SOS Homophobie: «Le constat est alarmant, l’homophobie est de plus en plus violente»

INTERVIEW Joël Deumier, le président de SOS Homophobie, commente le rapport annuel de l'association publié ce mardi...

Propos recueillis par Manon Aublanc

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Des manifestants contre LGBTphobie défilent lors de la Gay Pride, à Paris, le 27 juin 2017.
Des manifestants contre LGBTphobie défilent lors de la Gay Pride, à Paris, le 27 juin 2017. — MARTIN BUREAU / AFP
  • SOS Homophobie a publié ce mardi, son 22ème rapport annuel. L’association a reçu 1.650 témoignages d’actes LGBTphobes, soit 4,8 % de plus qu’en 2016.
  • Les chiffres concernant les agressions physiques LGBTphobes ont augmenté de 15 % en 2017, avec 139 cas recensés, contre 121 en 2016.
  • D’après la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah)​, 1.026 infractions à caractère homophobe ou transphobe ont été enregistrées en 2017 par les forces de police.

« Vous êtes des animaux, des porcs, vous n’avez pas honte ? » Guillaume, un jeune homme, a été « pris à partie par six militaires de la Légion étrangère » qui l’ont traité de « tapette », de « tafiole ». Gaëtan, lycéen, lui, s’est « fait cracher dessus et traiter de "pédé" par un groupe d’élèves » qui lui ont frappé « les fesses avec une règle, avant de le violer avec cet objet ». Jimmy, s’est rendu chez un garçon de son âge rencontré sur une application. « Ce dernier lui ouvre la porte de son immeuble, mais, une fois dans la cour, Jimmy se retrouve face à trois hommes qui commencent à lui donner des coups de poing. » Et ces histoires d’agressions physiques LGBTphobes​, rapportées par SOS Homophobie, sont loin d’être isolées.

Selon le 22e rapport annuel de l’association, publié ce mardi, les agressions physiques LGBTphobes ont augmenté de 15 % cette année, avec 139 cas recensés, contre 121 en 2016, soit une agression tous les trois jours. « Comment aujourd’hui ne pas craindre de vivre et d’aimer dans une société où la différence est synonyme de moqueries, d’insultes, de coups et de violence ? », s’interroge l’association dans le préambule de son rapport. « Le constat est alarmant, l’homophobie est de plus en plus violente », déplore Joël Deumier, le président de SOS Homophobie qui a répondu à nos questions.

Comment peut-on expliquer la hausse des agressions physiques LGBTphobes ?

Cette augmentation peut s’expliquer de deux manières. D’abord, les victimes d’agressions physiques témoignent de plus en plus, elles osent de plus en plus s’exprimer. Cette hausse montre une véritable libération de la parole chez les victimes. Plus on donne de droits aux personnes LGBT, comme le mariage ou l’adoption, plus ces dernières se sentent légitimes pour parler. Plus que jamais, rompre le silence participe à la lutte contre toutes les LGBTphobies.

Ensuite, on note la persistance, en France, d’une parole publique homophobe. Dernièrement, dans la sphère publique, on a vu un regain de paroles homophobes tenues par des associations conservatrices comme la Manif pour tous ou Alliance Vita. Les discours de ces associations conservatrices légitiment l’homophobie et incitent, certaines personnes, à passer à l’acte. Leur parole n’est pas anodine, elle a des conséquences graves. Certaines digues morales sur les droits des LGBT sont en train de reculer, favorisant les passages à l’acte.

Qu’est-ce que « l’homophobie du quotidien », qui représente 55 % des témoignages que vous avez reçus ?

Il s’agit de l’homophobie dans l’espace public, c’est-à-dire dans les lieux publics (11 %), au travail (11 %), au sein de la famille (10 %), dans le milieu scolaire (7 %) et dans les commerces (6 %). Ça montre qu’en 2018, malgré toutes les lois et les progrès, en tant que LGBT, il n’est pas toujours possible de vivre et d’aimer librement, de vivre pleinement, sans homophobie. On voit quand même qu’il y a un véritable ancrage des actes LGBTphobes dans la société.

L’homophobie du quotidien, c’est ce que vivent les LGBT tous les jours. Aujourd’hui, un couple homosexuel réfléchit à deux fois avant de s’embrasser ou de se tenir la main dans la rue. Les personnes homosexuelles apprennent très tôt à camoufler leur homosexualité en public, pour ne pas être victimes d’insultes ou d’agressions physiques. Il ne faut pas sous-estimer cette homophobie du quotidien, c’est celle que vivent les LGBT tous les jours.

Que préconisez-vous pour lutter contre ces actes LGBTphobes ?

On préconise d’abord une campagne nationale, sur le modèle de celle sur les violences faites aux femmes. Une campagne qui dirait aux LGBT « les pouvoirs publics, la société sont à vos côtés pour vous aider à faire face aux violences et à faire valoir vos droits ». On demande également une formation pour les magistrats, pour que l’arsenal juridique français soit mieux appliqué. On voudrait former et sensibiliser les enseignants pour les aider à identifier et gérer les situations d’homophobie.

Tout se passe dès le plus jeune âge. Cette année, en milieu scolaire, les actes LGBTphobes ont explosé de 38 % et « pédé » reste l’insulte la plus prononcée dans les cours de récréation.

Pour finir, la lutte contre l’homophobie ne peut pas reposer uniquement sur les associations. On invite le gouvernement à tenir ses promesses sur la PMA. Les Français l’approuvent majoritairement, notre pays est prêt. Plus on donne de droits aux LGBT, plus on les inclut dans la société. C’est comme ça qu’on fera reculer l’homophobie. Quand il y aura une banalisation de l’homosexualité, on arrivera enfin à éradiquer profondément l’homophobie. »

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