Rennes: La plus ancienne détenue de France implore la grâce présidentielle

PRISON Agée de 74 ans, elle vit au sein d’une unité psychiatrique mais a interdiction d'en sortir…

Camille Allain

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Une cellule de la prison des femmes de Rennes.
Une cellule de la prison des femmes de Rennes. — Damien Meyer / AFP
  • Incarcérée à Rennes depuis 1988, une femme de 74 ans est la plus ancienne détenue de France.
  • Détenue dans une unité psychiatrique de l’hôpital Guillaume-Régnier depuis vingt ans, elle sollicite la grâce présidentielle auprès d’Emmanuel Macron.
  • Son avocate précise que sa cliente « ne souhaite pas sortir » mais aimerait obtenir les mêmes droits que les patients soignés en psychiatrie.
  • Condamnée à deux reprises pour meurtre aux Antilles, elle n’a jamais vu la France métropolitaine à part la prison et l’hôpital.

Quinze pages. Quinze pages minutieusement rédigées et argumentées. La demande de grâce présidentielle adressée par Virginie Bianchi à Emmanuel Macron est sans doute « la plus douloureuse » que l’avocate ait eu à traiter. Et l’une des seules qu’elle a décidé de médiatiser. « Nous sommes dans une impasse juridique. J’ai beau chercher, je n’ai pas d’autre solution », assure Me Bianchi.

Cette demande adressée au président de la République concerne Isabelle (prénom d’emprunt). Agée de 74 ans, cette femme a été incarcérée à la prison des femmes de Rennes en 1988. Trente ans, plus tard, elle est toujours détenue.

Considérée comme « la plus ancienne détenue de France », Isabelle a été condamnée à deux reprises. La première fois c’était en 1973, quand elle a passé sept ans en détention aux Antilles où elle est née. Cinq ans après sa sortie, elle est de nouveau incarcérée. Jugée en 1988 pour « meurtre », elle sera condamnée à la prison à perpétuité, fait rare pour une femme. Elle rejoint alors Rennes, le seul établissement accueillant les longues peines à l’époque. « Elle ne connaît rien de la métropole à part la prison des femmes et le centre hospitalier. Elle n’a jamais mis un pied dehors ».

« Elle a une terreur absolue de l’uniforme »

Si elle vit toujours dans la capitale bretonne, Isabelle n’est jamais retournée derrière les murs de la prison depuis 1997, date de son transfert vers une unité psychiatrique du centre hospitalier spécialisé Guillaume-Régnier. « Elle a été hospitalisée sous contrainte. C’est là qu’est le problème. Elle est coincée entre les ministères de la Justice et de la Santé », précise son avocate.

Le parcours habituel d’une demande de libération consiste en un séjour dans un centre national d’évaluation, puis d’un « oral » face à un tribunal spécialisé dans les aménagements de peine. Impossible pour Isabelle. « Elle a une terreur absolue de l’uniforme. Elle a été traumatisée par la détention. Elle est trop fragile pour ça ». Détenue depuis trente-trois ans, la septuagénaire est condamnée à l’immobilisme. « Les personnes condamnées à la perpétuité sortent en général au bout de vingt ou vingt-cinq ans si elles ne sont plus jugées dangereuses », rappelle son conseil.

« Elle ne demande même pas à sortir »

Depuis 1997, elle vit dans un pavillon qu’elle partage avec des patients « classiques » souffrant, comme elle, de troubles psychiatriques. Mais elle n’a pas les mêmes droits. Son statut de détenue lui interdit toute sortie. « Elle ne peut pas aller au marché, s’acheter quelques vêtements ou voir la mer. Elle n’a pas le droit au téléphone. Et surtout, elle ne peut pas aller à l’hôpital », énumère son avocate. La détenue n’a pas vu un gynéco depuis vingt ans. Et lorsqu’elle s’est cassé le pied, ce sont les infirmiers qui l’ont soignée. « Elle ne demande même pas à sortir, car elle en serait incapable. Juste à ce qu’on lui ôte la tutelle de la justice ».

Pour son avocate, la demande de grâce présidentielle est un peu l’ultime recours pour aider sa cliente. Elle avait déjà tenté sa chance auprès de François Hollande, en vain : « J’ai écrit plusieurs fois au ministère de la Justice. Je n’ai jamais eu de réponse ».