Grève à la SNCF: «On ne peut pas s'adapter à la grève, on la supporte...»

VOUS TEMOIGNEZ Alors que le mouvement de grève des cheminots entre ce vendredi dans sa dixième séquence de deux jours, les usagers racontent comment le mouvement a modifié leur quotidien depuis début avril…

C.P.

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Le 3 avril 2018, premier jour du mouvement de grève des cheminots contre la réforme de la SNCF, sur le quai de la gare de Lyon à Paris.
Le 3 avril 2018, premier jour du mouvement de grève des cheminots contre la réforme de la SNCF, sur le quai de la gare de Lyon à Paris. — Patrick LEVEQUE/SIPA
  • Le mouvement de grève des cheminots contre la réforme de la SNCF entame ce vendredi sa dixième séquence de deux jours. A cette occasion, de nombreux internautes ont répondu à notre appel pour témoigner des conséquences de ce mouvement social sur leur quotidien.
  • Stress, fatigue et colère sont les sentiments qui dominent notamment chez les usagers qui résident loin de leur lieu de travail, ne peuvent pas travailler depuis leur domicile, mais aussi chez les mères de famille.
  • D’autres internautes soulignent au contraire le bon fonctionnement relatif du service minimum ou acceptent de bon gré de s’adapter à ces perturbations en soutien au combat des cheminots.

Depuis le 3 avril, c’est devenu un leitmotiv : tous les cinq jours, les cheminots opposés à la réforme de la SNCF appellent à cesser le travail pendant deux jours, et la SNCF annonce la veille au soir par communiqué ses prévisions de circulation. Résultats : pendant plusieurs jours, les différents réseaux, TGV, TER ou Transiliens, sont perturbés obligeant les usagers à adapter leurs déplacements. Alors que le mouvement entame ce vendredi sa dixième séquence de mobilisation, de nombreux internautes ont répondu à notre appel à témoignages publié sur Facebook pour expliquer comment cette grève modifie leur quotidien.

Sans surprise, c’est un sentiment de fatigue et de colère qui domine parmi les usagers qui nous on écrit. « On ne peut pas s’adapter à la grève, on la supporte… comme la SNCF. Suppressions de trains sans aucune explication, retards, travaux… J’arrive au travail déjà fatiguée et je dois me justifier auprès de mon supérieur de mes retards assez fréquents, me demander comment et à quelle heure je vais rentrer le soir… Par contre le 1er du mois, je dois casquer l’abonnement de mon pass Navigo… », résume une internaute très remontée.

« Bref, c’est compliqué. »

Florence, qui emprunte la ligne de TER 60 entre Grenoble et Chambéry, se dit-elle aussi « furieuse » « Qu’il y ait grève ou pas mon train est tout bonnement supprimé, je ne peux plus me rendre au travail. Je suis obligée de prendre la voiture. Je fais 80km par jour (je vous laisse imaginer la note que ça représente d’essence à la fin du mois !) Si je devais prendre le train, cela me ferait arriver deux heures avant, c' est du grand n’importe quoi ! Et quand je pose la question à l’accueil, on me répond qu’il y a un syndicat qui fait la grève perlée et un autre qui fait grève tous les jours ».

Retards, fatigue, stress… sont les principales conséquences de cette grève évoquées par ces usagers en colère, même quand leur employeur se montre arrangeant : « J’ai dû demander à ma hiérarchie l’autorisation de modifier mes horaires de travail les jours de grève afin de pouvoir venir travailler en voiture. Je dois composer avec le calendrier prévu par les syndicats pour organiser mes rendez-vous et planning de travail, pour le moment les gens sont compréhensifs, mais jusqu’à quand ? Et quand il n’y a pas grève, il y a les "régulations de trains", cela fait six semaines que mon train de 7h33 à est supprimé, pareil pour le soir au départ de Gare de Lyon à 18 heures Du coup les trains sont encore plus bondés. Bref, c’est compliqué », détaille Cyprien.

« Mon quotidien a bien changé à cause de la grève à la SNCF, je suis en SS2I donc je vais chez plusieurs clients diffèrents ce qui implique que je ne peux pas prendre le train. Néanmoins, j’ai remarqué que le trafic autoroutier a fortement augmenté (rien que ce matin, j’ai mis 1h40 pour faire 55 km au lieu de 50 minutes en temps normal) », explique Lionel, qui travaille au Luxembourg et habite près de Metz, et a constaté une recrudescence des accidents de la route depuis le début de la grève.

