VIDEO. Mort de Naomi Musenga: Les trois opératrices du SAMU dénoncées sur Twitter racontent leur calvaire

RESEAUX SOCIAUX Toutes trois ont été accusées d’être l’opératrice qui s’est moqué de Naomi Musenga, 22 ans, morte quelques heures après avoir contacté le SAMU en vain…

L.Br.

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Un opérateur du Samu (image d'illustration).
Un opérateur du Samu (image d'illustration). — DURAND FLORENCE/SIPA

Sur Twitter, un internaute a dénoncé trois employées du Samu, les accusant tour à tour d’être l’opératrice qui a répondu avec dédain à Naomi Musenga. Photos, nom et adresses ont été divulgués. Ces trois employées racontent au Monde le calvaire qu’elles vivent depuis cette dénonciation sur les réseaux sociaux.

« N’hésitez pas à la contacter pour lui souhaiter de mourir très vite ». Dans un tweet datant du 10 mai, un internaute anonyme a partagé des photos de Céline F., opératrice au SAMU, et de sa famille, l’identifiant (à tort) comme l’opératrice qui a répondu à Naomi Musenga.

Elle était en arrêt maladie le jour de l’appel, révèle Le Monde, qui a recueilli les témoignages des trois femmes. L’employée raconte le calvaire qu’elle vit depuis cette publication, restée en ligne quatre jours. Le soir de la mise en ligne de l’accusation, elle n’a pas pu rentrer chez elle, car « deux individus menaçants étaient postés devant [son] domicile. »

Déménagement et déscolarisation

Depuis, Céline F. a été obligée de déménager dans une autre région et de déscolariser ses enfants. Choquée, elle a quitté son poste et n’exercera plus son métier d’opératrice du SAMU. « On fait du quarante appels de l’heure, et quand on arrive à faire deux pauses pipi dans la journée, on est contents. On ne peut plus travailler dans ces conditions. Il y a eu un drame et c’est dommage qu’on doive en arriver là pour être entendus. »

Après avoir révélé l’identité de Céline F., l’internaute anonyme a affecté deux autres vies en publiant le nom de Sylvie L., accompagné de la photo d’Emilie L. « Je dors deux heures par nuit, je me réveille en pleurs, je suis au bout du rouleau. J’ai 57 ans, mon mari ne veut pas que je sorte seule — il a peur, lui aussi. Je ne sais pas comment je tiendrai le coup. On ne peut pas sortir indemne de ces calomnies », se désole Sylvie L., qui n’était pas non plus l’opératrice qui a discuté avec Naomi Musenga.

« On me souhaite de mourir carbonisée »

Emilie L. ne travaillait pas non plus ce jour-là, mais la publication de sa photo a mis sa vie en danger. « On me souhaite de mourir carbonisée dans ma voiture, d’être séquestrée et battue à mort, de crever comme un animal », égrène-t-elle. « On me traite de fasciste, on me dit que la haine se lit sur mon visage. » Depuis la publication de ses photos, Emilie L. ne dort plus et vit dans la peur. « J’ai dû prendre des médicaments, je n’avais plus le choix, souffle-t-elle, je suis terrifiée. Je n’ose même plus faire les courses. »

Cette vague de haine a eu raison de son amour pour son métier. « Je n’ai plus envie d’exercer ce boulot, que j’aime tant. J’ai toujours bataillé pour être une fille droite, juste, indépendante, serviable. Tout ça pour être écrasée comme une merde. Tout ça pour une faute que je n’ai pas commise. »

Malgré la plainte déposée par les trois victimes, l’auteur des tweets n’a toujours pas été identifié.

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