d’un aide-soignant pour la journée aux urgences et d’un aide-soignant, la nuit, pour l’unité d’hospitalisation de courte durée. Contactée par 20 Minutes, la direction des HCL a indiqué n’avoir eu connaissance des revendications des personnels que ce jeudi. Elle a prévu de communiquer sur ce dossier houleux vendredi.

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