Certains salariés résidant loin de leur travail décrivent même un « enfer » quotidien : « Je me lève à 5h15, soit 1h15 plus tôt que d’habitude, pour arriver souvent plus tard. Depuis le début de la grève je suis en retard tous les soirs chez ma nounou, j’ai épuisé mes congés, je ne fais pas mes heures de travail et je prends du retard. Les conditions dans lesquelles nous voyageons sont inhumaines, des gens font des malaises et les cheminots s’en foutent », témoigne Emilie.

« Pourquoi mon enfant, mon employeur et mon entourage doivent subir ? »

Une contrainte qui devient parfois intenable quand le télétravail n’est pas possible, comme témoigne Ahlem, assistante de direction qui met en temps normal deux heures porte à porte pour rejoindre son bureau dans le 16e arrondissement de Paris depuis son domicile de Vernon, dans l’Eure : « Comment je m’organise pendant la grève ? Je sors à 7 heures de chez moi en priant 1/d’avoir un train 2/d’avoir une place assise 3/d’arriver à une heure raisonnable au bureau 4/pour le soir… On verra ! Résume-t-elle. Au départ, nous nous organisions avec des amies pour aller jusque Poissy (une heure de route) afin de prendre le RER A. Mais nous nous sommes lassées, et nous sommes fatiguées car cette situation est stressante, coûteuse »,

Comme de nombreuses mères, elle confie le stress de ne pas savoir à quelle heure elle va rentrer le soir : « J’ai un enfant de 8 ans, et heureusement que j’ai mes parents à côté de chez moi pour s’en occuper, car au final le soir, je ne rentre jamais à la même heure », explique Ahlem.

Mère célibataire d’un garçon de 5 ans et usagère de la ligne Lille-Valenciennes, Sandra déplore aussi l’impact de la grève sur la qualité de vie de son fils de 5 ans : « ça veut dire déposer l’enfant a 7 heures le matin et le récupérer a 18h30 les jours de grèves, demander à votre voisine parfois de le conduire au centre aéré le mercredi pour le laisser dormir un peu. C’est aussi organiser les suivis orthophonistes autrement et demander à mes parents d’y aller… pour être sûr de pouvoir aller travailler. C’est est aussi demander a nos employeurs de s’adapter et nous laisser badger plus tôt pour arriver à jongler entre notre temps de travail et notre vie de famille. Pourquoi mon enfant, mon employeur et mon entourage doivent subir ? »

Camille, usagère du RER C, envisage carrément de changer de travail : « je mets désormais deux heures pour me rendre au travail sans oublier la joie des tensions sur les quais de la gare, être les uns sur les autres dans le train, la chaleur, la transpiration, l’agressivité des gens. Avec mes collègues, nous posons nos jours de congé en fonction des jours de grèves pour pouvoir respirer et essayer de surmonter ce quotidien tellement épuisant. A ce rythme et ne sachant pas quand cela se terminera je ne vois pas d’autre solution que de changer de travail. Je trouve cette grève absolument injuste car je subis pour les cheminots », s’emporte-t-elle.

« Je prends ma voiture comme un grand pour aller au boulot »

Certains usagers se montrent toutefois plus compréhensifs et moins critiques. « Avec ces grèves, on s’adapte. Avec le service minimum, les horaires sont au moins respectés. Je pars 30 minutes plus tôt que d’habitude et je rentre à horaire fixe. Je ne traîne surtout pas pour ne pas louper le train », résume Canucks78.

Pour certains, cette grève et ses galères sont un mauvais moment à passer pour soutenir une bonne cause. « Ingénieur, je dois prendre le train tous les jours pour me rendre au travail entre Bordeaux et Angoulême, je suis bien sûr directement concerné par l’affaire. L’adaptation s’est faite par du covoiturage avec des collègues de boulot qui sont dans le même cas que moi. C’est un peu moins écologique mais on n’a pas le choix », explique Jérôme, qui soutient « pourtant la grève contre vents et marées si c’est pour la sauvegarde d’un service public ferroviaire ».

« Ça ne me gêne pas du tout. J’ai dû m’adapter et ce n’est pas la fin du monde il y a d’autres moyens de locomotion notamment BLABLACAR qui grâce à ces grèves va exploser son chiffre d’affaires ! », confie Nadia sur Facebook. « Ils se défendent, ils ont raison. Moi, la grève ne me dérange pas : je prends ma voiture comme un grand pour aller au boulot », réagit aussi Michael.

Nicolas, lui, est philosophe (voire résigné) « Ben en fait, hormis les Parisiens et quelques Provinciaux je ne pense pas que ça gêne beaucoup de Français. En province, tout le monde utilise la voiture vu que les voies ferrées ne sont pas développées hormis pour les Parisiens. »