Haute-Garonne: Gros cadenas, machines envolées... les salariés de la dernière fabrique de cheveux d'ange craignent le pire

SOCIETE Les machines de la célèbre usine de cheveux d’ange Brussanges, les vermicelles les plus fins du monde fabriqués près de Toulouse, se sont envolées pendant les vacances des salariés. Ces derniers craignent le pire…

Hélène Ménal

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Les cheveux d'ange Brussanges, produits dans la Haute-Garonne depuis 140 ans, sont les plus fins du monde.
Les cheveux d'ange Brussanges, produits dans la Haute-Garonne depuis 140 ans, sont les plus fins du monde. — H. Menal - 20 Minutes
  • Serrures changées, machines envolées… les quatre salariés de la fabrique de cheveux d’anges Brussanges craignent une fermeture pirate de leur usine.
  • Tout s’est passé pendant leurs vacances.
  • Leur patronne espagnole dément mais ils ont déposé plainte.

Ils se font des cheveux blancs, c’est le moins qu’on puisse dire. Les salariés de la petite usine Brussanges de Bessières, dans la Haute-Garonne, qui produit depuis 140 ans les célèbres cheveux d’ange, les vermicelles les plus fins du monde, auraient dû reprendre le travail mardi après avoir pris, en accord avec leur patronne espagnole, trois semaines de congés en retard.

Le hic, c’est que les serrures ont été changées et qu’un gros cadenas condamne le portail. Ils sont condamnés à rester dehors et pas vraiment surpris de leur sort. « Nous avions déjà découvert accidentellement le pot aux roses pendant les vacances, confie Chantal Lacroux, l’une des quatre derniers salariés de la fameuse fabrique, qui travaille notamment pour Panzani. J’ai le portable de l’entreprise et un déménageur m’a téléphoné jeudi dernier à propos du déplacement d’un mobil-home. »

Ballet de camions

Intrigués, les employés se sont alors rendus sur le site de Bessières. L’un d’eux a réussi à se glisser dans le bâtiment pour découvrir que des machines avaient disparu, dont la célèbre plieuse à vermicelles, unique en son genre.

Entre les serrures neuves, le matériel envolé et les témoignages qu’ils ont recueillis évoquant le manège nocturne de camions de déménagement, et malgré les dénégations de leur patronne, leur conviction est quasi faite : il s’agit d’un lock-out, une fermeture pirate.

Machines « en réparation »

Jointe par 20 Minutes, la gérante espagnole, Josefa Nicolas- Sanchez, qui a repris l’entreprise à Bessières en 2014 après l'incendie du site historique voisin de Villemur-sur-Tarn, se veut pourtant rassurante.

« Je n’ai pas l’intention de fermer la fabrique. Les machines sont en réparation, car elles sont très vieilles et d’une grande technicité, explique-t-elle, et nous profitons de l’occasion pour faire un grand nettoyage sur le site pour répondre aux normes exigées par nos clients ». Sans donner de date de reprise, elle demande aux salariés d’être patients, indiquant qu’ils en sauront plus lors d’une « réunion la semaine prochaine ».

Les employés n’attendront pas jusque-là. Ils ont déposé plainte à la gendarmerie le samedi 19 mai. Ils ont aussi reçu le soutien de Denis Parise, le syndicaliste des Molex, témoin d’une autre lutte emblématique dans le coin. « Je peine à croire que les machines sont en réparation, dit-il, et ça me rappelle des choses. Mais nous étions nombreux et ils ne sont que quatre, alors il faut les aider. »