Fin de vie: Faut-il légaliser l'euthanasie?

BIOETHIQUE Pour l’heure, la loi française prévoit notamment un « droit à la sédation profonde et continue », autrement dit le droit d’être endormi définitivement, pour les personnes dont le pronostic vital est engagé à court terme…

A.B. avec AFP

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Illustration d'une maison médicale et de la fin de vie.
Illustration d'une maison médicale et de la fin de vie. — PFG/SIPA

Faut-il légaliser l’euthanasie ? La fin de vie a été débattue lors des États généraux de la bioéthique, qui ont montré les profondes divisions sur le sujet entre partisans d’une évolution radicale et défenseurs du statu quo.

Que dit la loi ?

La dernière loi sur la fin de vie, dite Claeys-Leonetti, date du 2 février 2016 et avait été adoptée à la quasi-unanimité en dernière lecture par l’Assemblée nationale. Pour autant, elle est contestée, puisqu’elle a repoussé la perspective de voir légalisé en France le suicide assisté ou l’euthanasie, comme chez trois de ses voisins (Belgique, Luxembourg et Suisse).

Cette loi prévoit notamment un « droit à la sédation profonde et continue », autrement dit le droit d’être endormi définitivement, pour les personnes dont le pronostic vital est engagé à court terme. Elle rend contraignantes les « directives anticipées », par lesquelles chacun peut faire connaître son refus d’un acharnement thérapeutique.

Elle complète la loi Leonetti de 2005, qui instaurait le droit « de limiter ou d’arrêter un traitement inutile, disproportionné ou n’ayant d’autre objet que la seule prolongation artificielle de la vie ».

Qu’est-ce qui pourrait changer ?

Partisans et opposants de l’euthanasie s’accordent sur un même constat : s’il fallait donner plus de droits dans la fin de vie, cela signifierait très probablement autoriser l’euthanasie ou le suicide assisté.

Les partisans de l’euthanasie disent régulièrement avoir avec eux la majorité de l’opinion. Les sondages semblent leur donner raison, mais leurs opposants en critiquent à chaque fois la méthode, qui est de poser une question réductrice pour des situations à chaque fois complexes et douloureuses.

Il était inévitable d’intégrer le sujet de la fin de vie aux États généraux de la bioéthique. Mais cela ne signifie pas que l’exécutif ait envie de faire évoluer la loi. Sur ce sujet, « je suis très prudent », disait en octobre le Premier ministre Édouard Philippe. « Je suis convaincue que la loi Claeys-Leonetti répond aux besoins sans aller vers une loi différente », confiait la ministre de la Santé Agnès Buzyn en mars. Emmanuel Macron, lui, ne s’est pas exprimé.

Quels arguments pour et contre ?

L’euthanasie est une question qui fait appel aux convictions éthiques et religieuses de chacun. La souffrance d’une personne gravement malade, handicapée ou accidentée, sans espoir de rémission, justifie-t-elle de mettre fin délibérément à sa vie ?

Les opposants les plus actifs se trouvent du côté des croyants. Les trois grandes religions monothéistes y sont hostiles, l’assimilant à un homicide.

Les militants de l’euthanasie se trouvent chez des associations comme l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, présidée par Jean-Luc Romero. Il a publié en avril une « Lettre ouverte à Brigitte Macron » où il déplore que « la France ne propose que le laisser mourir… de faim et de soif ».

En avril, le Conseil économique, social et environnemental (Cese), assemblée consultative, s’est prononcé pour la « sédation profonde explicitement létale », donc dans les faits pour l’euthanasie.