Homme battu à mort à Pau: «Saragosse, ce n’est pas un quartier où la violence explose»

SOCIETE Vendredi soir, un homme de 32 ans a été frappé à mort par une bande de jeunes, parmi lesquels des mineurs, dans le quartier Saragosse de Pau. Plutôt réputé calme, ce quartier abrite néanmoins du trafic de drogues…

Elsa Provenzano
— 
Un homme de 32 ans a été tué par un groupe de jeunes vendredi soir, dans le quartier Saragosse de Pau. / AFP PHOTO / GEORGES GOBET
Un homme de 32 ans a été tué par un groupe de jeunes vendredi soir, dans le quartier Saragosse de Pau. / AFP PHOTO / GEORGES GOBET — AFP
  • Vendredi, un homme a été battu à mort dans un parc du quartier Saragosse, à Pau, par une bande d'adolescents.
  • Le quartier, décrit comme plutôt calme, sera doté de 10 policiers supplémentaires à partir de septembre.
  • Une opération de renouvellement urbain de 130 millions d'euros a été engagée sur ce quartier populaire qui compte 15.000 habitants.

Ce mardi, une réunion de crise a été organisée entre les différents acteurs de la ville (structures socio-éducatives, services de la police municipale et de la justice) après l’agression mortelle d’un français de 32 ans d’origine burkinabè, vendredi dans le quartier Saragosse de Pau.



Il a été violemment battu à mort par une bande d’adolescents, dans le parc Saragosse, dans lequel des familles pique-niquaient. Trois mineurs vivant dans le quartier, pour deux d’entre eux d’origine tchétchène, ont été placés en garde à vue à l’issue du meurtre. Elles ont été prolongées pour deux d’entre eux ce mardi.



« Pas de violences urbaines »


Ce drame s’est produit dans un quartier populaire de Pau, proche du centre-ville, dans lequel vivent 15.000 personnes. « En comparaison avec ce qui vient de se passer, le quartier est calme le reste du temps, réagit Josy Poueyto, élue en charge du renouvellement urbain du quartier Saragosse. Il y a malgré tout des trafics mais ce n’est pas un quartier où ça explose et ce qui s’est passé ne relève pas de violences urbaines, plutôt d’un règlement de comptes ». Une altercation entre la victime et un mineur âgé de 16 ans serait à l’origine du lynchage, selon Sud-Ouest. Des jeunes du quartier seraient venus à la rescousse de leur ami et c’est à ce moment-là que la rixe, « d’une extrême violence », aurait éclaté.


Conscient de l'existence de certaines tensions, François Bayrou, maire de la ville, avait d’ailleurs demandé des policiers supplémentaires sur ce secteur, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien.


Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a réagi au drame en confirmant qu’en septembre dix policiers y viendraient en renfort. Le maire Modem a mis en place une police municipale de plus de 40 agents dans sa ville, déployant également des brigades de nuit et de la vidéosurveillance. « On reçoit les jeunes et leurs familles, on a pris le problème à bras-le-corps souligne Josy Poueyto. Elle estime qu’il y a eu une dégradation du climat dans le quartier : les gens ne sont plus les mêmes, il y a davantage de turn-over et avec la barrière de la langue, nous avons du mal à communiquer », explique-t-elle.


Après ce drame Olivier Dartigolles, élu Palois d’opposition et porte-parole du PCF a réagi en pointant la destruction de l’association de prévention spécialisée de l’agglomération paloise. « Elle ne répondait pas à notre attente et nous avons demandé au conseil départemental d’exercer nous-mêmes cette mission, détaille Josy Poueyto. On a créé un service et procédé à des recrutements, les éducateurs travaillent avec une approche différente, ils ne sont pas coincés par des normes associatives »

« Lorsque j’ai écrit le petit livre 'Isabe (tour du quartier) debout ', en recueillant les témoignages d’habitants de l’immeuble sur la vie dans le quartier, tous m’ont indiqué que le climat était beaucoup plus calme qu’il y a quelques années, écrit l'élu d'opposition sur sa page Facebook. Et c’est vrai bon sang. (…) Contrairement à ce que nous avons pu vivre, il y a une quinzaine d’années, les choses se sont beaucoup améliorées. De l’avis même des habitants du quartier. » Un constat qui ne l’empêche pas de confirmer des problèmes, notamment de trafic de drogues et d’interroger les politiques mises en place pour lutter contre.

Une opération à 130 millions d'euros

Ce quartier populaire composé de grands ensembles fait l’objet d’un grand projet de renouvellement urbain qui va se poursuivre dans les cinq à six années qui viennent. Au total 130 millions d’euros vont être investis dont 39 millions d’euros apportés par l’agence nationale de renouvellement urbain (ANRU). Le chantier a déjà commencé, avec par exemple la rénovation d’une maison des jeunes et de la culture (MJC). De nouveaux commerces, de l’artisanat, un pôle de santé, la construction de petites maisons, doivent permettre de « redonner une attractivité au quartier », explique Josy Poueyto.

Le procureur de la République de Pau fera un point sur l’enquête mercredi. A l’heure actuelle aucune marche ou événement de recueillement n’est prévu. La victime et les personnes soupçonnées de cette agression « ne sont pas implantées ici depuis longtemps », précise l’élue.