Pourquoi le nombre de disparitions inquiétantes de mineurs a doublé en un an

AVIS DE RECHERCHE Le nombre de signalements de disparitions de mineurs dites « inquiétantes » a doublé cette année, passant de 687 en 2016 à 1.328 en 2017…

Manon Aublanc

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Un véhicule de police. (Illustration)
Un véhicule de police. (Illustration) — E. Frisullo / 20 Minutes
  • L’association 116 000 Enfants Disparus a publié les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les signalements de disparitions de mineurs en 2017.
  • 49.422 disparitions d’enfants ont été signalées en France cette année, dont 1.328 considérées comme « inquiétantes » par les policiers ou les gendarmes.
  • Pour la présidente de l’association 116 000 Enfants Disparus, cette augmentation est liée à la fois à une meilleure évaluation des signes par les policiers, mais aussi par une hausse du nombre de parents qui signalent un enfant susceptible de s’être suicidé.

Du simple au double. Alors que le nombre global de signalements d’enfants disparus en 2017 est quasi équivalent à celui de 2016, le nombre de disparitions dites « inquiétantes », lui, a flambé. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, sur les 49.422 signalements de disparitions d’enfants cette année, on dénombre 1.328 disparitions dites « inquiétantes » contre 687 en 2016. Un chiffre qui a doublé.

« Depuis plusieurs années, on remarque que les chiffres des disparitions dites inquiétantes ou les enlèvements sont en hausse, il grossit chaque année davantage », nous a confié Anne Larcher, la présidente de l’association 116 000 Enfants Disparus qui a dévoilé les chiffres ce jeudi, à la veille de la Journée mondiale des enfants disparus.

« Lorsqu’une disparition est classée comme inquiétante, c’est presque toujours une question de temps »

Pour Anne Larcher, cette augmentation peut s’expliquer de plusieurs manières : « Le premier facteur, c’est que les policiers et les gendarmes sont maintenant davantage sensibilisés, ils évaluent mieux les signaux qui peuvent faire penser, non pas à une fugue, mais à une disparition inquiétante. Ils ont tendance à être plus vigilants, à ne pas juste penser à une simple fugue et à lancer des recherches de plus grande ampleur », a-t-elle confié à 20 Minutes. « C’est vrai que la médiatisation, ces dernières années, de certaines affaires a créé un écho et forcément la sensibilisation est plus importante », confie une source policière.

D’autre part, selon Anne Larcher, les parents dont les enfants qui disparaissent sont susceptibles de s’être suicidés alertent de plus en plus les services de police : « Le second facteur, c’est le nombre plus important de parents qui signalent un enfant susceptible de mettre fin à ses jours. La majorité des parents signalent la disparition de leur enfant, mais on remarque que les parents expriment plus facilement des craintes sur la vie de leur enfant. On sent d’ailleurs une plus grande sensibilité chez les policiers sur les dangers pour eux-mêmes que peuvent encourir les enfants disparus. »

« Lorsqu’une disparition est classée comme inquiétante, c’est presque toujours une question de temps. Plus de la moitié des enfants qui disparaissent sont retrouvés dans les 24 heures. Si la disparition perdure au bout de plusieurs jours, là ça devient inquiétant. Ces mineurs disparus n’ont pas le réseau, les reins et l’argent pour vivre dehors », selon une source policière.

« Il n’existe aucun critère précis pour qualifier une disparition d’inquiétante »

« Par définition, toute disparition de mineurs est toujours inquiétante », justifie une source policière. En cas de signalement de la part de parents dont l’enfant a disparu, c’est à l’officier de police ou de gendarmerie que revient la lourde tâche de « qualifier la disparition », c’est-à-dire de déterminer s’il s’agit d’une fugue ou d’une disparation inquiétante, un terme qu’il est difficile de définir. Même si aucun critère précis n’existe pour déterminer qu’il s’agit d’une disparition dite « inquiétante », elle peut être considérée telle si les parents ou les policiers suspectent le décès, le suicide, l’enlèvement ou le détournement de leur enfant.

« Quand une famille signale la disparition inquiétante de son enfant, on étudie d’abord le contexte. Est-ce que l’enfant a déjà fugué ? Est-ce qu’il pourrait avoir de mauvaises fréquentations ? Est-ce que les parents et l’enfant se sont disputés ? C’est tout un processus dans l’audition qui nous permet de déterminer si c’est une fugue ou si c’est une disparition dite inquiétante », détaille cette même source.

« Il n’existe aucun critère précis pour qualifier une disparition d’inquiétante, mais c’est souvent la manière dont s’expriment les parents sur la disparition de leur enfant qui peut permettre aux policiers de déceler si la disparition est inquiétante. Les forces de police doivent savoir lire les signes qui peuvent laisser penser qu’il s’agit d’une disparition inquiétante », estime la présidente de l’association.

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