Les Centres d'information et d'orientation (CIO) vont-ils disparaître?

EDUCATION Le gouvernement veut transférer les conseils d’orientation des CIO dans les établissements scolaires…

Delphine Bancaud

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Un jeune en train d'être aidé dans son processus d' orientation.
Un jeune en train d'être aidé dans son processus d' orientation. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Le gouvernement prévoit de transférer aux régions l’organisation des actions d’information sur les métiers et les formations, aujourd’hui dévolue à l’Education nationale. Ce qui conduirait à la suppression des CIO en tant que tels
  • Les conseillers d’orientation psychologues seraient eux, transférés dans les lycées.
  • Ces derniers craignent qu’une partie du public qu’ils aidaient, ne les sollicite plus.

Se renseigner sur un métier ou une filière, discuter de son orientation avec un conseiller, participer à une réunion de groupes sur l’élaboration du projet professionnel voilà tout ce que l’on peut faire actuellement dans un Centre d’information et d’orientation (CIO). Il en existe 450 qui sont répartis sur tout le territoire et qui accueillent tout public.

Mais la donne pourrait changer car dans le cadre du projet de loi « avenir professionnel » présenté en conseil des ministres le 27 avril, le gouvernement prévoit de transférer aux régions l’organisation des actions d’information sur les métiers et les formations, aujourd’hui dévolue à l’Education nationale. Ce qui conduirait à la suppression des CIO en tant que tels. Les conseillers d’orientation psychologues seraient eux, transférés dans les lycées. « On ne va pas fermer les CIO, mais les mettre à l’intérieur des établissements », a tenté de tempérer Jean-Michel Blanquer ce vendredi lors de la présentation de son livre. Une mesure justifiée par la faible fréquentation des CIO, selon le gouvernement. « C’est une mesure de valorisation », a même commenté le ministre de l’Education.

« Nous aidons chaque année des milliers de jeunes à trouver leur voie »

Sauf que les 3.700 employés des CIO ne sont pas vraiment du même avis et certains d’eux ont même manifesté ce mardi pour le dénoncer. Et plusieurs syndicats d’enseignants et associations de parents ont aussi crié au scandale. « Face au tollé qu’a provoqué cette décision, Jean-Michel Blanquer a annoncé que le gouvernement conserverait un CIO par département, mais on n’y croit pas », estime Sylvie Amici, présidente de l’Association des conseilles d’orientation psychologues (ACOPF).

Pour démontrer que les CIO étaient bien fréquentés, même si c’est de manière irrégulière pendant l’année et selon les régions, l’ACOPF a envoyé des milliers de cartes à Edouard Philippe depuis trois semaines, mentionnant à chaque fois le nom d’un jeune reçu. « C’est un service public, donc le flux de visites n’est pas continu. Par ailleurs, depuis cinq ans, des CIO ont été déménagés dans des lieux excentrés, ce qui les a rendus moins accessibles aux jeunes. Malgré cela, nous aidons chaque année des milliers de jeunes à trouver leur voie », assure Sylvie Amici.

Les publics les plus éloignés de l’école seraient pénalisés

L’autre atout des CIO, c’est qu’ils sont ouverts à tout le monde : « Notamment à des décrocheurs, à des parents en délicatesse avec les écoles, à des chômeurs qui viennent puiser des informations et des conseils pour rebondir. Si les CIO sont transférés dans les établissements, cela constituera un frein pour ces publics, qui hésiteront à s’y rendre », affirme Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-Unsa. D’autant que les horaires ne seront pas les mêmes : « Les CIO sont ouverts pendant les vacances scolaires, ce qui permet aux jeunes et à leurs parents de bénéficier de ce temps de pause pour les fréquenter. Or, les lycées sont fermés pendant les vacances scolaires », souligne Sylvie Amici.

Ce transfert des conseillers d’orientation dans les lycées soulève aussi une autre inquiétude, celle d’un moins bon accompagnement des jeunes, comme le rapporte Claire Krepper : « On peut craindre que les conseillers d’orientation psychologues soient incités par les chefs d’établissement à aller dans leur direction concernant les recommandations du conseil de classe relative à l’orientation d’un jeune. Par exemple, si l’on conseille à ce dernier de se réorienter dans telle ou telle filière, même si ce n’est pas son choix ». Un avis partagé par Sylvie Amici : « les jeunes et les parents font confiance aux CIO, justement car ils proposent des conseils neutres et ne sont pas dans la même logique que les établissements ».

Une journée de mobilisation prévue pour le 5 juin

Bien décidés à ne pas lâcher prise, les professionnels du secteur et plusieurs organisations syndicales (SNES-FSU, SE-Unsa, Sud Éducation, SNFOLC, CGT éduc’action, SGEN CFDT, SNASUB-FSU…) manifesteront le 5 juin à Paris pour exiger l’abandon du projet gouvernemental signant la disparition des CIO comme on les a connus jusqu’alors…